Extrait

Du diable en politique ; réflexions sur l'anti-lepenisme ordinaire
de Pierre-André Taguieff

Le 04/03/2015 à 01:32

Auteur : Pierre-André Taguieff
Editeur : Cnrs
Genre : histoire faits de societe, temoignages contemporains, actualite
Date de parution :
ISBN : 9782271080639
Total pages : 392
Prix : 22 €
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Résumé du livre
« L’antilepénisme ordinaire a pris l’allure d’une machine fonctionnant dans un seul sens: empêcher de connaître et de comprendre l’ennemi désigné, interdire toute discussion libre et informée sur le mouvement lepéniste, substituer l’indignation morale et la condamnation diabolisante à la critique argumentée et à la lutte politique. La diabolisation de l’adversaire empoisonne le débat démocratique et profite en définitive au parti lepéniste, qui tire habilement parti de la dénonciation vertueuse et consensuelle dont il est l’objet pour se poser en victime du “Système”. Toute dénonciation extrémiste fait le jeu de l’extrémisme dénoncé. Le seul moyen de dire clairement en quoi les orientations du FN sont inacceptables consiste à analyser le programme de ce parti sans lunettes idéologiques, donc sans le lire à travers les stéréotypes accumulés au terme d’une longue tradition “antifasciste”. Face au FN, il faut d’abord vouloir le connaître, puis le juger sur ses résultats locaux, dans la gestion municipale, et non plus seulement sur ses intentions déclarées ou ses projets. » Ce livre, qui analyse la diabolisation dans tous ses aspects, s’efforce de penser l’extrémisme politique, sur la base de multiples exemples historiques. Il s’impose pour faire face aux extrémismes contemporains.

 

Premier chapitre

 

 

 

 

 

 

Chapitre 4


Le discours antilepéniste et ses genres : esquisse d'une typologie

 

 

 

« Brûler n'est pas répondre. »

Camille Desmoulins à Robespierre

 

En 1995, d'une façon quasi-simultanée, quelques observateurs de la vie politique française ont identifié les diverses stratégies anti-FN qui, depuis 1984, avaient été définies, suivies et expérimentées avec plus ou moins d'efficacité, non sans engendrer des effets pervers{455}. Ces stratégies anti-FN peuvent se diviser en stratégies directes ou frontales (diabolisation, front républicain, « harcèlement argumentatif » impliquant l'examen critique systématique du programme et la dénonciation des thèmes ou la réfutation des thèses, ignorance volontaire, boycottage médiatique des leaders lepénistes, poursuites judiciaires, etc.) et en stratégies indirectes (banalisation par des alliances, imitation ou mimétisme, lutte contre le chômage, recherche d'un consensus sur la politique de l'immigration, élévation du niveau du civisme, engagement politique, lutte contre l'insécurité objective, etc.). Les typologies élaborées en 1995, qui se recoupent ou se combinent, ont conservé leur valeur descriptive en 2014. Joël Roman distinguait cinq stratégies anti-FN : l'ignorance, la diabolisation, le mimétisme, la banalisation, l'affrontement. J'en ai moi-même distingué huit : la diabolisation, le silence médiatique, la complaisance calculée, la « douce alliance », le front républicain, la lutte intellectuelle ou le « harcèlement argumentatif », l'intervention sur les causes sociales et économiques, et, enfin, l'action politique. Quant à Dominique Jamet, il en a identifié neuf : ignorer le Front, l'insulter, le boycotter, le diaboliser, l'attaquer (sur ses « idées », son programme, etc.), faire front (le front républicain), imiter le Front, s'associer au Front, le banaliser. Ceux qui ne désespèrent pas de la gauche peuvent ajouter à cet inventaire la volonté de constituer une « vraie gauche{456} », capable de répondre aux attentes d'un électorat populaire capté par le FN. Dans cette perspective, supposant qu'on puisse « revitaliser le processus démocratique », le sociologue Pascal Duret n'hésite pas à remettre en question le fonctionnement de la représentation politique, qui « reste une dépossession des “profanes” au profit des professionnels », et note qu'« à ce titre, il n'est plus possible de se contenter de prendre systématiquement le contre-pied des constats du FN{457} ». En d'autres termes, la critique des élites dirigeantes ne doit pas être abandonnée au FN, ni être elle-même diabolisée.

Caractérisons brièvement chacune de ces stratégies anti-FN. La diabolisation prend la forme d'une attaque directe du FN sur le mode dominant de la condamnation morale, qui implique notamment le recours à des slogans procédant par amalgames polémiques, du type « F comme fasciste, N comme nazi ». Elle s'inscrit donc dans l'héritage de l'antifascisme, et n'hésite pas à jouer sur la peur d'une « résurgence » du fascisme, ni à inciter à la haine contre le « parti de la haine ». Le silence médiatique consiste à pratiquer systématiquement un boycottage informationnel de tous les événements concernant le FN, à ignorer ses actions, ses déclarations et ses propositions. La complaisance calculée n'est autre que la reprise, par des partis de droite ou de gauche, de certaines propositions du FN afin de récupérer les électeurs séduits par ce type d'offre idéologique. La « douce alliance » illustre une stratégie d'intégration du FN à la vie politique démocratique par des alliances électorales ou par le recours à la représentation proportionnelle, l'objectif étant que le parti lepéniste perde l'attrait qu'il tire de sa différence. Le front républicain vise à isoler le FN, ou pour le moins à contenir ses « poussées », par des stratégies d'alliances électorales mises en place au plan national et destinées à l'empêcher de gagner des élections. La lutte intellectuelle consiste à soumettre à un examen critique sans complaisance les programmes du FN, ainsi qu'à mettre en évidence les affirmations fausses, les mensonges, les sophismes et les promesses intenables des leaders du parti lepéniste. L'action sur les causes sociales et économiques de la « montée du FN » ne pouvant avoir que des effets à moyen ou long terme, elle représente une stratégie anti-FN souvent préconisée, mais peu suivie par les acteurs politiques, qui s'investissent dans le court terme. En outre, ces derniers semblent singulièrement démunis lorsqu'il s'agit de lutter contre le chômage et l'insécurité, ou de définir une politique claire et consensuelle de l'immigration. Quant à l'engagement politique, il doit se proposer notamment de donner aux abstentionnistes des raisons de se mobiliser et de voter en connaissance de cause. La lutte politique ne saurait se réduire à un combat « contre » : elle doit être avant tout un combat « pour », mené en vue de réaliser une idée du bien commun.

 

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