Le jour de l'an d'un vagabond

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- 01/01/2011


ISBN : 9782916117027

Prix : 7,50 €


Dans la "Petite bibliothèque de Classiques sur la Corse", maintenant disponibles sur Izibook,  le récit des mésaventures d'Albert Glatigny en Corse.

Grandeurs et misères d’un poète vagabond

Albert Glatigny est né le 21 mai 1839 à Lillebonne, en Haute Normandie. Son père, alors charpentier, devient gendarme quelques années plus tard, pour mettre sa famille à l’abri du besoin ; il est nommé à Bernay en 1846. Bernay est une charmante petite ville typiquement normande, entourée de bocages et de forêts que le jeune Albert arpente inlassablement. Il va un peu à l’école, sans grand succès.

Coup de foudre pour la poésie
Glatigny rencontre la poésie comme on découvre un trésor : au fond d’une malle, dans un grenier, un vieux volume piqué par les vers. Ce sont les Amours de Ronsard. Albert Glatigny se sait poète à la minute où il en lit les premiers vers. Il n’a pas quinze ans, mais cette certitude ne le quittera plus. Quelques mois plus tard, il découvre le théâtre, et c’est une seconde révélation. Il est fasciné par les comédiens, il ne voit en eux que les personnages surhumains qu’ils interprètent.

L’apprentissage du journalisme
Albert a seize ans. Il est grand, très grand, maigre, gauche, laid, mais… beau parleur. Ce poète, ce rêveur qui foule la campagne de ses gigantesques enjambées est aussi un séducteur impénitent qu’il faut bientôt éloigner de la petite ville pour éviter le scandale. Il est envoyé à Pont–Audemer chez le protecteur de son père, Alfred Canel. Cet homme cultivé, républicain modéré, propriétaire du Journal de Pont-Audemer, se prend d’amitié pour le jeune homme et lui trouve une place d’apprenti typographe à l’imprimerie du journal. Albert occupe ses loisirs à écrire, et quelques-uns de ses poèmes sont publiés dans le Journal.

Le théâtre ambulant
Au printemps 1856, la troupe de théâtre de Blanchereau est de passage. Canel leur présente une pièce de Glatigny, que Blanchereau accepte de monter. Albert est même admis à jouer un petit rôle dans sa propre pièce. Il tombe immédiatement amoureux de l’une des comédiennes, et lorsque la troupe s’en va, il part avec elle. Il est désormais officiellement comédien, et toujours poète. Il lit, il admire Hugo, il écrit son adoration à Théodore de Banville, il joue — mal —, il déclame des vers, il marche de ville en ville, il rime. Trompé par la comédienne qu’il aimait, il quitte la troupe.

La bohème littéraire parisienne
Il a dix-huit ans. Il séjourne quelque temps à Paris, fréquente la bohème littéraire de la Brasserie, Baudelaire ou Théophile Gautier, vend des articles à des revues, fait un peu le régisseur de théâtre. En 1860, ses amis se cotisent pour permettre la parution des Vignes folles, son premier recueil de poésie. Les Vignes folles rencontrent un vrai succès d’estime, Victor Hugo envoie une lettre chaleureuse pour féliciter le jeune poète. Mais la poésie ne nourrit pas son homme. Après quelques rôles — et quelques huées — en province, il revient à Paris et participe à la fondation de la Revue fantaisiste, dirigée par Catulle-Mendès dont le premier numéro paraît en février 1861. Parrainée par Gautier, Leconte de Lisle, Baudelaire et Banville, cette éphémère publication préfigure ce qui deviendra le mouvement du Parnasse. Glatigny collabore aussi au Gaulois, au Boulevard, à la Revue européenne, plaçant ici un poème, là une critique. Il part quelquefois faire le comédien, le régisseur ou le souffleur en province, revient, repart, sans cesse à la recherche de ce qui pourrait assurer sa subsistance, sans jamais cesser d’écrire. Son recueil des Flèches d’Or est publié en 1864. Sainte-Beuve dit de ces Flèches « que beaucoup portent loin ». Désormais, Albert Glatigny est un poète reconnu, du moins par ses pairs. Verlaine lui rendra plus tard hommage en le citant parmi ses sources d’inspiration : « Villon et Marot, puis Banville et Glatigny se commémorent ici de fait et de droit. » Mais cela ne lui permet pas de cesser d’arpenter les provinces françaises à la recherche du plus petit cachet. Il s’arrête parfois quelques jours chez ses parents pour souffler un peu, lorsque sa santé, fragile depuis toujours, le trahit.

La naissance du Parnasse
Toujours il revient à Paris pour retrouver ses amis poètes. Cette amitié se cristallise sur un nouveau projet de revue : Le Parnasse contemporain, qui sera édité en 1866 chez un jeune libraire, Alphonse Lemerre, spécialisé dans la poésie. Autour de Banville, Baudelaire, Gautier et Leconte de Lisle, se rassemble la « jeune génération », les Sully Prudhomme, Villiers de l’Isle Adam, Alphonse Daudet, François Coppée, Mendès, Glatigny, Verlaine, Jose-Maria de Heredia… Une vraie diversité de talents et de sensibilités qui vient à son insu de fonder le mouvement des Parnassiens. L’ami de Victor Hugo, Auguste Vacquerie, qui fait de fréquents voyages entre Paris et Guernesey, apporte les encouragements du maître adulé et respecté par nombre d’entre eux. L’autre événement qui enthousiasme les tout nouveaux Parnassiens est la création à la Comédie Française de Gringoire, une pièce que Banville a écrite en pensant au personnage de Glatigny.

La conviction républicaine
La vie de bohème continue pour Glatigny, tantôt sur les routes de France, tantôt à Paris dont il devra bientôt s’éloigner non pour trouver un nouvel emploi, mais pour des raisons politiques.
"Il ne manquait plus au gueux, pour s’enfoncer dans sa misère, que d’être républicain et de l’afficher.
Il ne s’en fit pas faute.
Mais aussi, comment ne pas être républicain quand on vit, même de loin, à l’ombre de Hugo — si près de Vacquerie ? — Cladel, Verlaine, Villiers travaillent chaque jour à entraîner le Parnasse tout entier dans le mouvement fédéral. Albert, si prompt à épouser les causes désintéressées, est un des premiers à prendre son élan."
Jacques Chabannes, Glatigny, éd. Grasset, 1948
D’écarts de langage en traits de plume acérés, en passant par ses improvisations impertinentes sur la scène de l’Alcazar, le poète devient un personnage subversif peu apprécié du régime du Second Empire. Glatigny reprend la route.

La mésaventure du vagabond
De Bordeaux à Bayonne, de Luchon à Toulouse, il arrive à Marseille. On lui propose de venir jouer Gringoire à Bastia, et le voilà sur le sol corse à l’automne 1868. Le théâtre fait faillite et ne paie pas ses comédiens. Après quelques semaines à Bastia, Glatigny décide de rallier Ajaccio. Et c’est ainsi que le 1er janvier 1869, il se retrouve à Bocognano pour vivre la mésaventure racontée dans Le Jour de l’An d’un Vagabond. Il n’est pas rancunier : à peine est-il de retour dans le Midi, à peine a-t-il repris sa quête incessante de cachets misérables et ses pérégrinations — Marseille, Toulon, Nice, Marseille encore — que Le Gaulois lui demande un compte rendu des fêtes du centenaire de la naissance de Napoléon Ier… à Ajaccio.

Deuxième séjour en Corse
Il repart donc en Corse. Il a néanmoins eu le temps de rencontrer à Nice une certaine Emma Dennie, une jeune veuve tuberculeuse, qui lui a fait une vive impression. Glatigny s’acquitte de son reportage à Ajaccio et… tombe malade. De plus, ses yeux le font souffrir, il craint de devenir aveugle. Le médecin l’envoie à Sainte-Lucie de Tallano, où Glatigny croit devoir se résigner à vivre ses derniers jours. L’insatiable curieux s’intéresse cependant à ce qui l’entoure. Il continue d’écrire des articles et même une nouvelle, La vengeance de Santa-Luccia, inspirée des omniprésentes histoires de bandits.

L’amour, enfin
Ses amis se cotisent pour rassembler l’argent nécessaire à la traversée. Mallarmé le recueille à Avignon. Il rentre à Paris par petites étapes. Malgré sa santé, qui se dégrade de plus en plus, malgré la guerre qui éclate, il retrouve Emma et l’épouse.
Il est heureux, il voudrait vivre, ils emménagent à Sèvres. Malgré les soins et le dévouement d’Emma, il s’éteint le 16 avril 1873, sans atteindre ses trente-quatre ans. Emma lui survivra moins d’un an.
Ce personnage attachant ne sombre pas immédiatement dans l’oubli : ses amis lui restent fidèles. Un buste à son effigie est érigé à Lillebonne en 1891. Catulle-Mendès écrira même une pièce de théâtre, Glatigny, qui sera jouée à l’Odéon en 1906. Mais dans son Rapport sur les progrès de la poésie, publié en 1868, Théophile Gautier avait vu juste lorsqu’il écrivait :
"Deux ou trois poètes semblent suffire à la France, et la mémoire publique est paresseuse à se charger de noms nouveaux. Pourtant, au-dessous des gloires consacrées, il est des poètes qui ont du talent et même du génie, et dont les vers, s’ils pouvaient sortir de leur ombre, supporteraient la comparaison avec bien des morceaux célèbres perpétuellement cités."
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