Extrait

Garbo
de Fonclare, Guillaume De

Le 29/06/2017 à 10:24

Auteur : Fonclare, Guillaume De
Editeur : Stock
Genre :
Date de parution : 05/04/2017
ISBN : 9782234079915
Total pages : 222
Prix : 18.50 €
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Résumé du livre
« C’est ainsi que je devins “Garbo”, le plus grand acteur de tous les temps, le plus extraordinaire espion que la Terre ait porté, jouant mon auguste rôle dans le film terrible de la Seconde Guerre mondiale. »



Juan Pujol Garcia – nom de code Garbo pour les Britanniques – eut un rôle crucial durant la guerre. Espion à la solde des Allemands, mais travaillant en fait pour les Anglais, cet agent double de génie trompa le contreespionnage nazi pendant plus de trois ans. À la tête d’un réseau fictif de plus de vingt-quatre agents, il participa

activement à l’opération Fortitude, qui visait à faire croire aux Allemands que le débarquement allié se ferait sur les côtes du Pas-de-Calais. Cette mystification reposait sur la création d’une armée imaginaire, la FUSAG, faite d’avions en balsa et de chars en baudruche gonflable, dont les unités étaient déplacées tous les jours pour accréditer l’existence d’une armada prête à se lancer à l’assaut des côtes françaises. À la fin du conflit, pour préserver sa famille d’éventuelles représailles d’anciens nazis, Juan Pujol se fit passer pour mort aux yeux de tous (sa femme et son fils compris) et partit se cacher au Vénézuéla, où il fonda une nouvelle famille.

Guillaume de Fonclare nous plonge dans cette histoire extraordinaire à travers le récit testamentaire que « Garbo » livre à son petit-fils. À la fois romanesque et intimiste, il nous invite à le suivre dans les méandres de l’Histoire et de l’âme humaine.

 

Premier chapitre

À Françoise et Thierry

 

À la mémoire de Thomas Ayad

 

 

« Et par le pouvoir d’un mot

Je recommence ma vie

Je suis né pour te connaître

Pour te nommer

Liberté. »

Paul Éluard

 

 

Tu dois te trouver bien surpris, cher Jorge, de cette convocation chez cet idiot de notaire qui laisse tes parents et tes frères à la porte, et de t’y voir remettre ce manuscrit. Je l’ai voulu relié de cuir à la façon des livres de la bibliothèque de mon père, qu’il choisissait ainsi de mettre en forme pour celles des œuvres qui lui tenaient particulièrement à cœur ; ce récit d’une vie, de ma vie, aurait donc fièrement trôné au milieu des grands Espagnols et Français s’il avait eu les honneurs de la bibliothèque paternelle. C’est prétentieux, je sais, mais lorsqu’il s’agit de trouver une couverture au récit de sa propre existence, il est difficile de choisir l’allure que prendra cet écrin. J’ai opté pour la souplesse d’un cuir de chevreau, en espérant que la douceur de sa prise en main viendra amoindrir l’âpreté des révélations qu’il renferme ; j’ai été un lecteur dévorant, tu le sais, et pour moi ces choses-là ne sont pas des détails sans importance. Pour l’ouvrir, il t’aura fallu briser le sceau qui reliait ensemble les deux fils d’argent fermant ce volume ; à défaut, c’est que ce butor de Luis Pedro Ortega – ou bien, s’il est passé ad patres, son successeur – n’aura pas respecté sa promesse et qu’il aura tenté de le lire. Tu pourras donc sans scrupule lui mettre ta main dans la figure ; si tu retrouves ainsi la fougue de tes vingt ans, cela ne devrait pas te poser trop de problèmes. Cela ne m’en aurait pas posé, ce notaire est un imbécile, et je ne doute pas qu’il t’aura fait son discours sur la fragilité de l’existence en plus d’un panégyrique de ma personne, dont il croit tout connaître parce qu’il nous est arrivé quelquefois de jouer ensemble à la manille au Café Luis ; il n’en sait pas grand-chose puisque la règle d’or y était de se taire, ce qui m’arrangeait tout à fait, car cela ne m’obligeait pas à lui faire un semblant de conversation qui, de toute façon, m’aurait été insupportable si j’en juge par les rares fois où je l’ai entendu ouvrir la bouche pour pérorer sur sa prétendue réussite.

Je t’ai choisi pour recevoir le récit de mon existence car, de mes huit petits-enfants, tu es celui qui, je crois, me comprendra le mieux, et sera le plus à même de me juger sans a priori ; le cas échéant, je te sais capable aussi de me défendre. Je n’ai pas de doutes, sois-en certain, sur les qualités de tes frères comme sur celles de tes cousins et cousines, pourtant, il en est de sa descendance comme des autres êtres humains, on a ses préférences. Enfant, tu me rappelais mes jeunes années, et combien de fois me suis-je surpris à te regarder t’amuser avec une grande émotion dans le jardin de votre maison de Maracaibo, tes jeux avec tes petites voitures me ramenant soixante années en arrière, Carrer de Muntaner à Barcelone, lorsque je poussais en mimant le bruit des tacots de l’époque la reproduction d’une Delahaye en métal peint que m’avait offerte mon père pour l’un de mes anniversaires ; tu adoptais les mêmes mimiques, les mêmes gestes, et tes petites histoires ressemblaient à s’y méprendre aux miennes. Ensuite, tu as grandi avec une égale curiosité pour le monde que celle qui m’animait adolescent, quand je bombardais de questions mes parents à longueur de journée ; je n’ai pas souvenir que les tiens comme les miens aient refusé une fois d’y répondre, ce qui est la démonstration de leur patience comme de leur maîtrise, car il en faut beaucoup pour garder pour soi le « mais tais-toi donc ! » qui brûle parfois les lèvres. Il faut dire que notre éducation faisait tache, nous qui n’avons pas giflé et à peine grondé, et tes parents ont suivi cette voie à ma plus grande joie. On ne met pas des enfants au monde pour les élever comme on élève des animaux à coups de pied dans le train, c’est un précepte que j’ai gardé de mon père.

 

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