vernissage de l'exposition "39 marches à l'ombre" par ivan gros

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L’Atelier - 01/06/2013


Animations jeunesse - Mercredi 19 juin 2013 à 20h00 - A la librairie

www.grosoeuvres.com

"39 Marches à l’Ombre

M.O. Sur le sens des « Marches à l’Ombre », je peux donner quelques éléments d’explication. Rien de satisfaisant. C’est un sens partitif, non quantifiable, si l’on veut. Autant dire qu’il m’échappe complètement. Et pourtant les M.O. sont un tout qui prend symboliquement la forme du nombre 39.

Ce nombre rappelle d’abord le film d’Hitchcock « 39 marches », film d’espionnage noir et blanc des années 30 qui nourrit un imaginaire assombri par l’encre immatriculée 55985 de Charbonnel. Si vous demandez à Mister Mémory, le personnage à la mémoire prodigieuse inventé par Hitchcock, ce que signifie cette citation lointaine, il vous répondra que les aquatintes faites d’ombres de Chine s’inspirent aussi du « Marche à l’ombre » de Michel Blanc.

Cette tragi-comédie contrastée des années 80 faisait elle-même référence à un album de Renaud sorti en 1980 et à une chanson dont le refrain « casse-toi, tu pues et marche à l’ombre » signifie à peu près « disparaît sans faire le malin » ou encore « fais-toi oublier, tu me fais honte », c’est la version blouson noir du « Nique ta mère » actuel. En somme, « marche à l’ombre » est une expression de rue empruntée à un langage fruste et stéréotypé, fait d’argot, de références salaces, d’images brutales, d’un vocabulaire pauvre, malmené et et rarement inventif mais touchant. C’est une violence attendrissante parce que c’est, pour moi, la langue de l’enfance – celle non pas de l’innocence mais de l’ignorance, des petites conneries et des gasconnades sévères.

Chaque gravure renvoie au peuple de l’écran : King Kong, James Bond, Indiana Jones, François Perrin, Bettle Juice… Yves Montand, Steve Mac Queen, Dustin Hoffmann, Katherine Hepburn, Mario Girotti… Kassovitz, Kubrick, Visconti, Sternberg, Eisenstein… Tout un monde de surface animée qui vampirise la psyché.

« Marches à l’ombre » est un titre valise qu’il ne faudrait pas cependant réduire à un hommage au cinéma. Il vaudrait mieux pour être plus juste s’imaginer une histoire, celle d’un homme d’âge moyen qui porte une valise et qui grimpe un escalier avec empressement. L’escalier est sans fin. Il traîne avec lui remords, espérances, angoisses, souvenirs, microbes, petites joies, lourdes peines et gros chagrins. Il est libre. Au moins de monter ou de descendre.

Il ne désespère pas d’arriver. Quelque part. Son ascension peut prendre la forme d’un voyage, d’une aventure, d’une conquête. Il se fatigue, s’appuie sur une marche et dans la position du dormeur dessiné par Goya symbolisant l’idée que « le sommeil de la raison produit des monstres », il rêve et ses rêves sont faits de marches symboliques, vagues résidus diurnes qui servent de décors à des scénettes, phantasmes, cauchemars, produits de sa réalité sotte, de son quotidien agité, de ses démarches administratives et forcenées…

Cet homme n’a pas de nom, même s’il est un peu une projection de moi-même. Non pas qu’il me ressemble ; il est aussi tout ce qui n’est pas moi. Il est noueux. Il est nous et ils à la fois. Il est gordien et non-aristotélicien, une île perdue dans un océan de pronoms superflus. Ulysse ou Personne, qu’importe. Bon, admettons qu’il s’appelle Mohamed O’Conneil ou bien Maurice Osaka ou encore Moussa Ozòn… En tous cas, c’est Mo pour les intimes. Monsieur Mo pour les autres. M.O.

Ivan Gros.



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