Extrait

Cartographie de l'oubli
de Labuzan, Niels

Le 13/09/2016 à 14:23

Auteur : Labuzan, Niels
Editeur : Lattes
Genre : litterature francaise romans nouvelles correspondance
Date de parution : 24/08/2016
ISBN : 9782709649377
Total pages : 516
Prix : 20 €
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Editeur : JC Lattès

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Résumé du livre
« J’étais jeune et je découvrais à quel point l’Histoire qu’on maintient vivante est modulable et subjective. Le Sud-Ouest africain a été une répétition avant le grand bal. La modernité avant l’heure. Mais personne ne voulait m’écouter. » 1889. Jakob Ackermann et une vingtaine de soldats allemands débarquent dans le Sud-Ouest africain. Ils ont pour mission de créer une colonie de peuplement. Ils s’imaginent être des bâtisseurs, l’étendard de la modernité.2004. En marge d’une journée commémorant le massacre des Hereros, un jeune métis namibien interroge son passé. Comme son pays, il est fait de contradictions, de violences. Il est l’héritier de ce qui n’aurait pas dû être. L’un pense écrire l’Histoire, l’autre la questionne. Leurs voix se répondent. Elles racontent le destin de ces hommes et de cette terre convoitée, conquise, ravagée, où le XXe siècle est peut-être né.

 

Premier chapitre

« Les hommes normaux ne savent pas que tout est possible. »
David Rousset

 


1.

 

 

Okahandja, janvier 2004

Sous les lumières de mes pleins phares, défilent des villages de fortune. Rubans de poussière décorés de cadavres d’automobiles. Des endroits où on ne s’arrête pas. Des vies passées sous la tôle ondulée, destinées à être oubliées.

J’ai toujours aimé cette B1 qui file au nord.

La fenêtre entrouverte fait bourdonner mes oreilles. Parfois, des yeux fluorescents surgissent de l’obscurité. Phacochères, la plupart du temps. Tout le monde vous le dira, rouler de nuit en Namibie est déconseillé. Un jour, un Américain s’est empalé sur un koudou, mais c’est une autre histoire, et je veux être à Okahandja avant l’aube. Cette ville perdue au centre du pays est tout un symbole.

Je devine les acacias brûlés, les herbes sèches.

La vulnérabilité qu’inspire cet espace sans fin.

Si je suis parti si tôt, c’est que dans quelques heures l’asphalte sera brûlant sous un chapelet de véhicules. Voitures officielles, héritiers en quête de reconnaissance, pick-up de touristes curieux, utilitaires de la presse et leurs radars sur le toit. Une ribambelle de 4 × 4 qui sera bloquée tandis qu’en ce moment je suis seul à flirter avec cette route. Je me laisse dériver au fil du bitume et de ses crevasses.


Ces années d’attente, ces appels à la foule impassible qui, ivre de son Histoire, se bouchait les oreilles, ces cris dans le désert, ces mains jointes, ces ossements que le sable recrache, ces yeux qui refusaient de voir, ont tous convergé vers aujourd’hui.

Il y a cent ans.


La voiture saute sur une pierre, le volant se dérobe. La ligne jaune, comme un esprit protecteur, se brouille.

Un bouton enfoncé.

Une voix surgit des haut-parleurs.

J’aime devancer les événements, leur donner une couleur, puis essayer, avec mes peu de moyens, de les orienter vers ce que j’ai imaginé. Ça m’aide à me rendre compte de mon environnement.


Bientôt, je rentrerai dans Okahandja.

À la lueur des réverbères, je saluerai les aboiements des chiens errants par un coup de klaxon, j’apercevrai ce panneau publicitaire pour de la bière où un type sourit de toutes ses dents, exhibé comme s’il s’agissait d’une œuvre d’art, je dépasserai les stands des sculpteurs, fermiers reconvertis en tailleurs de bois. Sur les étals, morses, éléphants, idoles, tout ça fait à la pointe du couteau, au prix d’ongles arrachés et revendus aux passants excités de négocier, de réduire à néant le travail de journées harassantes.

Je verrai cette petite place où un palmier tente d’harponner la lune.

Puis je prendrai Dr Vedder St, où les barrières grillagées jouent avec le vent, et me garerai là. La voiture crissera, comme elle le fait à chaque fois que je tourne à droite. Ma main restera sur la clé un instant avant de couper le contact.

Après, je n’aurai plus qu’à attendre.

 


2.

 


Côte africaine, juin 1889

Il porta la main à son visage. L’air salé s’incrustait dans la cicatrice qui courait de son œil gauche à la commissure de sa lèvre. Ça lui tirait la peau, comme si tout son sang affluait sous ce pli. Les bottes enfoncées dans le sable, il se tenait face à la mer. La lumière faiblissait, une traînée de nuages s’étirait.

 

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