Extrait

La jeune épouse
de Alessandro Baricco

Le 12/07/2016 à 08:31

Auteur : Alessandro Baricco
Editeur : Gallimard
Genre : litterature italienne
Date de parution : avril 2016
ISBN : 9782070178919
Total pages : 224
Prix : 19.50 €
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ISBN : 9782072662096

Editeur : Editions Gallimard

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Résumé du livre
Grand Prix de l'Héroïne Madame Figaro 2016 Italie, début du XXe siècle. Un beau jour, la Jeune Épouse fait son apparition devant la Famille. Elle a dix-huit ans et débarque d'Argentine car elle doit épouser le Fils. En attendant qu’il rentre d’Angleterre, elle est accueillie par la Famille. La Jeune Épouse vit alors une authentique initiation sexuelle : la Fille la séduit et fait son éducation, dûment complétée par la Mère, et le Père la conduit dans un bordel de luxe où elle écoutera un récit édifiant, qui lui dévoilera les mystères de cette famille aux rituels aussi sophistiqués qu'incompréhensibles. Mais le Fils ne revient toujours pas, il se contente d’expédier toutes sortes d’objets étranges, qui semblent d’abord annoncer son retour puis signifient au contraire sa disparition. Quand la Famille part en villégiature d’été, la Jeune Épouse décide de l'attendre seule, une attente qui sera pleine de surprises. Avec délicatesse et virtuosité, l'auteur de Soie et de Novecento pianiste ne se contente pas de recréer un monde envoûtant, au bord de la chute, qui n'est pas sans rappeler celui que Tomasi di Lampedusa dépeint dans Le guépard. Il nous livre aussi, l'air de rien, une formidable réflexion sur le métier d'écrire.

 

Premier chapitre

À Samuele, Sebastiano et Barbara.
Merci.

 

Il y a trente-six marches à gravir. Elles sont en pierre et le vieillard les gravit lentement, avec circonspection, comme s’il les collectait une par une, avant de les pousser au premier étage : lui, berger, et elles, doux animaux. Modesto, tel est son nom. Il officie dans cette maison depuis cinquante-neuf ans, il en est donc le prêtre.

Parvenu sur la dernière marche, il s’arrête face au large couloir qui s’étend sous ses yeux sans surprise : à droite, les pièces fermées des Maîtres, cinq ; à gauche, sept fenêtres étouffées par des volets en bois laqué.

C’est l’aube, tout juste.

Il s’arrête, le vieillard, car il a son chiffre à mettre à jour : il note le nombre de matins où il a ouvert cette maison, toujours de la même manière. Il ajoute une unité, qui va se perdre parmi des milliers d’autres. C’est une somme vertigineuse, mais ça ne le perturbe pas : accomplir depuis toujours le même rituel matinal lui paraît cohérent avec son métier, respectueux de ses inclinations et symptomatique de son destin.

Après avoir caressé de la paume des mains le tissu repassé de son pantalon — sur les hanches, à la hauteur de cuisses —, il pousse la tête d’un rien en avant et se remet en marche. Il ignore les portes des Maîtres, mais une fois arrivé à la première fenêtre sur sa gauche, il s’arrête et ouvre les volets. Il le fait avec des gestes délicats et précis, qu’il répète à chaque fenêtre, sept. Et c’est seulement alors qu’il se tourne, pour évaluer la lumière du jour dont les faisceaux traversent les vitres : il en connaît chaque nuance possible et, d’après sa consistance, il peut savoir ce que sera la journée, parfois il peut même y lire de vagues promesses. Et comme tout le monde lui fera confiance — tout le monde —, l’opinion qu’il se forge est importante.

Soleil voilé, brise légère, décide-t-il. Voilà ce qui s’annonce.

Il parcourt alors le couloir en sens inverse, en s’intéressant cette fois au mur qu’il a auparavant ignoré. Il ouvre l’une après l’autre les portes des Maîtres, et signale à haute voix le début de la journée, d’une phrase qu’il répète à cinq reprises sans changer de timbre ni d’inflexion.

Bonjour. Soleil voilé, brise légère.

Enfin il disparaît.

Il n’existe plus, jusqu’au moment où il réapparaît, inchangé, dans la salle des petits-déjeuners.

C’est d’événements passés dont on préfère pour le moment taire les détails que vient l’habitude de ce réveil solennel, qui devient ensuite festif et prolongé. Il concerne la maison entière. Jamais avant l’aube, c’est une règle stricte. Ils attendent la lumière et le ballet de Modesto aux sept fenêtres. C’est seulement alors qu’ils considèrent que la condamnation au lit, la cécité du sommeil et la loterie des rêves sont derrière eux. Morts qu’ils étaient, la voix du vieillard les ramène à la vie.

Puis ils se glissent hors des chambres, sans enfiler le moindre vêtement ni même s’offrir le bien-être d’un peu d’eau dans les mains et sur les yeux. Les odeurs du sommeil dans les cheveux et entre les dents, nous nous croisons dans les couloirs, dans l’escalier, sur le seuil des chambres, et nous nous enlaçons, tels des exilés qui rentrent de quelque terre lointaine, incrédules à l’idée d’avoir échappé à ce sortilège qu’est pour nous la nuit. Séparés par l’obligation du sommeil, nous nous reformons en tant que famille et confluons dans la grande salle des petits-déjeuners, au rez-de-chaussée, telle une rivière souterraine qui aurait jailli au grand jour et annoncerait la mer. Le plus souvent, nous le faisons en riant.

 

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