Extrait

Le chemin des morts
de François Sureau

Le 16/09/2013 à 15:44

Auteur : François Sureau
Editeur : Gallimard
Genre : litterature francaise romans nouvelles correspondance
Date de parution : 03/09/2013
ISBN : 9782070142194
Total pages : 64
Prix : 7.50 €
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Résumé du livre
Paris, début des années 1980. Un ancien militant basque refuse de rentrer en Espagne après vingt ans d'exil. Il réclame la protection de la France, car il se dit menacé de mort dans son pays.

Pour la justice française, l'affaire est délicate. Accéder à cette demande, c'est nier le retour de l'Espagne à la démocratie et à l'Etat de droit. Refuser serait faire preuve d'aveuglement sur la réalité de ces assassinats visant régulièrement les ex-opposants du franquisme. C'est au narrateur de ce livre, un jeune juriste encore inexpérimenté, qu'il va revenir de trancher.

De la décision de justice qui sera prise et du drame qui en découlera François Sureau a tiré le plus bref et le plus saisissant de ses textes.

 

Premier chapitre

À la mémoire de Philippe Bissara

Les années quatre-vingt sont loin et me font penser à l’avant-guerre, mais à une avant-guerre que nulle guerre n’aurait conclue, et qui aurait simplement changé de cours. Quant à ceux qui l’ont vécue, faute de batailles et d’aventures ils ressemblent à présent à des égarés.

En 1983, je venais d’entrer au conseil d’État en qualité d’auditeur de deuxième classe. Je n’avais pas vingt-cinq ans et j’étais émerveillé de siéger au milieu de ces juristes dont les travaux avaient ébloui ma jeunesse. J’étais parvenu au ciel empyrée des présidents Laroque et Bouffandeau, inventeur de la Sécurité sociale pour le premier et réformateur du contentieux administratif pour le second. J’allais devenir l’un des personnages de ce recueil Lebon qui avait été ma bible, et qui en est une en effet, où le monde et ses traverses se laissent ordonner par les catégories du droit. Je savais par cœur des passages entiers de l’arrêtDames Dol et Laurent, dans lequel deux filles perdues du port de Brest accouchent involontairement de la théorie des circonstances exceptionnelles. Je pouvais réciter les conclusions de Léon Blum sur l’arrêt Lemonnier. J’avais trois fois vainqueur pris le Bac d’Eloka. Bientôt j’aurai, moi aussi, mon nom dans ces tables, sous la forme brève qui évoque les citations militaires : X, rapp. (pour « rapporteur ») ; Y, c. du g. (pour « commissaire du gouvernement »). Au-dessus, les mots « section » ou « assemblée » montreraient clairement l’importance des questions que j’aurais été appelé à juger.

À la buvette du Palais-Royal, dans l’aile qui jouxte la Comédie-Française, je me tenais silencieux devant mon café, en compagnie de ceux de ma génération. Nos aînés étaient aimables, d’une grande politesse. Nous nous montrions de loin celui qui avait été exclu en 1940, parce qu’il était juif, en conversation avec le dernier chef de cabinet du maréchal Pétain, l’ancien pilote de la RAF, l’inspirateur secret des ministres communistes, l’enragé de l’Algérie française. Le passé s’ouvrait devant nous comme une trappe.

J’habitais un petit appartement dont les fenêtres donnaient sur la place de l’Hôtel-de-Ville. J’ai vu construire les grands bassins ukrainiens qui la défigurent. Je vivais en partie double : le droit, son sérieux, ses mystères, et puis la nuit, sa vie accélérée et joyeuse. Je ne craignais rien. J’écoutais ces radios libres qu’un gouvernement bien pourvu en vieux staliniens venait d’autoriser. Je préparais mes premiers rapports en compagnie de Percy Sledge et de la musique tintinnabulante et mexicaine qui accompagnait, à la télévision, la publicité pour les cafés Jacques Vabre et qu’il m’arrive encore de fredonner.

Les années quatre-vingt étaient entre deux mondes, et moi aussi. On y restait à gauche, du moins parmi mes amis, mais l’on portait en même temps ces ridicules vestes autrichiennes sans col qui semblaient venir d’un débarras de Berchtesgaden et donnaient aux militants en vacances un air heideggérien.

 

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