Extrait

L'état du ciel
de Pierre Péju

Le 07/02/2015 à 09:22

Auteur : Pierre Péju
Editeur : Gallimard
Genre : litterature francaise romans nouvelles correspondance
Date de parution :
ISBN : 9782070142033
Total pages :
Prix : 18.50 €
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Résumé du livre
'Au ciel tout va mal, Dieu se détourne de sa création. Les Anges sont livrés à eux-mêmes. Seul Raphaël, sans mission ni message, médite encore un modeste miracle. Depuis son balcon il se penche au-dessus du monde. Le ciel s'ouvre. Le hasard fait – mais est-ce le hasard? – que là-bas, tout en bas, dans une maison construite à flanc de montagne, surplombant un lac dont les reflets font paraître le ciel plus beau, il aperçoit une femme endormie. Nora est allongée en travers du lit défait, paupières closes, encore absente au monde, la chemise de nuit remontée au-dessus de la taille, les seins évadés du coton blanc. Un premier rayon de soleil vient glisser sur sa chair, gainer lentement ses jambes, caresser ses cuisses, chauffer son ventre. Le matin le plus ordinaire est aussi l'origine du monde. Quand la lumière atteint son visage, plaquant sur ses yeux une lame chauffée au rouge, Nora fait un bond hors du lit. Debout au milieu de la chambre, elle vacille. Ses pieds nus collent au carrelage tandis que la chemise retombe autour de son corps luisant de sueur. Son cœur cogne, comme d'habitude, à la seule idée de devoir affronter le jour. '

 

Premier chapitre

 

 

 

 

 

 

Un vrai miracle ne fait pas de bruit.

 

(proverbe)

 

 

 

 

 

 

 

PREMIÈRE PARTIE

 

MORTELS, MALHEUREUX MORTELS…

 

 

 

 

1

 

 

Aujourd’hui, Dieu est mort, ou peut-être hier, je ne sais pas. Ou il y a deux mille ans ? Cinq mille ans ? De toute éternité ? Aucune importance. Au ciel, nous ne vivons qu’une seule et même journée infinie. À moins que Dieu ne soit tout simplement malade. Recroquevillé dans un coin. Le dos tourné à sa création. La face vers le mur du néant. Bien nauséeux et épuisé, en tout cas, Dieu ! Rêvant d’un sommeil sans rêve et d’un verbe infécond.

Nous, Ses Anges, sommes donc livrés à nous-mêmes. Sans emploi. Sans mission. Nous perdons un à un nos pouvoirs. Enfin, nous savons encore ouvrir n’importe quelle portion du ciel comme une trappe. Nous pouvons soulever le toit de vos demeures. Nous pouvons fouiller dans vos boîtes crâniennes, essuyer du doigt vos pensées sur les parois de verre de vos âmes comme sur un pot de confiture. Accoudés à nos balcons dorés, nous nous penchons encore un peu au-dessus de vos existences afin de tromper notre ennui. Nous ne descendons plus que très rarement parmi vous. Nous avons du mal à trouver le passage. Nous sommes devenus de mauvais gardiens et n’avons plus de bonnes nouvelles à vous annoncer.

L’état du ciel est bien pire que celui de la terre. D’autant que dans cet immense palais en ruine, cet « Olympe Palace » délabré, mille autres divinités et puissances ont cherché refuge. Certains dieux oubliés errent le long de corridors interminables, ouvrent des portes au hasard. Ils arrivent des quatre coins de la croyance. Les plus affaiblis s’absorbent dans de longues parties de dés, sans parvenir à se mettre d’accord sur les règles du jeu.

Et pourtant, moi, Raphaël, j’aimerais beaucoup faire un dernier petit tour chez vous, malheureux mortels. Suis-je encore capable d’accomplir ne serait-ce qu’un minuscule miracle ? Une goutte de mieux dans la mer du pire ? Comme un colibri qui crache un peu d’eau pour aider à éteindre une forêt en flammes. Sans mission, cette fois. Envoyé par moi seul.

Le ciel s’ouvre. Le hasard fait — mais est-ce le hasard ? — que là-bas, tout en bas, dans une maison construite à flanc de montagne, surplombant un lac dont les reflets font paraître le ciel plus beau, j’aperçois une femme endormie. Le jour se lève. Le coton de sa chemise de nuit fait une vive tache blanche au centre de ma vision angélique. Elle est seule dans son lit. Allongée dans son désespoir et ses draps froissés. Je me dis que je pourrais peut-être faire quelque chose pour elle… Mais quoi ? Comment m’y prendre ? Loin au-dessous de moi, dans cette région du monde, l’été est déjà bien avancé. La femme va s’éveiller, retrouver son chagrin quotidien. Je vais l’observer, et j’aviserai…

J’ai l’éternité devant moi. Mais pas elle.

 

 

 

 

2

 

 

À l’aube de ce jour d’été, Nora était allongée en travers du lit défait, paupières closes, encore absente au monde, la chemise de nuit remontée au-dessus de la taille, les seins évadés du coton blanc. Elle aurait voulu stagner longtemps dans cette torpeur moite. Sans bouger. Sans penser. Mais un premier rayon de soleil vint glisser sur sa chair, gainer lentement ses jambes, caresser ses cuisses, chauffer son ventre. Le matin le plus ordinaire est aussi l’origine du monde.

 

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