Extrait

Le parler de soi
de Descombes Vince

Le 22/01/2015 à 19:07

Auteur : Descombes Vince
Editeur : Gallimard
Genre : lettres et linguistique critiques et essais
Date de parution :
ISBN : 9782070459742
Total pages : 432
Prix : 9 €
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Résumé du livre
Depuis l'époque de Descartes, un nouveau personnage occupe la scène philosophique: le moi, tandis que s'éclipsent d'autres personnages qui eurent leurs heures de gloire – tels l'intellect agent et l'âme. D'où sort-il? Par une intéressante alchimie, les philosophes ont tiré de notre usage ordinaire d'un pronom ("moi") un être philosophal pur ("le moi"). Au terme de quelles aventures conceptuelles le moi se trouve-t-il à la fois à la troisième personne (pour qu'on puisse dire "le moi") et à la première (puisque toute l'idée est d'expliquer ce qui fait que je suis moi)? Tire-t-on le sens des mots "toi", "lui", "elle" de notre usage du mot "moi"? Loin que l'on puisse dériver la diversité des personnes d'un rapport à soi dont le pronom "je" serait le seul instrument, c'est au contraire la première personne qui tire son sens et ses traits originaux de sa position au sein du système personnel. Autant de questions grâce auxquelles Vincent Descombes, avec cet air de rien qui est sa marque de fabrique, montre nos incohérences philosophiques et égotistes!

 

Premier chapitre

 

 

 

 

 

PREMIÈRE PARTIE

 

L’ALCHIMIE DU MOI

 

 

 

 

Question :

 

COMMENT LES PHILOSOPHES TIRENT-ILS UN SUBSTANTIF (« LE MOI ») DE NOTRE USAGE D’UN PRONOM (« MOI ») ?

 

 

Depuis l’époque de Descartes, un nouveau personnage occupe la scène philosophique : le moi (tandis que d’autres personnages s’éclipsent, comme l’intellect agent et bientôt l’âme). D’où sort-il ? Par quelle alchimie des philosophes ont-ils réussi à tirer du matériau vulgaire qu’est notre parler de soi ordinaire cet être philosophal qu’on qualifie volontiers de « pur moi » (das reine Ich) ?

Le langage ordinaire connaît deux emplois du mot français « moi ». Comme pronom personnel de la première personne du singulier, il peut aussi bien servir de complément à un verbe (« parle-moi de lui ! ») que renforcer en apposition le sujet de la phrase (« moi je pense », ego cogito). Par ailleurs, il peut perdre son statut pronominal (et donc sa fonction référentielle) pour devenir un adjectif désignant une qualité de présence à soi (comme lorsqu’on dit après un accès de fureur : « Je n’étais plus moi-même »).

Depuis le XVIIe siècle, la langue des philosophes ajoute à ces deux emplois une nouvelle signification : désigner, à titre de substantif, le sujet de certains actes remarquables. Car c’est assurément d’un sujet au sens d’un agent que l’on peut dire des choses telles que : « le Moi se pose absolument1 », « le moi n’existe pour lui-même qu’en tant qu’il se connaît, et ne se connaît qu’en tant qu’il agit2 » (et l’on pourrait multiplier les exemples d’opérations attribuées à un sujet — le moi — dont le philosophe entreprend de décrire l’activité, chose paradoxale, à la troisième personne).

Il y aurait donc des opérations dont le sujet ne pourrait être identifié que comme un moi, que ce soit comme le moi de quelqu’un ou comme le moi sans plus. Mais nous tombons alors dans un embarras, car nous avons l’impression que le système ordinaire des personnes grammaticales ne nous permet pas de situer ce moi à la place qui doit être la sienne. Il faudrait qu’il se trouve à la fois à la troisième personne (pour qu’on puisse dire « le moi ») et à la première (puisque toute l’idée est d’expliquer ce qui fait que je suis moi).

La question du sujet — à savoir la question « Qui ? » quand on la pose à des fins d’identification — peut-elle être posée autrement qu’à la troisième personne ? Nous demandons : qui est cette personne ? qui a peint ce tableau ? qui gardera la clé de la maison ? À chaque fois, si on connaît la réponse, on la donne en identifiant quelqu’un. Et si nous posons la question d’identité à la deuxième personne (« Qui es-tu ? »), nous attendons une réponse qui nous permette de parler de notre interlocuteur à la troisième personne en le nommant.

Supposons que la réponse à notre question sur l’identité de quelqu’un soit « C’est moi ». Quelles sont les transformations par lesquelles la philosophie du moi parvient à échanger cette réponse « C’est moi » en une réponse mentionnant un être qui s’appelle le moi ?

 

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