Extrait

Alto solo
de Antoine Volodine

Le 26/12/2014 à 15:52

Auteur : Antoine Volodine
Editeur : Minuit
Genre : litterature francaise romans nouvelles correspondance
Date de parution :
ISBN : 9782707313850
Total pages :
Prix : 13.70 €
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Résumé du livre
Un jour de printemps, trois prisonniers sont libres : un lutteur de cirque, un voleur de chevaux, un oiseau. Les grilles s’ouvrent et ils sortent. Dans la capitale, ils déambulent, évitant les patrouilles de salubrité frondiste. Malgré la douceur de l’après-midi qui incite à l’optimisme, ils voient mal ce que l’avenir leur réserve. Ils s’asseyent au bord du trottoir. Ce soir là, un écrivain se rend au concert. En compagnie d’une amie très chère il compte écouter un quatuor pour cordes. Devant le théâtre, les sections frondistes accrochent des banderoles. Elles ont organisé un meeting. Les frondistes n’apprécient pas les livres de l’écrivain et la musique de chambre leur déplaît. Dans le roman ils interviennent et ils le cassent. À l’intérieur de la musique ils pénètrent et la brisent. C’est l’altiste qui est la meilleure interprète du quatuor. Avec art, elle mêle ses chants à ceux des autres instrumentistes, mais parfois, elle joue en solo. Elle joue seule au nom de tous. Ses cordes vibrent, et soudain le monde du frondisme ordinaire s’estompe, se transfigure. L’air devient bleu. Avant de partir pour l’exil, goûtons avec elle cet air. Alto solo est paru en 1991.

 

Premier chapitre

 

 

 

 

 

 

 

1

 

L’APRÈS-MIDI DU 27 MAI

 

 

 

 

C’est l’histoire d’un homme. De deux hommes. En fait, ils sont trois. Aram, Matko et Will MacGrodno. La porte de la prison se referme derrière eux. Elle claque. Les articulations de fer s’entreheurtent et produisent le même tonnerre que d’habitude, on dirait que des wagons soudain déraillent et l’un dans l’autre s’encastrent. Le même fracas assourdissant que d’habitude. Avec toutefois une différence. Aujourd’hui, au lieu d’écouter les échos mourir le long des couloirs, le long des escaliers, de la verrière, les trois sont debout dans une rue tiède. Des murailles hautes les dominent, aussi rébarbatives que celles qui ont borné leur univers pendant quatre ans. Mais, sur ce ciment familier, le soleil n’est plus grillagé. Un camion traverse en ronflant le carrefour voisin et disparaît. Les trois ont de la poussière dans les narines, l’impression que l’air a changé de consistance et qu’ils ont vraiment cessé de nager dans les relents de serpillières et de tinettes. Ils ne savent pas trop qu’en penser. Juste avant de déclencher le tintamarre, l’avalanche huilée des pênes et des cliquets et des barres, un surveillant leur a lancé, en guise d’adieu : Ça suffit, ici vous êtes indésirables. On en a soupé de vos sales tronches. Cherchez-vous un autre palace. Allez vous faire pendre ailleurs !

Ils n’ont pas une conscience claire de ce qui vient de leur arriver. Libération anticipée, par manque de place plus que pour bonne conduite. Une ordonnance du ministre de la Justice. En haut lieu, on a dû prévoir pour bientôt une nouvelle fournée de clients. Libération conditionnelle, avec mise à l’épreuve de dix-huit mois. On les expulse, en somme, mais en menaçant de les reprendre à la moindre peccadille. Avant de sortir ils ont signé sur un grand registre noir, sans enthousiasme. Leurs noms figuraient par ordre alphabétique : Amirbekian, Bouderbichvili, MacGrodno. Maintenant ils avancent, hébétés sous la lumière. Au bout de cinq à six mètres, ils s’asseyent sur le trottoir. S’ils possédaient une cigarette, ils l’allumeraient et se la partageraient. Or ils ne possèdent aucune cigarette. Leur unique richesse se monte à quinze sous : huit sous pour Aram, six sous pour Matko Amirbekian, un sou pour Will MacGrodno. Dans le caniveau se tortille une rigole minuscule. Une veine gonflant sous une couche de terre pulvérulente. Ils regardent l’eau qui rampe. Ils l’observent qui serpente sans assurance et se hérisse de brins de sciure, à leurs pieds. Tous les trois, près du sol, mains sur les genoux, tête penchée, ils ressemblent aux impotents des mouroirs qui urinent sous eux et fixent, des heures durant, leurs pantoufles détrempées. On dirait qu’ils méditent.

Derrière eux de nouveau serrures et gonds produisent un cliquetis infernal. Le gardien les avait espionnés par le guichet. Il se donne la peine de glisser sa casquette jusque dans la rue pour leur crier : Hé, les gars ! Pas question de camper ici ! Puis quelque chose comme un paternalisme canaille adoucit sa voix. Allez, les gars, faites une croix sur le passé, et ouste ! Vous avez encore la vie devant vous. Et j’espère bien qu’on ne se reverra plus !

 

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