Extrait

Histoire religieuse des Etats-Unis
de Lauric Henneton

Le 25/07/2014 à 18:54

Auteur : Lauric Henneton
Editeur : Flammarion
Genre : histoire autres continents
Date de parution : 03/09/2012
ISBN : 9782081223424
Total pages : 446
Prix : 25 €
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Résumé du livre
« Notre gouvernement n’a de sens que s’il repose sur une foi profonde – peu importe laquelle. » DWIGHT D. EISENHOWER Aux États-Unis, la religion est omniprésente: dans la vie politique, dans les médias, dans tous les aspects de la sphère publique comme dans la vie privée, elle semble avoir sa place. Vu de France, ce trait étonne: comment, alors que le reste de l’Occident est largement sécularisé, l’Amérique a-t-elle pu demeurer un tel îlot de religiosité? Ce livre examine les fondements de ce rapport bien particulier à la religion. Pour la première fois, on y trouvera un tableau complet des mouvements religieux aux États-Unis, depuis la fondation des premières colonies anglaises jusqu’à nos jours. On y découvrira que l’histoire religieuse des États-Unis commence en Avignon ; que les Pères puritains léguèrent à leurs descendants un héritage bien difficile à assumer ; on connaîtra les dessous du fameux épisode des sorcières de Salem ; on verra comment, au XVIIIe siècle, la naissance de l’évangélisme a instauré la primauté de l’émotion sur la doctrine, et a donné lieu à des manifestations d’enthousiasme qui trouvent leur écho dans les megachurches contemporaines. Un outil essentiel, en somme, pour comprendre notre voisin d’outre-Atlantique, à la fois si proche, si exotique et si fascinant. Cahier photo intégré. Couverture: L’orateur Fred Shuttlesworth aux funérailles de filles tuées par le KKK, 1963, Alabama, USA (détail) © Danny Lyon / Magnum Photos © Flammarion, 2012

 

Premier chapitre

 

 

 

 

Prologue

 

 

Où que l’on regarde aux États-Unis, la religion n’est jamais bien loin : on la trouve dans la politique, bien entendu ; les faits divers, souvent ; les affiches le long des routes, rappelant à l’automobiliste l’imminence du retour du Christ ou simplement son amour ; la profusion de lieux de culte de toutes les sensibilités imaginables et, de façon plus insolite, jusque dans les rubriques sportives des médias. Ainsi, en décembre 2011, même la presse française s’est étonnée de la célébrité quasi instantanée de Tim Tebow, un joueur de football américain des Denver Broncos à la religiosité particulièrement ostentatoire et décomplexée. En février 2012, ce fut le tour de Jeremy Lin, jeune joueur de basket-ball des New York Knicks, d’origine taïwanaise, diplômé de Harvard, mais aussi protestant évangélique, qui envisage de devenir pasteur à la fin de sa carrière1.

La question de la religion aux États-Unis, « à la fois familière et difficilement compréhensible », est un « objet étrange, exotique », source de confusions et de jugements à l’emporte-pièce souvent dus à une grille de lecture trop franco-française2. Globalement, la vision des Français qui ne se rendent pas régulièrement aux États-Unis dépend de la couverture médiatique. Ceci dit, l’intérêt croissant des médias français pour les élections américaines est remarquable : même l’obscur caucus de l’Iowa, point de départ de la course à l’investiture dans les premiers jours de janvier, est parvenu à mobiliser les correspondants permanents des médias français, et ce en dépit des redoutables frimas hivernaux du Midwest. Chacun à sa manière, Bill Clinton, George W. Bush et Barack Obama n’ont pas manqué d’alimenter la curiosité et, par conséquent, d’étendre l’espace médiatique consacré à la politique américaine dans son ensemble et aux incessantes et interminables campagnes électorales en particulier. Tous les quatre ans pour la présidentielle, tous les deux ans pour la Chambre des représentants, ces campagnes sont un moment privilégié pour parler de religion aux États-Unis, qu’un médecin pratiquant des avortements tombe sous les balles de quelque fondamentaliste, que le school board d’un État du Sud ou du Midwest promulgue une loi interdisant l’enseignement de l’évolution, ou encore qu’un sportif célèbre se déclare born again.

Selon un présupposé largement répandu, la moralité d’un candidat à la Maison Blanche est fonction de sa religiosité, laquelle peut donc difficilement échapper à l’espace public. Des candidats démocrates malheureux comme l’orthodoxe Michael Dukakis (1988) et le catholique John Kerry (2004), pour qui la foi était une affaire privée, en ont souffert. L’idée que la moralité dépend de la ferveur religieuse semble disqualifier les candidats agnostiques et athées, ceux dont la pratique est discrète ou peu assidue, ou encore ceux dont la croyance n’est pas conforme à celle de la population majoritaire. Le mormonisme du républicain Mitt Romney a fait couler beaucoup d’encre : nombre de protestants évangéliques conservateurs considèrent en effet le mormonisme comme une foi non chrétienne, voire comme une secte (cult). Les temps changent, pourtant, et le catholicisme, longtemps anathème, ne semble plus être rédhibitoire. On est loin de la déferlante antipapiste qui accompagna la candidature du démocrate Al Smith en 1928 et des pressions subies par John F. Kennedy, obligé de promettre devant les caméras et un parterre de pasteurs évangéliques qu’il ne serait pas aux ordres du Vatican s’il l’emportait en novembre 1960. La position d’un candidat sur l’avortement, considérée comme l’illustration concrète de sa rectitude morale, est déterminante : un candidat républicain n’a pratiquement aucune chance de passer le cap des primaires s’il n’est pas pro-life. Ce qui a valu chez certains des conversions sûrement plus opportunistes que sincères. Chez les démocrates, c’est l’inverse : il vaut mieux être pro-choice. Lors de la convention de son parti à l’été 1992, Bob Casey, sénateur démocrate pro-life de Pennsylvanie, s’est vu interdire de parole à cause de ses opinions sur la question. Sans parler de l’insolite « Wafer Watch » de l’été 2004, quand les évêques catholiques américains voulurent priver John Kerry de la communion en raison de ses prises de position pro-choice. Messe après messe, la noria de journalistes qui suivaient la campagne de Kerry scrutaient les mandibules du candidat pour déterminer si le desservant lui avait ou non donné l’hostie (wafer)3.

 

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