Extrait

Collection de sable
de Italo Calvino

Le 19/12/2014 à 08:35

Auteur : Italo Calvino
Editeur : Gallimard
Genre : litterature romans poche
Date de parution :
ISBN : 9782070451166
Total pages : 356
Prix : 7.40 €
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Résumé du livre
Une femme fait collection de sable. Rangeant les flacons étiquetés, elle ranime dans sa mémoire les sensations d'une plage. Ainsi l'écrivain aligne les mots, espérant découvrir dans le travail du langage matière à comprendre le monde. Collection de sable rassemble une quarantaine d'articles. Mappemondes anciennes, mannequins de cire, paysages et scènes d'Iran, du Mexique, du Japon: autant d'objets, de lieux, de rites sociaux qu'Italo Calvino interroge avec une curiosité contagieuse. Un délice d'intelligence et de subtile pédagogie.

 

Premier chapitre

 

 

 

 

 

I

EXPOSITIONS –
EXPLORATIONS

 

 

 

 

Collection de sable

 

Il existe une personne qui fait collection de sable. Elle voyage à travers le monde, et lorsqu’elle arrive sur une plage au bord de la mer, sur les rives d’un fleuve ou d’un lac, dans un désert ou une lande, elle ramasse une poignée de sable et l’emporte avec elle. Sur de longues étagères, à son retour, l’attendent des centaines de flacons de verre alignés dans lesquels le sable fin et gris du Balaton, celui très blanc du golfe de Siam, celui, rouge, que le cours de la Gambie dépose à travers le Sénégal déploient leur gamme étroite de couleurs estompées, révèlent une uniformité de surface lunaire, bien qu’à travers des différences de grain et de consistance : du gravillon noir et blanc de la mer Caspienne qui semble être encore trempé d’eau salée aux tout petits cailloux de Maratea, noir et blanc eux aussi, à la fine farine blanche piquetée de coquilles violettes de Turtle Bay, près de Malindi au Kenya.

Dans une exposition de collections bizarres qui s’est tenue récemment à Paris — collections de sonnailles à vache, de jeux de loto, de capsules de bouteille, de sifflets en terre cuite, de billets de train, de toupies, d’enveloppes pour rouleaux de papier hygiénique, d’insignes de la collaboration sous l’Occupation, de grenouilles naturalisées, la vitrine de la collection de sable était la moins voyante et pourtant la plus mystérieuse, celle qui semblait avoir le plus de choses à dire, quoique à travers le silence opaque emprisonné dans le verre de ses ampoules.

 

Passant en revue ce florilège de sables, l’œil ne saisit d’abord que les échantillons qui ressortent le plus : la couleur rouille du lit à sec d’un fleuve du Maroc, le noir et le blanc carbonifère des îles d’Aran, ou un mélange changeant de rouge, blanc, noir, gris qui porte sur l’étiquette un nom encore plus polychrome : « Île des Perroquets, Mexique ». Par la suite les moindres différences entre un sable et l’autre obligent à une attention de plus en plus absorbée ; et ainsi, petit à petit, on entre dans une autre dimension, dans un monde qui n’a d’autres horizons que ces dunes en miniature, où une plage de cailloux roses n’est jamais pareille à une autre plage de cailloux roses (mélangés à des cailloux blancs en Sardaigne et dans les îles de Grenade aux Caraïbes ; mélangés à des cailloux gris à Solenzara en Corse), où une étendue de gravillons minuscules et noirs de Port Antonio en Jamaïque n’est pas pareille à une autre venue de l’île de Lanzarote aux Canaries, ni à une autre qui vient d’Algérie, peut-être du milieu du désert.

On a l’impression que cette présentation d’échantillons de la Waste Land universelle va nous révéler quelque chose d’important : une description du monde ? un journal secret du collectionneur ? ou une révélation sur moi qui suis en train de scruter dans ces clepsydres immobiles l’heure à laquelle je suis parvenu ? Tout cela ensemble, sans doute. Du monde, la récolte des sables choisis enregistre le résidu de longues érosions qui est en même temps l’ultime substance et la négation de son apparence luxuriante et multiforme : tous les décors de la vie du collectionneur y apparaissent plus vivants que dans une série de diapositives en couleurs (une vie — dirait-on — de tourisme éternel — telle qu’apparaît d’ailleurs la vie dans les diapositives, et telle que pourraient la reconstruire nos descendants s’il ne restait qu’elles pour documenter sur notre temps —, tout un prélassement sur des plages exotiques alternant avec les explorations les plus inaccessibles, dans une inquiétude géographique qui trahit une incertitude, une anxiété), évoqués, en même temps qu’effacés, par le geste désormais compulsif de se pencher pour ramasser quelques grains de sable et en remplir un sachet (ou un récipient en plastique ? ou une bouteille de Coca-Cola ?) et puis se retourner ensuite et s’en aller.

 

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