Héra et Aphrodite s'interrogent sur leur beauté, d'Isaie Nzeyimana

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Isaie Nzeyimana - 05/05/2020


ISBN : 978-2-312-06950-0

Prix : 15 € €

Pourquoi la beauté et l’amour ? Parce que la beauté est ce qui est le plus immédiat, sans être tellement immédiat, puisqu’elle est une harmonie de plusieurs autres rapports. Pourquoi la beauté et la femme ? Plutôt, pourquoi est-ce que la beauté doit-elle être aussi tyrannique, distrayante et même déroutante pour la jeune fille qui la porte ?


Héra et Aphrodite sont deux beautés en contraste, entre la beauté aimante et la beauté dangereuse, entre une « Aphrodite vulgaire » et une « Aphrodite céleste ». Que la beauté divine soit aimante, c’est cohérent. Mais, puisque les Grecs avaient soigneusement élaboré leurs mythologies à l’image des hommes et des femmes de ces temps, pour quelle signification mettent-ils en scènes des beautés divines mais aussi tragiques ? Et si le caractère dualiste de la beauté de la femme dans les sociétés antiques, entre amours et tragédies, était leur manière de dire leur vérité : celle de la féminité frustrée ! Dans le prolongement de cette même préoccupation, ne pourrions-nous pas établir que les images actuelles de la beauté désincarnée, parfois même tyrannique ou, faiblement, distrayante, au figuré comme au propre, contre la femme qui porte ses attributs de beauté, sont ses manières de revendication de la même féminité frustrée ? La beauté féminine ne peut qu’alors se dire dialectiquement : la beauté déifiée trouvant sa contradiction dans la beauté tragique ou distrayante.

La Grèce antique, même malgré ses esprits les plus lumineux, ne fait pas exception lorsqu’il s’agit du statut de la femme. Elle est inférieure à l’homme. « Qu’elle reste invisible au public, c’est encore mieux », comme le voulait et le disait à haute voix Périclès. En considérant que les cités d’Héra et Aphrodite sont, au propre, aussi esclavagistes, les Grecs n’allaient pas lutter contre les inégalités entre hommes et femmes, mais d’abord entre hommes libres et esclaves et, chez eux, la femme esclave allait lutter doublement, d’abord comme esclave, ensuite comme femme.

Tel a été le devenir des luttes du féminisme. Il est une lutte, mais au sein d’autres problématiques rendues irréductibles à l’humanité ; il est une lutte contre la subordination de la femme et, dans d’autres contextes culturelles, cette subordination est elle-même incluse dans d’autres encore plus larges, comme celles de la subordination abusive entre «races», «castes », «ethnies», «religions», celles des cultures opaques et arriérées ou celles des inadaptations collectives dans les systèmes sociaux et économiques récalcitrants. Le féminisme n’est pas une lutte, elle est plusieurs.

Le livre est initialement une libération de la jeune fille qui se rend esclave de sa rayonnante beauté, oubliant que la beauté est dans des rapports à son être total : son intelligence et sa bonté. Après, avec les allégories d’Héra et Aphrodite, le livre devient un féminisme. Mais, là aussi, le féminisme n’a jamais été un bon moyen terme : il refuse d’admettre que la femme est, au fond, très féminine et que, élever sa féminité ne signifie pas essentiellement cristalliser ses différences d’avec son frère homme (ou garçon) pour aller les exploiter parfois naïvement, parfois tragiquement ou politiquement.

Centré sur le rapprochement de la beauté à la femme qui porte ses attributs de beauté, le travail est un dialogue entre l’art et la philosophie, les artistes et les philosophes, idée de ramener la beauté à sa dimension ontologique, existentielle et éthique. Les résultats sont «Un féminisme d’art» et «Une didactique de l’art».

En féminisme il y a :
- Le parcours historique et instable de l’image de la beauté de la femme dans les arts : de la beauté défiée à la beauté banalisée et même rendue distrayante et, à la limite, tyrannique de la femme elle-même qui la porte;
- Le mal de l’unique modèle de beauté, surtout lorsqu’il est tiré des phototypes des familles aristocratiques des antiques sociétés, toujours actuelles ;
- Contre l’unique modèle de beauté, la beauté est plutôt dans la diversité des lieux ethnographiques ;
- Au-delà du féminisme.

En didactique de l’art, il y a :
- Contre des chorégraphies des identités absolues et indifférenciées comme les «indiscernables», de type mathématique 1=1, l’art est une harmonie mais de plusieurs harmonies ou harmonies des plusieurs disharmonies ;
- Lorsque les milieux trop critiques rapportent ou associent les images qui font honte à la honte de l’artiste lui-même ;
- Contre la peinture de l’horrible ou du banal, s’il faut peindre l’horrible, qu’il soit transfiguré, transfigurant (de trans) signifiant aller au-delà ;
- La beauté dans l’échelle des êtres réels représentés, dans l’unité de la matière (extension ou grandeur quantitative) et/ou de la forme travaillée ;
- L’unité matière et forme en tant qu’elle n’enchante pas tellement les Stars : elles (ils) sont reprochés d’offrir en spectacle de l’art sans densité ontologique, sans rêve, sans fiction, comme s’il suffit d’être de rendre trop extérieures ses harmonies de corps athlétique pour être aussi artiste. Le reproche tient de la compréhension même de l’art selon les catégories de l’intuition travaillée, de la recherche scientifique, de l’image travaillée, du concept imagé, des harmonies abstraites réussies et, enfin, pour produire une image comme figure et comme message. C'est l'esthétique du plein où l'artiste est aussi philosophe, où l'artiste communique avec le philosophe, l'un pour l'image travaillée, l'autre pour le concept travaillé.

 

L’auteur :

Isaïe Nzeyimana, de nationalité rwandaise, est professeur de Philosophie à l’Université du Rwanda. Sa thèse sur Hegel est aussi son accès à la pensée idéaliste et rationaliste en dialogue avec le contexte. Pensant en agissant et agissant en pensant, son contexte, c’est le Rwanda et l’Afrique. Il a publié « L’Afrique et son concept », « Histoire et pragmatisme : le Rwanda sur sa route », « Critique de l’école rendue publique » et un thesaurus d’ouvrages de philosophie, « Philosophie et rationalités ». Son entrée en la dialectique hégélienne, ses voyages en Afrique, en Europe et aux États-Unis d’Amérique pour des conférences et des Leçons publiques ainsi que ses rapprochements avec les artistes dans le monde, particulièrement ses relations privilégiées avec l’artiste des Arts Visuels et Philosophie, Christian Nyampeta, font de lui un penseur ouvert et conciliant.


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