Rentrée littéraire 2018 : les fashion weeks du libraire

La rédaction - 11.10.2019


Des auteurs paniqués, des éditeurs mondains, des libraires déjà épuisés, des distributeurs satisfaits – les seuls actuellement... –, des représentants (peut-être) en vacances, des transporteurs en retard, un ministère avec le Culture entre deux chaises, des lecteurs perdus, des blogueurs survoltés, des Instragrameurs pour lesquels nous n’avons pas trouvé de rime, des journalistes éreintés... 
 

Et au milieu, notre rédaction heureuse, souriante et accomplie. Vous avez tout de même de la chance de nous lire.


 

Tout ce joyeux maelstrom a un nom : la rentrée littéraire. Une aberration que l’industrie du livre à travers le monde envie à notre hexagonale France [NdlR : Mais euh ! Pourquoi ?].

Comme tout le monde vous a déjà dit qu’il y avait 567 titres à venir sur cette période de deux mois et demi grosso modo, soit une quantité indigeste de 9,783333333 livres – n’imaginez pas qu’on les a tous lus ! – à engloutir quotidiennement : nous ne le répéterons pas.

 

Ah, tiens, si.

 

Nous ne vous dirons pas lesquels sont les meilleurs, lesquels se vendront le mieux, lesquels auront tel prix, lesquels passeront à la télé, lesquels nous ont fait rire tant ils étaient mauvais. Nous avons rencontré des éditeurs, leurs auteurs, des libraires, des attachées de presse qu’on avait oubliées un peu plus haut — qu’elzéhils soient bénis, pour leur patience, leur dévouement et leur abnégation.

 

Et puis... Et puis nous avons plongé. Tête baissée. Sans filet. On a lu, Lu, LU, jusqu’à plus soif, plus faim, plus dormir, plus parler, prostrés à plus savoir écrire. 

 

Pour au final ne vous parler dans ce dossier, que de ces livres qui nous ont intrigués, étonnés, esbaudis, émus, sidérés. Et parfois, peut-être, éventuellement, quand on en aura le temps, des autres. 

Mais c’est pas sûr. 

 

Car comme dirait Bartleby : « Je préférerais ne pas. » 

 

Bonne rentrée.


crédit illustration : ActuaLitté, CC BY SA 2.0


 

Moronga, l'Amérique passée à tabac

ROMAN ÉTRANGER – Horacio est un génie. Une pure merveille. Depuis son Bal des vipères, passablement fou, nous ne l’avons jamais quitté. Avec Moronga, lui qui affirmait « ne pas aimer se répéter » fait une fois encore évoluer sa narration. Muter, même. Livre de la violence, de la diaspora, c’est avant tout un ouvrage résolument contre le puritanisme américain. En avant !     Avec Rodrigo Rey Rosa (chez Gallimard), Moya garde au cœur les guerres civiles qui ont sévi en Amérique centrale. Parce que la réalité dépasse sans cesse la fiction, les...

La rentrée littéraire Cherche Midi : extrêmes humanités

C’est dans le cadre de la Villa Beaumarchais qu’Anne-France Hubau, directrice générale, et les équipes éditoriales du Cherche Midi ont présenté les quatre titres fer-de-lance de la rentrée des éditions du Cherche-Midi : entre « (im)pertinence, liberté de parole et curiosité renouvelées ».         Jusqu’où peut-on aller par passion, cette Adoration qui est seulement une emprise maquillée sous les feux de l’outrancier amour ? À première vue, rien ne paraît de l’enfer. De la perversion, goule immonde et inéluctable. Il est fou amoureux...

Swing Time : Danse, chante et tu sauras qui tu es

ROMAN ETRANGER - Roman gargantuesque, subtile comédie musicale, touche-à-tout, savamment construit, piquant les questions de notre société occidentale, sans ambages, sans ambiguïté. Swing Time ressemble à un immense éventail déployé au-delà de notre pouvoir de lire. Chapeau bas à Zadie Smith.     La danse, ici celle de Zadie Smith, commence et termine ce monde. Et dans sa chorégraphie, l'on peut vivre trente vies à travers le monde entier. La roue tourne dans tous les sens et le cycle s'achève sans prophétie à la clef. C'est bien plutôt la finesse de la...

Ganda, l'odyssée de la licorne

ROMAN FRANCOPHONE - Ganda est un rhinocéros à une époque où le monde dit civilisé ignore ce qu’est un rhinocéros. Cadeau empoisonné du vénérable sultan Muzaffar à l’Amiral portugais Alfonso de Albuquerque, qui vient de conquérir Goa et Malacca, Ganda, ce curieux animal à corne, va traverser, comme un trophée, les océans, en compagnie du petit Ossem, cornac intouchable et affabulateur qui saura se faire aimer des puissants.      Eugène, écrivain vaudois aux multiples casquettes et innombrables talents, reconstruit une fable racontée par bien...

Monstrueuses monstruosités, la vie d'une petite fille de 10 ans

ROMAN GRAPHIQUE (DE FOU !) – La vie d’Emil Ferris n’a pas vraiment été un long fleuve tranquille. En 2002, cette mère célibataire s’entend diagnostiquer un syndrome du Nil occidental. Cette maladie neurologique peut entraîner la mort, ou une paralysie. Mais à force de lutte, c’est une nouvelle existence qui va se dessiner...     Emile Ferris, auteure de ce roman graphique, travaillait comme dessinatrice de jouets : quand sa main droite paralysée par la maladie ne fonctionne plus, c’est la fin de tout. Elle a 40 ans, mais, magnifiquement, entourée, elle...

Splendide et douloureuse Italie, alors que monte le fascisme

ROMAN HISTORIQUE – Australienne, Elise Valmorbida publie son premier roman, après avoir travaillé dans la non fiction. Le portrait étrangement familier d’une Italienne dont l’engagement pour sa famille est total. Nous sommes en 1923, dans la campagne vénitienne : Maria Vittoria entre en scène.     Elle est âgée de 25 ans et attend désespérément un mari : une vague fois, un cousin a tenté de l’embrasser, et là se résume toute son expérience tant sentimentale que romantique. Mais une fois Achille rencontré, tout peut changer. En...

Emmanuel Macron assassiné par une tablette de chocolat

ROMAN POLITIQUE FICTION – La mort d’Emmanuel Macron. Pas n’importe comment : un assassinat. Tout ça parce que l'épouse du président lui a refusé une barre chocolatée à l’huile de palme. Et la France s'ouvre dès les premières pages, toute endeuillée. Du Panthéon aux alcôves des puissants qui ont ourdi le crime, Tuer Jupiter frappe fort en cette rentrée.   Ce 2 décembre 2018, toute une nation pleure le chef de l’exécutif, en grande pompe porté au Panthéon. La cérémonie est retransmise et commentée sur toutes les chaînes qui existent ; le...

Plongée au pays de la douleur, avis de tempête en Bretagne

ROMAN YOUNG ADULT – Avec La tête sous l’eau, Oliver Adam fait son entrée au rayon Young Adult. À l’image de Je vais bien ne t’en fais pas, il y met en scène le déchirement familial suite à une disparition, le manque, la difficulté à trouver sa place. Comment parvenir à se réinventer constamment pour préserver l'équilibre fragile de l'humain ? Et au centre de tout, dans une Bretagne morose, la souffrance, la douleur à l’image de l’océan.        La tête sous l’eau, c’est un roman choral pas comme les autres. Ce ne sont pas les voix qui s’y...