Extrait

La liseuse
de Paul Fournel

Le 23/05/2013 à 10:24

Auteur : Paul Fournel
Editeur : Pol
Genre : litterature francaise romans nouvelles correspondance
Date de parution : 2012
ISBN : 9782818014172
Total pages : 215
Prix : 15.99 €
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Résumé du livre
Depuis 1452 et la parution de la Bible à 32 lignes de Gutenberg, le texte et le livre ont partie liée : publier un texte c'est faire un livre, lire un livre, c'est lire un texte, acheter un texte, c'est acheter un livre.

Ce récit commence le soir où la petite stagiaire discrète apporte à Robert Dubois le vieil éditeur, encore directeur de la maison qui porte son nom, sa première liseuse. Ce bel objet hightech qui le regarde de son écran noir, lui annonce que sa vie est en train de basculer. Que va devenir son métier maintenant que le texte et le papier se séparent ? Quelque chose couve qui pourrait fort bien être une révolution. Il le sait et cette perspective le fait sourire.

La vie continue pourtant à l'identique, Dubois déjeune avec ses auteurs, voyage chez les libraires, rencontre les représentants, mais il porte sa liseuse sous le bras qui lui parle déjà d'un autre monde. Celui qu'il va aider des gamins à bâtir, celui dont il sait qu'il ne participera pas.

De toute la force de son humour et de son regard désabusé et tendre il regarde changer son monde et veille à garder, intact au fond de lui, ce qui jamais ne changera : le goût de lire.

 

Premier chapitre

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Longtemps j’ai croisé les pieds dessus pour un peu de détente, d’élévation, pour un peu plus de sang au cerveau, maintenant, il m’arrive de plus en plus souvent d’y poser la tête, surtout le soir, surtout le vendredi soir. Je croise les bras sur le manuscrit ouvert et je pose ma tête dessus, le front sur l’avant-bras et la joue sur le texte frais. Le bois du bureau amplifie les battements de mon cœur. Le vieux mobilier Art déco conduit bien les émotions et les fatigues. Ruhlman ? Leleu ? Il en a tant vu. J’écoute mon cœur, mon vieux cœur du vendredi, mon vieux cœur dans le silence de la maison. À cette heure, tout le monde est parti, je reste seul à bord, rincé, parce que je n’ai pas le courage de dresser la tour des manuscrits que je dois emporter pour le week-end. Comme chaque vendredi.

 

Celui qui est sous ma joue est un manuscrit d’amour : c’est l’histoire d’un mec qui rencontre une fille mais il est marié et elle a un copain… J’en ai lu sept pages et je le connais déjà par cœur. Rien ne pourra me surprendre. Depuis des lunes, je ne lis plus, je relis. La même vieille bouillie dont on fait des « nouveautés », des saisons, des rentrées « littéraires », des succès, des bides, des bides. Du papier qu’on recycle, des camions qui partent le matin et qui rentrent le soir, bourrés de nouveautés déjà hors d’âge.

Depuis combien d’années ai-je arrêté de sauter de joie à l’idée que j’allais découvrir un chef-d’œuvre et rentrer au bureau le lundi en étant un homme neuf ? Vingt ans ? Trente ans ? Je n’aime pas tenir ce genre de compte qui sent la mort. Si je ferme les yeux je vois la lueur jaune uniforme de la lampe de Perzel à  travers mes paupières et puis des formes noires l’envahissent, construisant des ruines mouvantes, des dessins de Victor Hugo. Mon souffle ralentit, mon cœur se calme un  peu, je pourrais m’endormir, mourir. Mourir à l’attache. On dirait : « Il est mort comme il a vécu, parmi les livres, en lisant ! » et, en vérité, je serais mort en rêvant à rien. Il y a bien bien longtemps que je ne lis plus vraiment. Est-ce  que je sais seulement encore lire – ce qui s’appelle lire ? En suis-je seulement capable ? Si je tourne la tête sur le côté, mon cœur cogne davantage et fait trembler le bois…

La maison est plongée tout entière dans un silence de vieux papier. Comme la neige, les livres mangent les bruits. Mon métier a son odeur et ses étouffements. Je le respire encore mieux dans ce silence. Retourner au bruit du monde est toujours une épreuve.

Qui peut bien frapper ? Je ne reconnais pas cette frappe légère, petite, discrète. Petite main.

– Entrez.

Elle entre. Je ne l’ai jamais vue. J’ai aussitôt une bouffée de nostalgie, la nostalgie du temps où la maison était encore si petite que je reconnaissais toutes les filles par leurs mollets dans les couloirs. Elle a une bonne tête. Vu son regard étonné, la mienne doit être un rien froissée. Des marques rouges de la manche de ma veste sur ma joue, sans doute.

 

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