Extrait

Faites demi-tour dès que possible ; territoires de l'imaginaire
de Collectif

Le 07/01/2015 à 07:38

Auteur : Collectif
Editeur : La Volte
Genre : litterature francaise recits d'aventures et de voyages
Date de parution :
ISBN : 9782370490025
Total pages : 464
Prix : 18 €
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Résumé du livre
« On a souvent tendance à croire que l’imaginaire rime avec l’ailleurs, pour se détacher justement d’une réalité parfois trop… envahissante. Et s’il s’amuse à dépeindre, presque par principe, le grandiose, le démesuré, l’inédit ou le singulier, l’imaginaire aime aussi se nicher, se terrer, s’enfouir et prendre racine dans le détail et le relief du réel. C’est pourquoi La Volte vous propose de creuser votre sillon en faisant rimer imagination avec région. Dans le passé, le présent, le futur, parlez de la région de votre choix (industrielle, intacte, morne, vivante, sublime, détestable, recherchée, oubliée, et plus encore si affinités), celle que vous aimez ou détestez, mais celle qui vous inspire! Il ne s’agit ni de prôner le retour au terroir, ni d’exalter la mondialisation. Il s’agit de surprendre, en entremêlant deux notions qui pourraient sembler antinomiques: d’un côté l’ancrage dans les spécificités et les vérités d’un lieu, et de l’autre le dépassement des frontières et du réel. » Stéphane Beauverger et David Calvo 15 janvier 2014 Quatorze territoires français saisis par l’imaginaire. Énigmes de la mémoire, mythes fondateurs, retour vers l’enfance ou basculement vers l’abîme, le terroir devient le berceau de toutes les histoires.

 

Premier chapitre

 

 

 

 

DCDD

Stéphane Beauverger

 

 

L’œil droit fermé par la douleur, l’autre brouillé par le sang gouttant de mon front, je titubais dans la nuit en direction du parking. J’avais salement dégusté, mais une fois passé la peur et les impacts, la douleur était supportable. Merci aux lampadaires du bourg de m’aider à jouer au Petit Poucet jusqu’à la voiture. L’humidité nocturne me figeait le visage et les pensées. Dans la boîte à gants, je trouverais des Dolipranes et un fond de cognac. Derrière moi, le clocher de l’église sonna douze fois.

Les trois types m’avaient poussé hors du bar et avaient cogné sans préambule. Quelques insultes pour accompagner les coups, des « fumier ! », des « fouille-merde ! » et même un « journalope ! » de circonstance. Ça s’était passé si vite que les détails m’échappaient, mais il me semblait bien avoir amoché l’un d’entre eux, quand même, avant de prendre ma raclée. Direct au menton. Le sang sur mes doigts n’était pas le mien. Connards de Bretons !

Trop loin de la rue principale pour espérer croiser quelqu’un. Un avion survolait le Finistère, au-dessus des nuages mouillés de printemps, ses passagers bien au chaud. Veinards. Heureusement que je ne m’étais pas garé trop loin. Voiture de location. « Surtout, m’avait conseillé Max, ne te pointe pas là-bas avec une bagnole immatriculée à Paris. L’autochtone fait déjà la grimace quand il croise un conducteur de Normandie ou de Vendée. » Maxime était le papy de la rédaction, journaliste à l’ancienne qui en avait trop vu et trop bu. L’incarnation de ce qui m’attendait, d’ici quinze ans, si je ne changeais pas de vie. Mais je l’aimais bien. Il m’avait refilé le dossier au dernier moment, officiellement pour mauvaise santé. Moi, je le suspectais surtout de s’être défilé, mais comment lui en vouloir ? S’il était entré à La Chope à ma place, les poings de ces types l’auraient probablement achevé. Ou bien il aurait été assez malin, lui, pour ne pas provoquer une poignée d’ivrognes en cherchant à glaner quelques tuyaux. « C’est un rade assez typique, tu verras, avait-il souri en descendant sa bière, le genre de cambuse où ça boit sec et ça cause peu… Mais si la clientèle n’a pas trop changé, à peu près toutes les embrouilles locales se décident ou se résolvent à ce comptoir. Pour apprendre ce qui se passe dans les monts d’Arrée, La Chope constitue le camp de base idéal… Passe mon bonjour à Yffic s’il y traîne encore. » Yffic était mort, tout le monde s’en foutait et, ce soir, j’avais failli le rejoindre.

Ma tête me faisait un mal de chien. J’étais arrivé au bout de la rue sans trouver le parking. Merde ! Trompé de direction ? Les dernières vitrines du village avaient fait place aux façades blanches des maisons particulières, à des ronds-points anonymes. Putain, mais j’étais où ? Un panneau de signalisation pointait vers la voie express, direction Brest. Un autre me proposait de retourner à Paris. Cinq cent trente kilomètres, direct. Mon ricanement se perdit dans le grondement d’un moteur en approche rapide. Aveuglé par les phares, je levai les bras en signe de reddition. Si mes agresseurs avaient décidé de se la continuer safari, je ne tiendrais pas un second round. Dans un couinement de freins défaillants, une 4L crème se coula vers moi jusqu’à mordre le bas-côté. Personne n’en descendit. Je contournai l’antiquité jusqu’au conducteur. Une voix de femme, suraiguë, sauta par la vitre entrouverte pour couvrir le vacarme du moteur mal réglé :

 

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