Victor Hugo dépasse Justin Bieber : le crépuscule des idoles

Cécile Mazin - 18.06.2014

Zone 51 - Insolite - Victor Hugo - bac de français - Twitter popularité


À force d'être un monument de la littérature française, Victor Hugo a probablement été victime de son succès. Ce qui lui a valu une fabuleuse cote de notoriété et une autre, parallèle, d'impopularité, après que les élèves de Première ont planché sur le sujet du bac de français. C'est le poème Crépuscule qui était mis à l'honneur pour les séries S et ES. Le moins qu'on puisse remarquer, c'est que Twitter a servi - une fois n'est pas coutume, de défouloir.

 

 

Victor Hugo in Vianden

Marc Ben Fatma, CC BY NC ND 2.0, sur Flickr

 

 

Les réactions de certains élèves à la lecture du texte, pourtant pas bien méchant, ont pu être très virulentes - et quand on lit quelques-uns des messages de haine, on se prend à rêver d'une ironie globale. Pas nécessairement. Le poème a tant et tant fait parler, qu'il est entré dans les Tendances de Twitter, autrement dit, les sujets les plus chauds, passant même devant la Coupe du monde de football. Et devant des stars traditionnellement très bien en vue sur le réseau social, comme Justin Bieber. 

 

Bien entendu, les commentaires sont partagés, mais une partie des utilisateurs du réseau Twitter sortant du bac de français a eu à coeur d'exprimer son désarroi... [seconde de réflexion] de vider son sac de colère, dans des termes fleuris : 

 

 

Certains donnant lieu à des compilations

 

 

 

Bon, évidemment, les réactions parodiques n'ont pas tardé, parfois censées, venant d'utilisateurs qui avaient passé l'épreuve - de quoi rassurer un peu : 

 

 

 

 

 

 

 

Peut-être ne fera-t-il de mal à personne de relire le texte. 

 

L'étang mystérieux, suaire aux blanches moires,

Frissonne; au fond du bois la clairière apparaît ;

Les arbres sont profonds et les branches sont noires ;

Avez-vous vu Vénus à travers la forêt ?

 

Avez-vous vu Vénus au sommet des collines ?

Vous qui passez dans l'ombre, êtes-vous des amants ?

Les sentiers bruns sont pleins de blanches mousselines;

L'herbe s'éveille et parle aux sépulcres dormants.

 

Que dit-il, le brin d'herbe ? et que répond la tombe ?

Aimez, vous qui vivez ! on a froid sous les ifs.

Lèvre, cherche la bouche ! aimez-vous ! la nuit tombe;

Soyez heureux pendant que nous sommes pensifs.

 

Dieu veut qu'on ait aimé. Vivez ! faites envie,

O couples qui passez sous le vert coudrier.

Tout ce que dans la tombe, en sortant de la vie,

On emporta d'amour, on l'emploie à prier.

 

Les mortes d'aujourd'hui furent jadis les belles.

Le ver luisant dans l'ombre erre avec son flambeau.

Le vent fait tressaillir, au milieu des javelles,

Le brin d'herbe, et Dieu fait tressaillir le tombeau.

 

La forme d'un toit noir dessine une chaumière;

On entend dans les prés le pas lourd du faucheur;

L'étoile aux cieux, ainsi qu'une fleur de lumière,

Ouvre et fait rayonner sa splendide fraîcheur.

 

Aimez-vous ! c'est le mois où les fraises sont mûres.

L'ange du soir rêveur, qui flotte dans les vents,

Mêle, en les emportant sur ses ailes obscures,

Les prières des morts aux baisers des vivants.