Extrait

La double vie d'Anna Song
de TRAN HUY MINH

Le 22/05/2013 à 15:47

Auteur : TRAN HUY MINH
Editeur : Actes Sud
Genre : romans et fiction romanesque
Date de parution : 17/08/2009
ISBN : 9782742785674
Total pages :
Prix : 18.30 €
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ISBN : 9782330003210

Editeur : Éditions Actes Sud

Prix grand format : 13.99 €

 

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Résumé du livre
Anna Song, "la plus grande pianiste vivante dont personne n'a jamais entendu parler", laisse derrière elle une oeuvre discographique sans précédent. Malgré la maladie, et dans un engagement du corps et de l'âme proche de la ferveur, elle a voué ses dernières années à arpenter, avec une indéfectible justesse, un territoire musical des plus vastes. Gardien du temple et architecte de la légende : Paul Desroches, son mari et producteur. Mais tandis que celui-ci raconte la femme aimée, de l'émerveillement enfantin aux patientes années d'une vie partagée dans une sorte de culte de la beauté, le scandale éclate. Anna Song n'aurait pas enregistré une seule note de sa discographie, pillée ailleurs par l'amoureux démiurge. Imposture, falsification, trahison : au concert de louanges nécrologiques succède le tapage de l'opprobre, relayé par des médias d'autant plus féroces que bernés.

C'est un fascinant jeu de miroirs qu'orchestre ici Minh Tran Huy dans un deuxième roman qui confirme l'avènement d'un univers d'une impressionnante cohérence. Où l'on retrouve l'omniprésente absence du pays des origines, le Viêtnam, dont la réalité floutée par le temps et l'éloignement s'enracine dans un silence peuplé de contes. Et aussi cette petite musique envoûtante, cette opacité impavide plus généreuse qu'elle ne s'affiche, qui évoque irrésistiblement les eaux calmes d'un lac, sous lesquelles se jouent - et demeurent - les plus violentes tragédies.

Tombeau du premier, du grand, de l'unique amour, entre ode et plaidoyer, La Double Vie d'Anna Song révèle et défend la folie d'aimer, mais aussi le droit à inventer des vies à la hauteur de cette folie.

 

Premier chapitre

ANNA SONG, UNE VIE EN POINT D’ORGUE

Par Alexis Cambrel, Classique magazine,

le 16 juin 2008

 

 

 

“La vie, c’est passer son temps à se préparer pour quelque chose qui n’arrive jamais”, a écrit Yeats. Une phrase qui illustre à la perfection le destin de la pianiste Anna Song, décédée il y a six jours à son domicile, à l’âge de quarante-neuf ans. Après avoir voué chaque minute de son existence à servir Bach, Beethoven, Schubert, Liszt, Chopin, Rachmaninov, Debussy, Ravel, Messiaen, elle a succombé à un cancer des ovaires qui l’avait déjà forcée à quitter la scène en 1992. Son départ n’avait guère fait de bruit alors, car celle que de rares connaisseurs désignaient, à la fin de sa vie, comme “la plus grande pianiste vivante dont personne n’a jamais entendu parler” était, et est longtemps restée, une inconnue tant pour le grand public que pour les mélomanes avertis.

Elle avait pourtant été un Wunderkind, un jeune prodige dont la précocité laissait présager une carrière des plus enviables. Née de parents vietnamiens émigrés en France, puis aux États-Unis, elle a très vite révélé des dispositions exceptionnelles pour le piano. À trois ans, douée de l’oreille absolue, elle prenait ses premières leçons auprès de sa mère, musicienne amateur passionnée ; à cinq, elle jouait des morceaux simples tout en en improvisant d’autres de son cru ; à dix, elle donnait son premier concert, poussée par des parents convaincus qu’à force de travail et d’efforts, on l’inviterait un jour à se produire dans les plus grandes salles du monde.

Plusieurs prestations de premier ordre aux concours Reine-Elisabeth et Van-Cliburn, entre autres, avaient fait remarquer la jeune artiste, et elle se préparait à intégrer la Juilliard School, lorsqu’elle a soudain été affectée d’une paralysie de l’annulaire et de l’auriculaire de sa main droite. Les médecins se sont révélés incapables d’en déterminer la cause, et lui ont imposé de cesser toute pratique de son instrument dans l’attente d’examens plus approfondis. Après plusieurs années passées à subir des diagnostics erronés et des traitements inadéquats, Anna Song a fini par guérir. Cependant, durement éprouvée par ce coup d’arrêt, elle a décidé de changer sa façon de travailler, tournant le dos aux institutions, qui ne lui avaient témoigné aucun soutien lors de la période d’incertitude qu’elle venait de traverser (elle avait été renvoyée de la Juilliard), pour étudier en privé auprès de maîtres qu’elle admirait. D’abord suivie par Marianne Meursault, la sœur du compositeur, puis par Alexander Frisch, un musicien d’origine russe émigré aux États-Unis, qui avait été l’élève du légendaire maître italien Silvio Vasani, elle a joué avec des chefs d’orchestre tels que Luigi Fiorentino, Henry Dern, Marc Dent, Alfred Ronzon. Elle a enregistré quelques pièces, dont la Suite bergamasque et les Estampes de Debussy, mais sans rencontrer beaucoup de succès, aucun critique ou presque n’ayant fait de recension de ces disques dont il ne reste pas trace aujourd’hui. C’était sans doute le prix à payer pour s’être radicalement coupée des réseaux traditionnels…

 

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