Extrait

Cher ami, de ma vie je vous écris dans votre vie
de Yiyun Li

Le 19/09/2018 à 08:09

Auteur : Yiyun Li
Editeur : Place des éditeurs
Genre : Littérature étrangère
Date de parution : 06/09/18
ISBN : 9782714479105
Total pages :
Prix : 20.00...78015899....
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ISBN : 9782714479105

Editeur : Place des éditeurs

Prix grand format : 20.00...78015899....

 

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Résumé du livre
Brillant, exigeant, un texte de la reconstruction psychique et artistique qui confronte avec pudeur et élégance deux questions essentielles : pourquoi écrire ? Pourquoi vivre ?



Il fut un temps où je lisais les carnets de Katherine Mansfield pour me distraire. " Cher ami, de ma vie je vous écris dans votre vie ", écrivit-elle dans une entrée. En lisant cette phrase, j'ai pleuré... Elle me rappelle aussi la raison pour laquelle je ne veux pas m'arrêter d'écrire. Les livres que l'on écrit – passés, présents et futurs – n'essaient-ils pas de dire la même chose : Cher ami, de ma vie je vous écris dans votre vie ? Qu'il est long, le chemin d'une vie à une autre !



Convoquant à la fois philosophie et littérature, une œuvre remarquable où l'auteur d'Un beau jour de printemps interroge celle qu'elle a été, celle qu'elle est et celle qu'elle sera : l'enfant persécutée, la scientifique dans l'âme, l'immigrante au parcours complexe, la mère en quête de réponses, l'écrivain au cœur d'une nouvelle création...

Clément Baude (Traducteur)

 

Premier chapitre

Ce livre fait partie d’une conversation

avec Brigid Hughes

 

 

« Aucune échelle ne permet de sortir d’un monde ; chaque monde est sans bordure. »

Amy Leach, Things That Are

 

« Elle avait toujours pris plaisir à réveiller les gens qui dormaient ; c’est en effet la plus grande modification de l’état d’un être humain que l’on puisse envisager, hormis le tuer ou lui donner le jour. »

Rebecca West, This Real Night

 

 

Cher ami, de ma vie je vous écris dans votre vie

 


* * *

 

 

1.


MA PREMIÈRE RENCONTRE avec avant et après se fit dans une des revues de mode auxquelles mes amis me conseillèrent de m’abonner lors de mon arrivée en Amérique. Je suivis sagement leur conseil – à l’époque, je nourrissais une fascination d’ethnologue pour l’Amérique. Je n’avais encore jamais vu un magazine en papier glacé. Devant la qualité du papier et de l’impression, sans parler des innombrables échantillons de parfum qui attendaient d’être détachés, je me demandais comment fonctionnait l’économie du magazine, puisque je payais seulement un dollar par numéro.

Ma rubrique préférée se trouvait à la fin du magazine. Elle montrait des relookings de célébrités – coiffure et couleur de cheveux, par exemple – avec une bulle pour avant et une pour après. Je n’avais pas souvent d’avis sur la transformation en elle-même, mais j’aimais l’irrévocabilité de cette expression, avant et après, où rien ne vient troubler l’entre-deux.

Après des années passées à vivre en Amérique, je ressens toujours une allégresse éphémère quand je vois des publicités pour des programmes de perte de poids, des bandes blanchissantes pour les dents, des traitements contre la calvitie ou de la chirurgie esthétique, et dont les contrastes sont indiqués par des avant et après. La conviction affichée d’un tel propos – à toute situation malheureuse ou désagréable il existe une solution définitive – m’attire autant qu’elle m’intrigue. La vie peut être recommencée, semble-t-il dire ; le temps peut être séparé. Mais cette logique me paraît aussi improbable que de voyager pour devenir une autre personne. Les paysages modifiés sont au mieux des distractions, ou alors de nouveaux décors pour d’anciennes habitudes. Ce que l’on transporte d’un point à un autre, géographiquement ou chronologiquement, c’est soi. Même l’être le plus inconstant reste constamment lui-même.

 

 

2.


J’allais partir donner un cours quand une de mes connaissances, qui vivait à l’autre bout du pays, dans le New Hampshire, a téléphoné à mon bureau. Elle venait d’arriver dans une ville toute proche. Je lui ai parlé à peine deux minutes et j’ai demandé à mon mari d’aller la chercher. Il a passé douze heures avec elle, lui a annulé ses rendez-vous professionnels et s’est assuré qu’elle reprenait bien l’avion vers chez elle. Deux semaines plus tard, son mari appelait pour nous annoncer qu’elle s’était jetée par la fenêtre de son bureau, un dimanche soir. Il me demandait d’assister à l’enterrement. J’ai réfléchi un long moment et j’ai décidé de ne pas y aller.

 

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