Extrait

Le professeur et la sirène
de Giuseppe Tomasi di Lampedusa

Le 02/07/2014 à 18:32

Auteur : Giuseppe Tomasi di Lampedusa
Editeur : Seuil
Genre : litterature italienne
Date de parution : 03/04/2014
ISBN : 9782021114775
Total pages : 192
Prix : 18 €
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Résumé du livre
Au cours de l’intense saison créatrice qui coïncide à peu près avec les deux dernières années de sa vie, Giuseppe Tomasi di Lampedusa ne rédige pas seulement un des chefs-d’œuvre de la littérature italienne, mais aussi trois nouvelles et un long récit autobiographique. Au fil des pages rassemblées ici, le lecteur éprouvera la joie d’entrer, en quelque sorte, dans le laboratoire de l’auteur, de retrouver les lieux de son enfance, ces vastes demeures siciliennes qui rappellent les immenses palais du Guépard, les personnages du grand roman ou leurs descendants, et les thèmes universels de la mort et de la beauté. Le professeur de la merveilleuse nouvelle qui donne son titre au recueil évoque le prince de Salina, qui lui-même évoque Lampedusa: fiction et autofiction sont comme toujours intimement mariées. La nouvelle traduction de Jean-Paul Manganaro, un des plus grands traducteurs de l’italien, rend justice à la prose d’un des plus grands écrivains contemporains. Né à Palerme en 1896, Giuseppe Tomasi, duc de Palma et prince de Lampedusa, a vécu jusqu’à 60 ans la vie d’un aristocrate sicilien de grande culture européenne. Entre 1955 et 1957, année de sa mort, il rédige son chef-d’œuvre, Le Guépard, aujourd’hui traduit dans le monde entier. Jean-Paul Manganaro est professeur émérite de littérature italienne contemporaine à l’université de Lille 3. Lauréat du prix Halpérine-Kaminsky Consécration et du prix Laure-Bataillon Classique, il a traduit plus de cent soixante-dix romans italiens en français, dont Gadda, Calvino, Bene, Del Giudice, Mari…Traduction, préface et notes par Jean-Paul ManganaroPostface de Gioacchino Lanza Tomasi

 

Premier chapitre

À Alessandro Patti

Dans l’« Introduction » au premier récit de ce recueil, Giuseppe Tomasi di Lampedusa se place sous la protection de Stendhal en évoquant dans son Henry Brulard l’« immédiateté des sensations », la « sincérité évidente », l’« effort admirable pour déblayer les couches successives de souvenirs et aller au fond des choses », l’« accumulation d’impressions d’autant plus précieuses qu’elles sont ordinaires ! ». Plus loin, il fait l’éloge de Daniel De Foe, dont les romans « sont quasiment des journaux intimes ».

A-t-il vraiment, par ces évocations illustres, la volonté de situer son travail sous une protection – par le truchement de l’admiration vouée à l’un et à l’autre de ces deux écrivains ? S’y exprime-t-il vraiment le souhait d’arriver à écrire comme eux, de la part de quelqu’un qui – hormis un ensemble volumineux de lettres ou de pages condensées de quelques belles analyses des littératures française et anglaise – n’a jusque-là pas réellement écrit pour être publié ? Ou ne servent-elles, foncièrement, qu’à pouvoir commencer à écrire – à la recherche donc d’une sorte de protection apotropaïque –, ou bien à continuer à « écrire pour écrire » et accepter définitivement une destinée trop longtemps repoussée ?

La date indiquée dès les premières lignes – « mi-juin 1955 » – coïncide en tout cas avec celle de l’écriture du Guépard. Comme si une houle soudaine s’était emparée de cette conscience à l’œuvre et que nulle résistance ne pût plus s’y opposer. La distance avec Stendhal est, par ailleurs, signifiée quelques lignes plus loin : « Mais je ne peux être d’accord avec Stendhal sur la “qualité” du souvenir », dit Tomasi di Lampedusa. Peut-être faut-il chercher dans un autre propos l’un des nombreux motifs « véritables » de cette volonté d’écrire, un motif plus secret, presque inavouable : « Quand on se trouve au déclin de la vie, il est impératif d’essayer de recueillir le plus possible des sensations qui ont traversé notre organisme. » Pour, en fin de compte, « préserver de cette manière quelque chose qui, sans ce léger effort, serait perdu à jamais ». Reconstruit ainsi, l’« aveu » est quasi entier.

Écrire assume alors une autre valeur : « impressions », « sensations », « organisme ». Ces mots sont tous prégnants, et si les deux premiers ont été largement utilisés dans la littérature du XXe siècle, le mot « organisme » révèle une détermination jusque-là inédite. À lui seul, il confère un autre corps aux impressions et aux sensations : nous ne sommes plus à la fin du siècle précédent, qui réélaborait ces notions à travers des filtres – picturaux, littéraires, musicaux, et il suffirait de songer à Baudelaire –, mais face à une manière différente de laisser passer l’appréhension physique à travers l’écriture, où l’intellect et l’esprit ne maîtrisent plus, seuls, l’évaluation de ces passages. Le corps tout entier, dans sa constitution propre, non plus séparé en ses divers organes sensoriels, est saisi dans la globalité de ses acceptions et de ses déchiffrages, avant même que l’esprit puisse en faire l’analyse. Plus que de Proust, Tomasi di Lampedusa serait alors à rapprocher de Joyce et de Woolf, ou de Nabokov, par cette captation de l’élément sensoriel dans ce qu’il a de plus primitif et de plus originaire. L’« impression » n’est plus l’élément fugace qui frémit et s’envole sans qu’on parvienne à le saisir, mais ce qui laisse sa marque et sa tache – comme si on impressionnait une étoffe ou une pellicule –, de manière indélébile, dans le corps d’abord, puis dans l’esprit.

 

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