Un prix de la traduction remis par un prédateur et un voyou

Clément Solym - 29.10.2010

Zone 51 - Insolite - boycott - prix - traduire


Certaines protestations prennent des allures de fous rires. Celle de l'éditeur Melville House est tout de même des plus amusantes. Protestant contre le sponsoring d'un prix littéraire par Amazon, ce dernier a décidé de tout bonnement boycotter le prix qui récompense le Best Translated Book, ou BTB, pour les intimes.

L'éditeur et fondateur Dennis Loy Johnson ne mâche pas ses mots : pour lui, c'est un retrait définitif et sans conteste de participations futures à cette récompense, ont Amazon.com compte parmi les partenaires, explique-t-il sur son site. 

Fumage dans les règles

Une réaction d'autant plus vive que cette année, dans la catégorie fiction, c'est l'un de ses livres qui a remporté l'adhésion du jury, décidé à récompenser The Confessions of Noa Weber, par Gail Hareven. Fier dans un premier temps de recevoir ce prix et plus encore de se dire que c'est à un éditeur indépendant qu'il était remis, c'est par la suite que les choses se sont gâtées.

Avec le prix, 25.000 $ de dotation sont fournis, à répartir entre auteurs et traducteurs, chose certes alléchante, mais cependant, aux côtés de l'University of Rochester et de l'organisme Open Letter Books, l'éditeur trouve le nom d'Amazon.com. Félonie ! « Le fait est que, c'est clair pour nous, les intérêts d'Amazon, et ceux d'une culture du livre en bonne santé, qu'ils soient numériques ou non, sont antithétiques », explique-t-il.

Et d'ajouter : « Prendre l'argent d'Amazon, s'apparenterait à ces chercheurs médicaux qui travaillent avec l'argent des sociétés vendant des cigarettes. » On appréciera le ton cinglant autant que l'engagement.

Avec 20 livres traduits chaque année, voire plus, Melville House se refuse tout bonnement à soutenir ce genre de prix où le vendeur en ligne est présent. « Nous voulons offrir un soutien bien plus authentique à la traduction en Amérique, qu'en prenant part à cette ruse ». Et de taxer Amazon de « prédateurs » et de « voyou », véritable menace contre l'édition indépendante - tout autant que la librairie...

Réponse d'un intéressé

Chose intéressante, le directeur de Open Letter Books, a répondu à Melville House, après que son message a été diffusé. Selon lui, et à moins que l'éditeur n'arrête de faire des livres traduits, son catalogue sera toujours pris en compte dans les sélections à venir.

Cependant, si l'éditeur refuse le prix, c'est son droit, cependant, c'est au traducteur et à l'auteur que l'argent doit aller, aussi recevront-ils tout de même les sommes idoines. « Nous allons encore promouvoir le livre et essayer de convaincre les gens de le lire », ajoute-t-il.