Extrait

La tombe des lucioles
de Akiyuki Nosaka

Le 17/12/2013 à 18:32

Auteur : Akiyuki Nosaka
Editeur : Picquier
Genre : littérature pour la jeunesse
Date de parution : 13/11/2009
ISBN : 9782809701418
Total pages : 91
Prix : 13.20 €
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Résumé du livre
Avant de devenir le célèbre dessin animé de Takahata Isao, La Tombe des lucioles est une œuvre magnifique et poignante de l'écrivain Nosaka Akiyuki. L'histoire d'un frère et d'une sœur qui s'aiment et vagabondent dans l'enfer des incendies tandis que la guerre fait rage. Le traducteur décrit l'écriture de Nosaka comme "un brassage de toutes sortes de voix, de langues, où se déversent par coulées enchaînées les unes aux autres le flot ininterrompu des images. "

 

Premier chapitre

 

 

 

LA TOMBE DES LUCIOLES

 

火垂るの墓

 

Dos voûté en appui contre le béton dénudé sous la mosaïque tombant en capilotade d’un pilier de la sortie « côté plage » dans la gare des chemins de fer nationaux à Sannomiya, cul par terre, jambes étendues toutes raides ; et bien que rôti tant et plus par le soleil, bien qu’il ne se fût plus lavé depuis près d’un mois, sur ses joues décharnées stagnait une blafarde blancheur ; ses yeux fixaient des silhouettes d’hommes qui – fanfaronnades d’âmes que la nuit gonflait d’orgueil ? – allumaient des torchères et proféraient des injures, à tue-tête, comme des forbans ; ou bien le matin, parmi les élèves se dirigeant comme si de rien n’était vers l’école, il reconnaissait aux balluchons blancs se détachant sur les costumes kaki le lycée de Kôbe, aux cartables sur le dos l’école municipale, aux différents cols des marinières portées sur de larges pantalons les lycées Kenichi, Shinwa, Shôin ou Yamate, et dans ce flot de jambes défilant indéfiniment à côté de lui, ceux qui machinalement avaient baissé les yeux sur l’étrange puanteur – s’ils pouvaient ne s’être aperçus de rien ! – ceux-là, perdant leur sang-froid, sursautaient et s’écartaient de lui, Seita, qui déjà n’avait plus la force de se traîner jusqu’aux latrines, à un jet de pierre de là. Il y en avait un sous chacun des gros piliers de trois pieds de côté, de ces petits vagabonds assis comme sous la protection d’une mère, qui s’étaient ainsi rassemblés dans cette gare, peut-être parce qu’il n’y avait nul autre endroit où on leur permît d’entrer ; peut-être était-ce d’avoir langui après un lieu toujours peuplé par les foules ; peut-être était-ce pour l’eau qu’ils y pouvaient boire, ou dans l’espoir de quelque aumône capricieuse : dès les premiers jours de septembre, c’était à coups de cinquante sens1 le verre de sucre calciné dilué à l’eau et mis dans des bidons de fer qu’avait commencé le marché noir sous le pont de la voie ferrée à Sannomiya, avant que ne surgissent presque aussitôt les patates vapeur, les boulettes de patates, les boulettes de riz, les gâteaux de riz grillés aux haricots, les pâtes de riz grillées au sirop de haricot, les boules de pain farcies, les nouilles, les bols de riz garnis, les riz au curry, et puis les pâtisseries, blé, sucre, fritures, viande de bœuf, lait, conserves, poisson, eau-de-vie, whisky, poires, pamplemousses du pays ; les bottes de caoutchouc, chambres à air pour bicyclettes, allumettes, cigarettes, tabi de travail2, bambinettes, couvertures de l’armée, brodequins et uniformes militaires, demi-bottes, avec des types qui vous avaient à peine mis sous le nez « pour dix yens là, dix yens ! » la boîte à repas en aluminium préparée le matin même par leur femme et bourrée de gruau, que « pour vingt yens, j’vous dis, vingt yens ! » on vous brandissait déjà, suspendues au bout de quelques doigts, les godasses que l’on avait aux pieds. Errant au hasard des effluves de nourriture, Seita avait péniblement joint les deux bouts pendant quinze jours en revendant à un fripier établi sur une simple natte de paille les souvenirs laissés par sa mère : un sous-kimono, un obi, un faux col et un cordon de ceinture, dont les couleurs avaient déteint en baignant dans l’eau au fond d’un abri antiaérien, puis c’étaient son uniforme de collégien en fibranne, ses guêtres, ses chaussures qui y étaient passés, et il se demandait s’il allait finalement y laisser son pantalon, mais entre-temps il avait pris l’habitude de passer la nuit à la gare – des qui revenaient apparemment de la campagne où ils avaient été évacués, leurs capuchons encore soigneusement pliés et attachés à leurs sacs de coutil, c’était une famille avec un garçon arborant sur son sac à dos le grand pavois de ses gamelles, bouilloire, casque d’acier, ceux-là lui avaient donné des pâtes faites de son de riz à moitié pourries, leurs rations de secours pour le train selon toute vraisemblance, comme on eût jeté un bagage devenu inutile dans le soulagement d’être arrivé à bon port ; ou bien encore la pitié d’un soldat démobilisé, la compassion d’une vieille femme ayant un petit-fils du même âge lui avaient-elles valu la grâce d’un reste de pain, de quelques fèves de soja grillées, que toujours l’on déposait en silence, enveloppés de papier, légèrement à l’écart de lui, comme on eût fait pour une offrande au Bouddha – et quand il lui arrivait d’être chassé par les employés de la gare, prenant sa défense, le garde auxiliaire de la police militaire en faction devant l’accès aux quais le repoussait, si bien que, l’eau au moins ne manquant jamais ici, il resta là, prit racine, et au bout de deux semaines le courage d’en bouger l’avait abandonné.

 

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