Extrait

California dream
de Prcic, Ismet

Le 13/11/2013 à 19:04

Auteur : Prcic, Ismet
Editeur : Les Escales
Genre : littÉrature anglo-saxonne
Date de parution : 03/01/2013
ISBN : 9782365690157
Total pages : 424
Prix : 22.50 €
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Résumé du livre
Un des meilleurs livres de l'année selon The New York Times, prix du meilleur premier roman du Los Angeles Times devant L'Art du jeu de Chad Harbach, une œuvre coup de poing, qui insuffle un grain de folie à la Kusturica dans un témoignage aussi poignant que Le Journal d'Anne Franck. L'incroyable odyssée d'un jeune comédien bosniaque qui rêvait de Californie... Trois secondes. Quand il entend le bruit d'un tir au canon, Ismet sait qu'il a exactement trois secondes pour se mettre à l'abri. Et à 18 ans, cela fait longtemps qu'il sait reconnaître le bruit des bombardements. Mais Ismet a trouvé un moyen pour fuir les horreurs de la guerre: le théâtre. Et quand sa troupe est invitée en Écosse, il quitte le pays. Destination finale: la Californie. Là-bas, Ismet devient Izzy, pourtant il reste hanté par ceux qu'il a laissés. Le jeune homme se met alors à écrire, à tout écrire: de ses jeux d'enfant obsédé par les ninjas au cheddar offert à son arrivée sur le sol américain, de la visite médicale où il croise un certain Mustafa au destin qu'il imagine à ce jeune Bosniaque, envoyé au front et blessé... déchiré entre sa face A(méricaine) et sa face B(osniaque), Ismet porte un roman aussi beau que bouleversant sur la jeunesse en temps de guerre et la douleur de l'exil.

 

Premier chapitre

Cheese !

 

Quand l'avion de la KLM se posa enfin sur le sol américain, les Bosniaques assis à l'arrière, les jointures blanchies par l'angoisse - à peine quelques mois plus tôt, les avions n'étaient rien d'autre pour eux que de fines lignes blanches zébrant en silence le ciel au-dessus de leurs bleds paumés -, saluèrent l'événement d'un tonnerre d'applau­dissements. Je les imitai, malgré la sensation nauséeuse que m'avaient laissée les fruits et le cheddar cheese distribués par les hôtesses quelque part au-dessus de l'Angleterre. Le fromage de couleur jaune était sans doute rance, et j'avais passé mon temps à courir dans l'allée centrale en quête de toilettes inoccupées où, maladroitement agenouillé devant une cuvette ou l'autre, j'avais été incapable de vomir.

À présent, ces gens - ce peuple de réfugiés, mon peuple -étaient aussi heureux que perplexes : sourire aux lèvres, ils fronçaient obstinément les sourcils à l'écoute du charabia qui s'échappait des haut-parleurs. L'avion s'était arrêté devant une des portes de débarquement de l'aéroport JFK, mais les petites ceintures, comme les cigarettes barrées d'une croix, demeuraient allumées au-dessus de nos têtes. Et les passagers restaient assis. L'homme installé devant moi - un trentenaire pourvu d'une épouse, d'une fille et d'une bouche remplie de dents cataclysmiques - me lança un regard interrogateur.

— On est arrivés ou on s'arrête seulement pour prendre de l'essence ? chuchota-t-il en bosniaque, les yeux écar-quillés derrière ses lunettes, mi-gêné, mi-apeuré.

 

Tous l'entendirent, malgré ses efforts pour être discret. Et tous se tournèrent vers moi - le seul Bosniaque à bord capable de comprendre un peu d'anglais - dans l'espoir d'obtenir l'information souhaitée.

—  On est arrivés, marmonnai-je.

Un murmure de satisfaction parcourut les rangées de sièges. Le type se pencha vers sa femme.

—  C'est bien ce que je pensais, dit-il.

—  T'en savais rien. Fais pas semblant d'avoir compris !

—  Faut toujours éteindre la moissonneuse-batteuse avant de remettre de l'essence, sinon elle peut prendre feu, expliqua-t-il doctement. C'est pareil pour les avions. Les machines sont toutes les mêmes, au fond.

—  C'est ça... Tu sais tout sur tout, hein ?

—  Tais-toi, femme.

Tout avait commencé par des disputes à la télé : nos hommes politiques s'invectivaient, s'envoyaient leur natio­nalité et leurs droits constitutionnels à la figure, chacun d'eux affirmant que son peuple était en danger.

—  Je croyais qu'on était tous yougoslaves ! ai-je alors dit à ma mère.

Je mentais : du haut de mes quinze ans, je n'y croyais plus vraiment. Il aurait fallu vivre sous terre pour ne pas s'aper­cevoir que la situation était explosive. J'ai peut-être mentionné la Yougoslavie ce jour-là parce que le régime communiste m'avait enfoncé les mots « Unité et Fraternité » si profon­dément dans le crâne qu'ils ressurgissaient de manière automatique, balayant tout ce que la réalité m'enseignait. Ma mère m'ordonna de me taire et monta le son.

 

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