Extrait

De l'impossibilité de devenir français
de Esther Benbassa

Le 23/05/2013 à 09:42

Auteur : Esther Benbassa
Editeur : Les Liens Qui Liberent
Genre : pamphlets politiques, faits de societe, actualite, temoignages, biographies
Date de parution : 15/01/2012
ISBN : 9782918597384
Total pages : 219
Prix : 16.80 €
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ISBN : 9782918597780

Editeur : Éditions Les Liens qui libèrent

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Résumé du livre
A l'orée d'une campagne présidentielle qui sera marquée par les débats sur l'identité nationale, l'intégration et l'immigration, Esther Benbassa, auteur cosmopolite, fille d'immigrés amoureux de la France et intellectuelle de haut vol, s'insurge et prend parti. Dans ce livre coup de poing et vivant, elle nous réconcilie avec une France historique inspirée par les véritables valeurs républicaines. Elle a la légitimité, le verbe, l'esprit et la plume pour clouer le bec à plus d'un. Traduite dans de nombreux pays, lauréate du Prix Françoise Seligmann contre le racisme, Esther Benbassa est notamment l'auteur de Etre juif après Gaza (cnrs Editions, 2009), Histoire des Juifs de France (Seuil, 1997) et La Souffrance comme identité (Fayard, 2007).

 

Premier chapitre

Prologue

 

 

 

 

Je suis une immigrée française. Une immigrée qui a « réussi », dira-t-on. Mais la réussite n’a-t-elle pas un goût très particulier, lorsque l’on reste, malgré tout, toujours l’Autre ? Être autre et français, français et autre, voilà le défi. Mission impossible ?

En septembre 2011, lorsque je faisais campagne pour les élections sénatoriales dans le Val-de-Marne, il se trouvait encore de grands électeurs, qui n’étaient d’ailleurs animés d’aucune mauvaise intention, je le souligne, pour me demander si on pouvait se faire élire au Sénat… avec un accent. Bonne question, en effet.

L’intégration demande une convergence : volonté d’intégration de la part du nouveau venu et acceptation de la part des « autochtones ». La « réussite » de l’immigré obéit aux mêmes exigences : il faut qu’« il en veuille », et il faut que l’on veuille de lui.

 

 

Ce que je dis là pourra paraître compliqué, mais rien n’est décidément jamais simple avec les immigrés. Leur condition est toujours difficile à porter et plus difficile encore à faire comprendre. Et plus que les grands discours, les récits de vie sont peut-être finalement les plus à même de donner, aux yeux de ceux qui ne la vivent pas, sens et chair à cette condition.

Quelques mots, donc, pour commencer, de ma propre histoire, qui est aussi celle de mes rêves.

J’étais de culture française avant même de prendre le chemin de l’immigration. Je connaissais par cœur nombre de vers du Cid et de Phèdre. Lamartine, Verlaine, Rimbaud étaient mes camarades de jeu. Et c’est pour avoir été surprise à lire Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir que j’ai failli ne pas pouvoir poursuivre mes études secondaires à l’école congréganiste française d’Istanbul où j’étais élève.

J’ai aimé la France le jour où ma préceptrice arménienne a commencé à m’apprendre les premiers mots d’une langue, le français, dont la musicalité allait me marquer à jamais. Ma supériorité, probablement la seule, par rapport aux Français nés sur le sol français, est de ne pas seulement entendre les mots, mais aussi de les voir défiler devant mes yeux. Lorsque j’écris, la moindre répétition sonne faux à mes oreilles, et pourtant je n’ai pas l’oreille musicale. Les mots dansent, aussi, dans mon esprit avant de trouver leur place dans une phrase harmonieuse. Ce qui crée entre la langue et moi une distance, y compris lorsque je la parle. Un décalage source de défauts de débit

souvent non perceptibles par les personnes qui ne me connaissent pas, émergeant parfois dans le stress ou l’émotion, lorsque je ne réussis pas à les contrôler.

Le français n’est pas en moi, mais c’est un mariage d’amour entre lui et moi, un choix. Rien n’est acquis, tout est à réapprendre chaque fois. Voilà notre belle histoire. Et cette belle histoire m’a menée très loin : non sans audace, à 25 ans, quelques années à peine après mon arrivée en France, j’ai passé le CAPES de lettres modernes, et j’ai ainsi moi-même, pendant une quinzaine d’années, enseigné le français aux petits Français des collèges et lycées de Normandie puis de banlieue parisienne.

 

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