Extrait

Aucune pierre ne brise la nuit
de Frédéric Couderc

Le 24/07/2018 à 18:23

Auteur : Frédéric Couderc
Editeur : Heloise D'Ormesson
Genre :
Date de parution : 03/05/2018
ISBN : 9782350874562
Total pages : 318
Prix : 19 €
chaPitre.com title=
  • Zoom moins
  • Zoom plus
  • Signaler erreur
  • Envoyer à un(e) ami(e)

Version grand format

 

illustration

ISBN : 9782350874562

Editeur : Heloise D'Ormesson

Prix grand format : 19 €

 

Acheter le livre
avec chaPitre.com

Version numérique

 

illustration

ISBN : 9782350874586

Editeur : Héloïse d'Ormesson

Prix grand format : 13,99 €

 

Acheter le livre
avec chaPitre.com

Résumé du livre
En 1998, Gabriel et Ariane se rencontrent dans un musée du Havre, face à un figuratif argentin. Ils l'ignorent encore, mais le cours de leur existence vient de basculer.

L'Argentine et l'amour viennent de se poser là, entre eux, et Gabriel voit ressurgir les douloureux fantômes qu'il croyait avoir abandonnés à Buenos Aires, vingt ans plus tôt.

Pour Ariane, femme de diplomate, Buenos Aires résonnait jusqu'alors comme le plus doux des souvenirs : celui de la maternité tant espérée. Mais à l'annonce de la réouverture des enquêtes liées aux trente mille disparus sous la dictature de Videla, l'attitude trouble de son mari lui fait soudain craindre le pire. Ariane, n'aura d'autres choix que de plonger dans son histoire familiale, entraînant avec elle Gabriel, enfin prêt à faire éclater la vérité.



Aucune pierre ne brise la nuit explore les cicatrices et les silences laissés par la junte militaire et rend un sublime hommage aux disparus, à leurs proches et à ceux qui oeuvrent à la reconstruction du pays. Une fois encore Frédéric Couderc se pose à la croisée des genres, entre quête identitaire et polar sentimental en puisant aux racines d'un pays meurtris par leur Histoire.

 

Premier chapitre

Pour Caryl, l’un à l’autre toujours… presentes !

 

 

1


1998

 


* * *

 

 

DANS LE MUSÉE ÉTINCELANT DE SOLEIL, Ariane ne fut d’abord qu’une illusion. À sa place, Gabriel imagina Véro, ses yeux tendres et ses lèvres pulpeuses. Cette femme lui ressemblait tant qu’on eût dit sa fiancée, à l’époque où il étudiait aux Beaux-Arts : sa silhouette haut perchée sur ses talons Bally, sa façon de croiser les jambes, de sourire, tout cela le percutait de plein fouet. Malgré les années, ses souvenirs le pétrifiaient encore. Et puisque l’horreur s’infiltrait toujours jusqu’à l’os, il endura un instant sa terreur, le cauchemar de tout ce qu’elle avait vécu.

Gabriel crispa les poings pour ne pas trembler comme une feuille. Il jeta un coup d’œil circulaire à la mezzanine et tâcha de se reprendre en fixant la mer par-delà le port et la capitainerie. Il releva la tête et inspira profondément. C’est ainsi qu’il repoussait les courants du passé et retrouvait son souffle. Lui parvint un parfum de femme, des effluves de fleurs blanches. Bientôt l’odeur recouvrit tout. Elle prit le pas sur ses rêveries. Véro se dilua. Ariane s’imposa dans son champ de vision.

Ils se trouvaient à moins d’un mètre l’un de l’autre, admirant le tableau d’un figuratif argentin. Chacun de leur côté, ils détaillaient avec attention les dockers à l’ouvrage, les grues, les bateaux, les sacs de blé et de charbon. Rien ne manquait à ce spectacle coloré du Nouveau Monde parti pour ravitailler l’ancien.

– Le grupo de La Boca, murmura soudain Ariane.

Intriguée, elle se pencha pour lire une notice à moitié retranscrite, accrochée au panneau mobile avec ce titre énigmatique : « Quand vous traversez le port, évitez les condamnés à mort ! »

 

Gabriel plongea les mains dans les poches de son jean, hésitant à aborder sa voisine. Ariane trancha pour lui.

– On dirait un Benito Quinquela Martín, poursuivit-elle en le dévisageant. L’école des années 1920… Mais la scène est signée d’un Français, non ? Ferdinand Constant, vous connaissez ? Et ce titre, je ne le comprends pas…

Il sursauta légèrement, se sentit gagné par un certain malaise. Mais que lui arrivait-il ?

D’abord, ce tableau qu’il aurait reconnu entre mille, qui lui fit l’effet d’une grenade dégoupillée. Puis, cette inconnue au parfum envoûtant qui le questionnait naïvement. Voilà des années que personne ne lui parlait plus de l’Argentine. Il parvint à sourire, malgré la ressemblance avec Véro, qu’il n’arrivait pas à chasser de son esprit. La même voix, la même taille, les mêmes traits… Au fond, le même genre de femme pleine d’assurance, au style intemporel, mais avec vingt ans d’écart et un océan qui les sépare l’une de l’autre.

Les lèvres livides de Gabriel s’animèrent :

– Le peintre adresse un clin d’œil aux Français de Buenos Aires, dit-il. Dans les années 1950 et 1960, les dîners mondains se donnaient selon une formule protocolaire : « Quand vous invitez le consul, évitez les condamnés à mort ! » À l’époque, les anciens de Je suis partout pullulaient en Argentine, comme les miliciens, les soldats de la division Charlemagne, les speakers de Radio-Paris. Un peu plus tard, des crapules de l’OAS sont venues les rejoindre. Tous ces fuyards ont trimé comme dockers avant de trouver mieux à faire.

 

Suivez-nous

 

Désinscription

16

1

aucune-pierre-ne-brise-la-nuit-frederic-couderc

6865