Extrait

Le Nouveau Candide
de Jamet Dominique

Le 06/01/2015 à 09:35

Auteur : Jamet Dominique
Editeur : Flammarion
Genre :
Date de parution : 29 / 10 / 2014
ISBN :
Total pages : 249 pages
Prix : 9.99 €
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Résumé du livre
On les avait quittés il y a deux cent cinquante ans sur lesbords du Bosphore où ils cultivaient paisiblement leur jardin. Chassés de Turquie par la montée de l’intégrisme, la hausse des impôts et la mévente des fruits confits, Candide, Cunégonde, Cacambo, la vieille, Pangloss et Martin embarquent pour la France. Ils y font connaissance avec les aéroports, les prisons, les énarques, les intellectuels, la Cour, l’action humanitaire, les organismes caritatifs, les syndicats, l’ANPE, la télévision, les élus locaux… C’est l’occasion, pour eux et pour le lecteur, d’un périple à travers les privilèges, les injustices, la corruption, l’hypocrisie, la sottise, le conformisme, les combines, bref, la société de notre temps. Voyage en Absurdie, ce roman pamphlétaire où l’on retrouve la plume acérée de Dominique Jamet est aussi un remède efficace contre la morosité. Voltaire, trois cents ans et toutes ses dents, ne s’y sentirait pas dépaysé…

 

Premier chapitre

 

 

 

 

 

 

« Il se figurait alors les hommes tels qu'ils sont en effet, des insectes se dévorant les uns les autres sur un petit atome de boue. »

 

Voltaire, Zadig.

 

 

« Si c'est ici le meilleur des mondes possibles, que sont donc les autres ? »

 

Voltaire, Candide.

 

 

« Croyez-vous, dit Candide, que les hommes se soient toujours mutuellement massacrés comme ils font aujourd'hui ? Qu'ils aient toujours été menteurs, fourbes, perfides, ingrats, brigands, faibles, volages, lâches, envieux, gourmands, ivrognes, avares, ambitieux, sanguinaires, calomniateurs, débauchés, fanatiques, hypocrites et sots ?

– Croyez-vous, dit Martin, que les éperviers aient toujours mangé des pigeons quand ils en ont trouvé ? »

 

Voltaire, Candide.

 

 

« Voltaire, c'était quelqu'un. Il n'avait pas peur. Il se retrouvait en prison, mais continuait à écrire la vérité. »

 

Mike Tyson, boxeur (après lecture de Candide).

 

 

 

 

 

 

 

 

CANDIDE
ou l'optimisme

 

 

 

 

 

Chapitre trentième

 

Candide, dans le fond de son cœur, n'avait aucune envie d'épouser Cunégonde. Mais l'impertinence extrême du baron le déterminait à conclure le mariage, et Cunégonde le pressait si vivement qu'il ne pouvait s'en dédire. Il consulta Pangloss, Martin, et le fidèle Cacambo. Pangloss fit un beau mémoire par lequel il prouvait que le baron n'avait nul droit sur sa sœur, et qu'elle pouvait, selon toutes les lois de l'empire, épouser Candide de la main gauche. Martin conclut à jeter le baron dans la mer ; Cacambo décida qu'il fallait le rendre au levanti patron, et le remettre aux galères, après quoi on l'enverrait à Rome au père général par le premier vaisseau. L'avis fut trouvé fort bon ; la vieille l'approuva ; on n'en dit rien à sa sœur ; la chose fut exécutée pour quelque argent, et on eut le plaisir d'attraper un jésuite, et de punir l'orgueil d'un baron allemand.

Il était tout naturel d'imaginer qu'après tant de désastres Candide, marié avec sa maîtresse et vivant avec le philosophe Pangloss, le philosophe Martin, le prudent Cacambo, et la vieille, ayant d'ailleurs rapporté tant de diamants de la patrie des anciens Incas, mènerait la vie du monde la plus agréable ; mais il fut tant friponné par les juifs qu'il ne lui resta plus rien que sa petite métairie ; sa femme, devenant tous les jours plus laide, devint acariâtre et insupportable ; la vieille était infirme, et fut encore de plus mauvaise humeur que Cunégonde. Cacambo, qui travaillait au jardin, et qui allait vendre des légumes à Constantinople, était excédé de travail, et maudissait sa destinée. Pangloss était au désespoir de ne pas briller dans quelque université d'Allemagne. Pour Martin, il était fermement persuadé qu'on est également mal partout ; il prenait les choses en patience. Candide, Martin, et Pangloss disputaient quelquefois de métaphysique et de morale. On voyait souvent passer sous les fenêtres de la métairie des bateaux chargés d'effendis, de bachas, de cadis, qu'on envoyait en exil à Lemnos, à Mytilène, à Erzeroum ; on voyait venir d'autres cadis, d'autres bachas, d'autres effendis, qui prenaient la place des expulsés, et qui étaient expulsés à leur tour. On voyait des têtes proprement empaillées qu'on allait présenter à la Sublime-Porte. Ces spectacles faisaient redoubler les dissertations ; et quand on ne disputait pas, l'ennui était si excessif que la vieille osa un jour leur dire : « Je voudrais savoir lequel est le pire, ou d'être violée cent fois par des pirates nègres, d'avoir une fesse coupée, de passer par les baguettes chez les Bulgares, d'être fouetté et pendu dans un auto-da-fé, d'être disséqué, de ramer en galère, d'éprouver enfin toutes les misères par lesquelles nous avons tous passé, ou bien de rester ici à ne rien faire ? – C'est une grande question », dit Candide.

 

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