Extrait

Des GI et des femmes ; amours, viols et prostitution à la libération
de Mary Louise Roberts

Le 02/07/2014 à 18:38

Auteur : Mary Louise Roberts
Editeur : Seuil
Genre : histoire faits de societe, temoignages contemporains, actualite
Date de parution : 03/04/2014
ISBN : 9782021156515
Total pages : 416
Prix : 22 €
chaPitre.com title=
  • Zoom moins
  • Zoom plus
  • Signaler erreur
  • Envoyer à un(e) ami(e)

Version grand format

 

illustration

ISBN : 9782021156515

Editeur : Seuil

Prix grand format : 22 €

 

Acheter le livre
avec chaPitre.com

Version numérique

 

illustration

ISBN : 9782021156539

Editeur : Seuil

Prix grand format : 15.99 €

 

Acheter le livre
avec chaPitre.com

Résumé du livre
Comment convaincre des hommes de poser le pied sur les plages de Normandie pour partir à l'assaut sous le feu nourri de l'ennemi ? En faisant appel à la solidarité entre soldats, au patriotisme, à leur volonté de libérer l'Europe de la tyrannie ? Sans nul doute. Mais un autre argument fut employé au sein de l'armée américaine en 1944 : " Pensez à la beauté des femmes françaises qui n'attendent que vous et qui vous accueilleront en libérateurs. " Exploitant des documents officiels de propagande aussi bien que des journaux intimes et des mémoires de soldats, Mary Louise Roberts révèle que le commandement militaire américain a sciemment érotisé la France et exploité le mythe de la " femme française " pour mobiliser ses troupes. Elle montre ce qu'ont été les conséquences sur le terrain : les romances bien sûr, mais aussi la prostitution, omniprésente au Havre par exemple, et les viols et agressions sexuelles. Elle argumente enfin que la domination sur les corps fut une dimension de l'impérialisme américain et que les relations sexuelles ont été au centre des relations de pouvoir entre les libérateurs et la population française. Cette domination fut durement ressentie et elle a contribué à nourrir l'antiaméricanisme d'après-guerre.

Il n'est pas question ici de remettre en doute la bravoure des GI mais d'aller au-delà de la simple image d'Epinal du soldat américain entouré de jeunes femmes qui l'embrassent avec joie et soulagement, pour témoigner que la présence de l'armée américaine sur le sol français n'alla pas sans heurts.

 

Premier chapitre

Durant l’été 1945, des milliers de soldats américains prennent d’assaut le port du Havre. La guerre est finie et les GI attendent un bateau pour rentrer chez eux. Un an plus tôt, les Alliés ont libéré la région du contrôle allemand. Les habitants sont reconnaissants, mais ils ont désormais le sentiment de se retrouver dans une ville pratiquement occupée par ses libérateurs. Le Havre est en état de siège, déplore le maire Pierre Voisin dans une lettre adressée au colonel Weed, le commandant américain de la région. Les honnêtes citoyens de sa ville ne peuvent plus se promener dans le parc ou se recueillir sur les tombes de leurs morts sans tomber sur un GI qui fricote avec une prostituée. La nuit, des soldats ivres errent dans les rues en quête d’aventures sexuelles et les femmes « respectables » ne peuvent plus sortir seules. Non seulement on assiste jour et nuit à des « scènes contraires à la décence », se plaint Voisin, mais « des spectacles scandaleux s’offrent ainsi à la vue de la jeunesse, ce qui est intolérable ».

Le maire a bien envoyé des policiers faire des rondes dans les parcs : les GI n’en ont cure. Il a essayé de mettre les prostituées dans des trains pour Paris, mais les femmes, les poches pleines d’argent, sont descendues à la gare suivante et revenues en taxi. Il envoie donc une nouvelle lettre à Weed. Les Américains pourraient-ils construire un bordel réglementé au nord de la ville ? Voisin suggère qu’ils installent des tentes spéciales dans un endroit facilement accessible depuis leurs camps. Le bordel serait supervisé par la police militaire [MP] et par du personnel médical américains, afin de garantir que le commerce sexuel ne pose pas de problèmes de santé et reste discret. Les prostituées seraient soignées et les maladies vénériennes diminueraient. La ville pourrait se remettre à vivre normalement.

Voisin perd son temps. Dans sa réponse, Weed décline toute responsabilité : la prostitution, c’est le problème du maire, pas le sien. Si les prostituées sont malades, les GI n’y sont pour rien. Il est hors de question que l’armée américaine se mette à réglementer la prostitution. Le haut commandement ne le permettrait pas, d’abord et avant tout parce qu’il redoute que les journalistes ne s’emparent de l’affaire et que les citoyens américains n’entendent parler des turpitudes de leurs soldats. Weed fait tout aussi peu de cas du problème croissant que posent les maladies vénériennes. Il promet bien vaguement de fournir du personnel médical, mais sa promesse ne sera pas suivie d’effet. Voisin doit donc bientôt écrire une troisième lettre, adressée cette fois-ci au sous-préfet, pour réclamer de l’argent. Les fonds municipaux sont quasiment épuisés, les services de vénérologie débordés, les femmes malades n’ont nulle part où aller. Que doit faire le maire ?

Weed n’est pas le seul commandant américain à avoir opposé une fin de non-recevoir aux Français sur ces questions. Comme beaucoup d’officiers, il pensait probablement que les habitants ne remarqueraient même pas les scènes de sexe en public. Pourquoi ce spectacle les aurait-il dérangés ? Le sexe n’était-il pas une spécialité française ? De fait, les GI ont grandi avec les récits des aventures de leurs pères, qui ont combattu en France en 1917-1918. Ces récits, qui font la part belle aux aventures sexuelles, ont amené toute une génération d’hommes à voir la France comme le pays du vin, des femmes et des chansons. En 1944, le dessinateur Bill Mauldin joue sur ces récits des pères en montrant un soldat qui s’exclame : « C’est la ville dont mon vieux m’a parlé » (ill. 1). Dans les mois qui précèdent et qui suivent le Débarquement, la propagande militaire ressuscite tout un ensemble de stéréotypes pour une seconde génération de soldats. Moyennant quoi, les troupes sont persuadées que la France est « un gigantesque bordel dans lequel vivent 40 millions d’hédonistes qui passent leur temps à manger, à boire et à faire l’amour », pour reprendre les mots de Joe Weston, journaliste au magazine Life.

 

Suivez-nous

 

Désinscription

16

1

des-gi-et-des-femmes-amours-viols-et-prostitution-a-la-liberation-mary-louise-roberts

4328