Extrait

Desaccords mineurs
de Joanna Trollope

Le 06/10/2013 à 14:13

Auteur : Joanna Trollope
Editeur : Des Deux Terres
Genre : littÉrature anglo-saxonne
Date de parution : 09/05/2012
ISBN : 9782848931135
Total pages :
Prix : 20 €
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ISBN : 9782848931494

Editeur : Editions des Deux Terres

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Résumé du livre
Chrissie a toujours su que Richie les aimait, elle et leurs trois filles, ainsi que leur maison de Highgate, et leur joyeuse existence rythmée par la musique. Mais pourquoi ne lui en a-t-il jamais donné la preuve en l’épousant, ce qui aurait rendu son existence parfaite? Parce que c’est l’apanage de Margaret, avec qui il a eu un fils, Scott, quand il faisait ses débuts de musicien. Il ne les a jamais revus, et Chrissie aurait aimé continuer à ignorer leur existence. Mais à la mort de Richie, Scott et sa mère, qui figurent au testament, font leur réapparition. Pour Chrissie et ses filles, tout semble se fissurer irrémédiablement mais Amy, la cadette, est déterminée à surmonter ces désaccords mineurs.

Joanna Trollope est l’auteur de quinze romans contemporains encensés par la critique. Tous ont figuré sur les listes de best-sellers. Elle a été décorée de l’ordre de l’Empire britannique (OBE) en 1996. En plus de sa propre association caritative, le Joanna Trollope Trust, elle défend de nombreuses causes qui lui tiennent à cœur, comme la recherche contre le cancer, les droits des non-voyants et ceux des enfants en difficulté. Joanna Trollope vit à Londres. Lors de sa publication en France en 2012, Désaccords mineurs a été qualifié de « peinture à la fois tendre et implacable de la middle class anglaise » par Le Figaro et loué pour son « analyse fine des relations » par Version Femina.

 

Premier chapitre

1


En y repensant, elle était sidérée qu'aucune d'elles n'ait craqué, à l'hôpital. Même Dilly, sur qui l'on pouvait compter pour éclater en sanglots à la première poussière dans l'œil, était demeurée complètement muette. Chrissie supposait que c'était le choc, au sens littéral, l'engourdissement soudain de toute réaction naturelle, provoqué par le traumatisme. Et, en réalité, le traumatisme avait débuté avant même que le spécialiste ait ouvert la bouche. Rien qu'à sa façon de les regarder, toutes les quatre, elles avaient compris, avant même qu'il ait proféré un mot. Elles savaient quelle phrase il allait prononcer – « Je suis tout à fait désolé, mais… » –, et puis il l'avait dite. Il l'avait dite, jusqu'au bout, et elles l'avaient toutes dévisagé, Chrissie et les trois filles. Et personne n'avait eu le moindre petit gémissement.
Chrissie ne savait même pas comment elle les avait ramenées à la maison. Tamsin et Dilly savaient conduire, mais il ne lui était pas venu à l'idée de leur confier les clefs de la voiture, à l'une ou à l'autre. Au lieu de quoi, elle s'était installée au volant, sans un mot, et Tamsin était montée avec elle devant – sans que personne proteste, pour une fois –, les deux plus jeunes s'étaient glissées à l'arrière, et elles avaient même attaché leur ceinture sans qu'on le leur rappelle. Chose impensable, en temps normal. Et Chrissie avait démarré, elle avait conduit, bien droite au volant, comme pour une démonstration de la position adéquate, dans la montée de la colline de Highgate Hill et la descente vers la maison, cette maison où ils avaient vécu depuis la naissance d'Amy, dix-huit ans plus tôt.
Naturellement, il n'y avait pas de place libre juste devant. Il y en avait rarement, le soir, après que les riverains étaient rentrés du travail.
« Oh, quelle barbe », s'était-elle plainte, sur un ton trop distingué, bien trop maîtrisé, et Dilly, depuis la banquette arrière, avait remarqué : « Il y a une place là-bas, devant chez les Nelson », et puis personne n'avait plus rien dit pendant que Chrissie manœuvrait pour exécuter son créneau, en s'y prenant très mal, car à cet instant-là elles pensaient toutes à sa façon de se comporter, s'il avait été là, à ce qu'il aurait dit – « Les objets d'art, on ne devrait jamais leur demander de garer une voiture. Passe-moi les clefs », et Chrissie aurait ri – enfin, elle aurait pu – et lui aurait jeté les clefs, d'un geste maladroit prouvant qu'il avait raison, et il aurait fait entrer la voiture dans une place impraticable, à la perfection et en un rien de temps, si bien qu'elles auraient pu le flatter en s'exclamant « Frimeur », toutes en chœur. « Je gagne ma vie en frimant, leur aurait-il répliqué. Tâchez de ne pas l'oublier. »
Elles sortirent de la voiture, elle verrouilla les portières et elles traversèrent en rang serré, vers leur entrée. Il n'y avait pas de lumières allumées. Elles étaient parties en plein jour et, de toute manière, elles avaient été prises de panique, à cause de l'ambulance qui arrivait, de sa pâleur effrayante, de sa douleur qui était évidente, de sorte que personne n'avait songé au retour, et de quoi ce retour serait fait. Certes, aucune d'elles n'aurait osé s'imaginer que ce retour ressemblerait à cela.
Chrissie ouvrit la porte d'entrée, et les filles s'étaient blotties derrière elle sur le perron, comme s'il faisait un froid mordant, comme si elles mouraient d'envie de rentrer se mettre au chaud. Une idée franchement hors de propos lui traversa l'esprit, elle aurait dû balayer les feuilles de cette véranda, qui avait salement besoin d'un coup de neuf, qui en avait besoin depuis des années, et Richie avait toujours répété que sa mamie, à North Shields, sur la Tyneside, frottait son pas de porte à quatre pattes tous les jours – sauf le dimanche. Tous les jours. Avec une brosse et un seau en fer galvanisé.
Elle retira le trousseau de la porte et le laissa tomber. Tamsin tendit le bras au-dessus de sa mère qui s'était baissée et alluma la lumière dans l'entrée. Ensuite, elles passèrent toutes devant elle, se précipitèrent au bout du couloir, dans la cuisine, et Chrissie se redressa, le trousseau dans la main, essaya d'insérer la clef dans la serrure du côté intérieur et s'aperçut qu'elle tremblait tellement qu'elle dut se tenir le poignet droit de la main gauche, pour raffermir son geste.
Ensuite elle se rendit au fond du couloir, droit devant elle, sans un regard vers le salon et encore moins vers la salle de musique de Richie, où trônait son piano, avec son tabouret tout éraflé, les photographies dans leur cadre, la chaîne stéréo, les rangements de CD, les diplômes, les récompenses, des piles de vieilles partitions écornées qu'il refusait toujours de jeter. Elle s'arrêta sur le seuil de la cuisine. Toutes les lumières s'étaient allumées, et la radio aussi, d'un coup, sur KISS FM ou quelque chose dans ce style, la bouilloire sifflait à tue-tête, les trois filles s'étaient dispersées, et maintenant elles pleuraient, pleuraient, toutes.

 

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