Chroniques anti-isolement à travers L’Âme des peuples

La rédaction - 26.05.2020



« Parce que pour connaître les peuples, il faut d’abord les comprendre. » Cette présentation de la collection l’Âme des peuples, montée en 2013 par les éditions Nevicata, résume à elle seule toute la situation mondiale.

Loin des journaux de confinement hors sol, l’éditeur s’associe à ActuaLitté pour proposer une série de chroniques.

Parce que le confinement mondialement vécu devrait inviter à la modestie, et au partage, les auteurs de ces livres nous offrent d’entrer dans des terres proches ou distantes. 
Avec pour intention d’aider à mieux appréhender l’altérité, ces décodeurs qui avaient porté un regard global sur le territoire, tentent de capter l’atmosphère du moment : observer et raconter, pour qu’un témoignage demeure de cette situation inédite.

D’Afrique du Sud en Allemagne, d’Albanie en Angleterre, d’Argentine en Birmanie, voici l’histoire des peuples telle que la pandémie les transforme.
Des instantanés à la manière de polaroids littéraires, pour saisir le moment présent, l’implication et les changements subis, l’adaptation, toujours, la solidarité, souvent.

Et plus encore, comment l’âme s’exprime.


photo Nevicata CC BY SA 2.0



 

En Arménie, le peuple n’a peur de rien, pas même du coronavirus

CHRONIQUES ANTI-ISOLEMENT de L’ÂME DES PEUPLES — C’est un vieux Monsieur à la longue barbe blanche, le visage hagard, le regard doux. « Babik » Artush Mirzoyan a 82 ans. Comme chaque 24 avril, il se rend de bonne heure à la colline de Ttsitsernakaberd, le fort aux hirondelles, où arrivé au sommet il déposera son bouquet d’œillets au mémorial dédié aux victimes du génocide de 1915.   Seulement voilà, confinement oblige, au pied de la butte, les policiers en faction lui somment, poliment, mais fermement, de rebrousser chemin. Rien à faire. Le vieil homme...

Un masque anti-covid “bleu indigo, clair comme le reflet de la lune dans l’eau d’une coque de coco”

CHRONIQUES ANTI-ISOLEMENT de L’ÂME DES PEUPLES — C’était au début des années 1970. Jamhari n’était alors qu’un enfant de cinq ans à peine. Mais il se souvient très bien des masques lourds et terrifiants que les hommes de son village revêtaient au moment des moissons...   par Elizabeth D. Inandiak   village de Bebekan, Yogyakarta, Java © Elizabeth D. Inandiak   Il les revoit partir en procession sur les digues en terre des canaux d’irrigation, puis descendre danser dans les rizières dorées, tandis que les femmes frappaient de leur pilon à riz le...

Samba à une seule note, d'après Antonio Carlos Jobim

CHRONIQUES ANTI-ISOLEMENT de L’ÂME DES PEUPLES — La samba s’est tue, ou plutôt elle n’émet plus qu’une seule note, lancinante, angoissante comme celle d’une sirène annonçant le couvre-feu en temps de guerre. Rodrigo Soldon Souza, CC BY ND 2.0   Au pays de la joie de vivre, du carnaval de rue, des plages blanches courant le long de la mangrove, des forêts infinies et menacées, des fleuves immenses qui embrassent des îles qui ont la taille de la Suisse, de l’ara rouge, du paresseux à gorge brune, du ouakari chauve, du pirarucu géant et de l’anguille...

L’Ethiopie, un emballement confiné

CHRONIQUES ANTI-ISOLEMENT de L’ÂME DES PEUPLES — J’avais installé un cheval chez moi, dans le quartier d’Abo Mazoria, remplissant une des chambres de bottes de foin. C’était un peu excentrique de ma part, mais pas tant que ça. L’Éthiopie était un paradoxe orthodoxe : un pays de conformistes individualistes. En quittant ma maison d’Abo Mazoria à l’aube, on pouvait encore, alors, rejoindre la montagne de Menagesha.   par Yves-Marie Stranger Le marché de Guddu, photographie © Yves-Marie Stranger   Le samedi, jour du marché de Guddu, on faisait des...

La Crète, toujours vivante

CHRONIQUES ANTI-ISOLEMENT de L’ÂME DES PEUPLES — Samedi 18 avril 2020, 23 heures à Paris. C’est l’heure de la résurrection pascale en Grèce. Par la fenêtre, j’aperçois la tour Eiffel scintiller au loin. J’appelle ma cousine qui vit à Héraklion, la plus grande ville de Crète. Avec émotion, elle me dit : « il y a beaucoup de feux d’artifice, les voisins sont sur leurs balcons avec des cierges allumés, mais nous sommes tristes. Beaucoup de larmes ont coulé ce soir. »    par Marie Geredakis     En Grèce, Pâques fait quasiment office de fête...

Printemps doux-amer dans la Russie de toujours

CHRONIQUES ANTI-ISOLEMENT de L’ÂME DES PEUPLES — Le printemps est là et éclate dans la splendeur des cerisiers de mon jardin parés pour la fête du retour de la nature ! La Cerisaie d’Anton Tchekhov n’a qu’à bien se tenir. Dimanche ! Jour de petit-déjeuner spécial et de pâtisseries originales faites maison en cette période de confinement ! Voilà mon téléphone qui se met à grésiller et un joyeux Christos voskres ! saute à l’écran avec la grâce de l’alphabet cyrillique. Je m’empresse de renvoyer la formule traditionnelle : « Oui, il est vraiment...

Une lettre au Montana : cher Jim Harrison...

CHRONIQUES ANTI-ISOLEMENT de L’ÂME DES PEUPLES — Dear Jim, cher Jim Harrison. Je t’écris de Suisse romande. Je t’écris malgré tout, même si tu nous as quittés, parce que c’est toi et tes livres inoubliables, de Dalva à Un beau jour pour mourir, qui m’ont fait aimer passionnément le Montana, ses plaines infinies et sa mélancolie.   par Isabelle Falconnier Susan Sermoneta, CC BY 2.0   Tu dois bien rire depuis le Montana, l’un des trois États les moins peuplés des États-Unis, où le mot « confinement » n’a que peu de sens. Ton territoire...

En Colombie, guerre et inégalités ne sont pas en quarantaine

CHRONIQUES ANTI-ISOLEMENT de L’ÂME DES PEUPLES — « Eucalyptuuuuus ! » Le cri du paysan descendu des montagnes et bravant la quarantaine instaurée depuis déjà le 20 mars pour vendre ses quelques branches, remède maison contre les insuffisances respiratoires, déchire le silence du centre historique de Bogota plusieurs fois par jour.    par Anne Proenza Bogota, © Anne Proenza   Les rues, perchées à 2600 mètres d’altitude et autrefois remplies d’étudiants, de touristes, de fonctionnaires et de vendeurs à la sauvette sont quasi désertes. Une autre...