Les Ensablés : Survivre en littérature

La rédaction - 12.01.2020



"Les Ensablés, survivre en littérature" est un blog créé en 2010 et depuis intégré pleinement chez Actualitté.com. Chaque semaine, des écrivains ou des amateurs de littérature présentent le roman d'un écrivain français dit "ensablé", autrement "oublié" ou carrément disparu.

C'est ainsi une histoire de la littérature "souterraine" qui est revisitée. Une fois par mois néanmoins, afin de retrouver des terres plus connues, "Les Ensablés" publient une étude sur une œuvre littéraire majeure (appelée aussi monument) du patrimoine français.

Depuis la création du blog, 400 articles ont été ainsi publiés. Les contributeurs sont: Hervé Bel, Laurent Jouannaud, Denis Gombert, Carl Aderhold, François Ouellet, Elisabeth Guichard-Roche, Henri-Jean Coudy et Antoine Cardinale.


photo Philippe Le Moine, CC BY SA 2.0

Les Ensablés - "Derrière l'abattoir" d'Albert-Jean (1892-1975)

De la Grande Guerre dont on vient de commémorer le centenaire, on évoque les tranchées, les soldats poivrés d’obus, les taxis de la Marne, les chars de l’année 18. Bref, les combats atroces qui se déroulèrent sur les champs lunaires de Champagne ou de la Somme, cet « abattoir international » comme l’appelle Bardamu dans Voyage au bout de la nuit (1933). La littérature avec Dorgelès, Chevallier, Martin-du-Gard, Genevoix, Galtier-Boissière, et tant d’autres, a décrit cet horrible massacre qui coûta entre 1.4 et 1.6 millions d’hommes à la France. Mais aujourd’hui,...

Les Ensablés - "Ces Dames aux chapeaux verts" de Germaine Acremant

Prix Nelly Lieutier en 1921, édité par Plon en 1922, traduit en 25 langues, adapté en comédie puis au cinéma à quatre reprises entre 1929 et 1979, Ces Dames aux chapeaux verts connaît un vif succès en France et Outre – Atlantique. D’abord intitulé Quatre vieux cœurs, c’est le premier roman de Germaine Acremant qui en publiera une trentaine. Aucun ne connaîtra la même audience. Par Elisabeth Guichard-Roche   Suite à des affaires hasardeuses à l’origine du suicide de leur père, Arlette et Jacques sont totalement ruinés. Il faut vendre l’hôtel...

Les Ensablés - "Ruskin et la religion de la beauté", Robert de La Sizeranne

« Il y a quelques années, étant à Florence, je voulus étudier dans le cloître de Santa Maria Novella. Un soleil splendide brillait sur les dômes de la ville des Lys. Voulant être seul, j’arrivai dès neuf heures du matin. Le sacristain avait refermé la porte. Par les vieux arceaux, brillaient les gazons verts. Les cloches sonnaient à toute volée, lorsqu’en approchant de la chapelle des Espagnols, j’entendis naître et croître un léger bruit de paroles, de lecture, de prière. J’entrevoyais dans l’ombre lumineuse des silhouettes de jeunes femmes au profil giottesque,...

Les Ensablés - “Le pain des rêves”, de Louis Guilloux (1899-1980)

Nous accueillons aujourd'hui dans nos "colonnes" Pascal Malbrunot, ancien professeur de lettres, qui nous a envoyé ce bel article sur "Le pain des rêves" de Louis Guilloux (lui-même en voie d'ensablement, et dont Laurent Jouannaud a chroniqué son texte le plus connu "Le sang noir). "Le pain des rêves a été récompensé par le Prix Populiste 1942. Nous le remercions vivement pour l'envie qu'il nous donne de le lire. Les Ensablés. Une enfance dans un quartier infâme, l’abjecte rue du Tonneau. Un logement sordide qui tient de la cave et de l’écurie. La cour aux odeurs...

Les Ensablés - "L'enfant de choeur" d'Etiemble (1909-2002)

Etiemble (quelle sonorité étrange que ce nom!) est connu comme sinologue, mais c'est aussi un romancier qui n'écrivit pas assez de romans, hélas. En 1937, il en a publié un, très particulier, intitulé l'enfant de chœur, moderne par son audace, le choix des mots, les tournures, par le propos lui-même qui ne souffre aucune ellipse. Tout est dit, même si certains passages sont pénibles, puisque le thème sous-jacent, que l'on sent très vite poindre, est l'inceste. Par Hervé Bel   Le héros, André, a douze ans, on le suivra durant toute sa scolarité, jusqu'à cet...

Les Ensablés - "Bénédiction" de Claude Silve (1887-1978)

En 1935, pour la publication de Bénédiction, son troisième roman, Claude Silve remportait le Prix Femina à 9 voix contre 5 pour Isabelle Rivière (Le Bouquet des roses rouges) et 3 voix distibuées entre Marcelle Magdinier, Andrée Sikorska et André Fraigneau. Claude Silve était le pseudonyme allusif de la comtesse de la Forest-Divonne, née Charlotte de Lévis-Mirepoix, sœur du romancier et de l’historien académicien Antoine de Lévis-Mirepoix. Publié chez Grasset et depuis jamais réédité, ce roman a aujourd’hui un petit air suranné mais délicieux, car ça reste de la...

Les Ensablés - "César Capéran ou la tradition" de Louis Codet (1876-1914)

Encore un, encore un écrivain mort pendant la première guerre mondiale, le 27 décembre 1914, des suites d'une blessure mal soignée. Louis Codet n'avait que trente-huit ans. Il avait participé à la rédaction du premier numéro de la NRF et il laissait derrière lui des poèmes et des récits dont "La petite chiquette" (1908). En 1918, à titre posthume, paraissait chez Gallimard son dernier roman "César Capéran ou la tradition". La petite Vermillon le réédite aujourd'hui avec une préface de Jean-Baptiste Harang, journaliste et écrivain dont "Jours de Mai" vient de paraître...

Les Ensablés - “La bête immonde” de Marc Agapit (1897-1985)

Chers lecteurs des Ensablés, bonne année 2019. Quels auteurs oubliés nous fera-t-elle encore découvrir? Aujourd'hui, Marc Agapit, drôle d'écrivain, dont nous avons déjà parlé en 2012.   L’angoisse en matière littéraire est un art difficile. On la confond souvent avec l’horreur, plus facile à définir, à susciter. Il suffit pour cela de quelques scènes de tortures bien décrites, dans le cadre d’une histoire pleine de suspens où le lecteur s’est identifié à la victime, et le tour est joué : j’exagère à peine. Mais l’angoisse, ce sentiment diffus qui...