Extrait

Ces jours heureux
de Hortense Dufour

Le 07/02/2015 à 17:24

Auteur : Hortense Dufour
Editeur : Flammarion
Genre : litterature francaise romans nouvelles correspondance
Date de parution :
ISBN : 9782081313118
Total pages : 480
Prix : 21.90 €
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Résumé du livre
Voici un nouvel été. Le parfum du vent, le sel de la mer au loin, le genêt sauvage et la résine des pins nous donnent le souffle d’aller, de vivre. La balançoire ; me balancer. Seule ; avec, à mes côtés, ombre double, Ange, mon frère jumeau. D’un fougueux coup de talon chaussé de cuir plat et de chaussettes longues, Ange élance la balançoire. Il rit. Je me serre contre lui. Un tournis me saisit. La descente est comme une chute lente, inexorable, celle des rêves où on tombe sans douleur, au comble d’une suave épouvante. Notre grand-mère crie: — Ces enfants sont des sauvages… Ange entraîne la petite… Un jour, ils se tueront… Le nouveau roman d’Hortense Dufour, romancière et biographe, est un conte cruel et sensible, entre Colette et Simenon, peignant le portrait de trois générations de Français, des années vingt à nos jours. Au travers de silences, d’abandons et de mélancolie, l’auteur nous raconte l’histoire de ce frère et de cette sœur qui surent lutter contre le malheur.

 

Premier chapitre

 

 

 

Je voudrais me retrouver petite fille, à demi sauvage, intrépide et libre ; riant des injures au lieu de m’en affoler !

Pourquoi suis-je si changée ? Pourquoi quelques mots font-ils bouillonner mon sang avec une violence infernale ?

 

Les Hauts de Hurlevent, Emily BRONTË

 

 

 

 

 

 

 

Mon frère, c’est Ange.

Moi, c’est Julia.

Nous sommes jumeaux,

nés le 5 janvier 1945.

Dans la nuit.

Le chaos d’une nuit.

La nuit du bombardement de Royan.

Nous sommes nés au bourg,

dans la maison du notaire.

La maison Fontailneau.

 

 

 

 

 

 

 

Comment cela a-t-il commencé ?

 

 

 

 

 

 

PROLOGUE

 

 

 

La cloche de l’église Saint-Jean égrène les heures.

Elles ricochent, les heures, sur les tuiles fatiguées de la maison. « La maison du notaire. » Dans le pays, on l’appelle comme ça. Les anciens du bourg disent « la maison Fontailneau ». Depuis sa prospérité et sa ruine.

Elle est située dans le haut du bourg.

La route descend vers la grande place. Au milieu de la place, ce bloc de pierre et de bronze est la statue d’un obscur grand homme. Un robin des années 1780. Les « on-dit » du bourg en ont fait un jacobin et les pigeons leur lieu d’aisance. Il tient un livre ouvert. Le temps a rongé sa bouche. Un doigt de bronze grêlé désigne un livre.

 

La maison Fontailneau est couverte de lierre et de la flamboyante vigne vierge. « Grands ennemis du toit ! » ronchonne le fils Relmo. On a pris l’habitude de l’appeler « le fils Relmo ». Il était jeune quand moururent ses parents. Une chevelure noire et frisée, des muscles courts, drus. Les mains solides, au dos desquelles foisonnent des poils sombres, que l’on devine sur sa poitrine. « Pire qu’une bête », s’amuse le bourg. Sa femme, Marie Relmo, pétrifiée de silence, n’a plus d’âge – ce qui veut dire beaucoup d’années. Beaucoup d’années de labeur à la maison Fontailneau. Le labeur ménager. Une maison est parfois pire qu’une personne. Laver les vitres, repasser, chasser la poussière… Le fils Relmo bine, sarcle, taille le verger. Il constate la sécheresse accrue de l’étang. Il guette les lézardes de la façade.

La grille fatiguée de la maison du notaire. Il n’y a plus de notaire en activité depuis longtemps.

Au-dessus du perron effrité, style Directoire, deux écussons ont perdu leur dorure. Deux ronds en pierre. Ils ont égaré l’éloge d’une République double ; Junon en péplum, assise sur une cathèdre, auréolée de lauriers, brandissant l’épi d’or. Deux ronds vides. Orages et soleil les effritent. Ils semblent applaudir la perte. Leur défunt petit orgueil.

« Nous étions ruinés il y a beau temps », dit l’aïeule.

Elle aime à dire « beau temps ». Cela convient à ce qui demeure de la maison du notaire. Une belle allure épuisée.

La jouissance de mon frère Ange est de lui lancer ce qu’il sait l’offenser.

— Votre « beau temps », fut l’argent du métayer. Votre père, le Métayer.

Ange la vouvoie pour mieux la blesser. Il répète « Métayer » avec un grand « M ». C’est le nom de jeune fille de l’aïeule et de sa sœur, Tante.

 

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