Extrait

Les contes défaits
de Lalo, Oscar

Le 20/09/2016 à 08:36

Auteur : Lalo, Oscar
Editeur : Belfond
Genre : litterature francaise romans nouvelles correspondance
Date de parution : 25/08/2016
ISBN : 9782714473868
Total pages : 224
Prix : 18 €
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Résumé du livre
Peau d'âme, noire neige, le petit poussé. Il était zéro fois. c'est ainsi que commencent Les contes défaits.

L'histoire est celle d'un enfant et de l'adulte qu'il ne pourra pas devenir.

Je suis sans fondations. Ils m'ont bâti sur du néant. Je suis un locataire du vide, insondable et sans nom, qui m'empêche de mettre le mien. La page reste blanche car tout ce qui s'y inscrit s'évapore.

Sans rien dire jamais de ce qui ne se montre pas, loin de la honte et de la négation, Oscar Lalo convoque avec ses propres mots, pourtant universels, la langue sublime du silence.

Et c'est en écrivant l'indicible avec ce premier roman qu'il est entré de façon magistrale en littérature.

 

Premier chapitre

À Bérengère

 

 

 

Ce qui m’est arrivé ne m’est pas arrivé. Ce que je sais, c’est que c’est arrivé à d’autres, et qu’eux non plus ne le savent pas. Ma vie est un conte qui n’existe pas. Un conte inventé qui, depuis, me hante. Un conte impossible : ni fée, ni citrouille, ni carrosse. Un conte vide.

 

J’ai commencé par un livre qui n’était pas le mien. Voilà quarante ans que j’écris docilement le livre d’un autre. En fait, de plusieurs autres, selon la personne à laquelle je veux faire plaisir. Plaisir ? Je parle d’un territoire inconnu. Je n’ai cessé d’en donner en revanche. Pourvoyeur de plaisirs pour voyeurs.

 

Ma vie est un conte inachevé. Impasse. Dead end : morte fin. Contractée en début de vie. Une aube crépusculaire. Une lumière incertaine. Entre chien et loup. Une faible lueur dont on ne sait si elle annonce le jour ou la nuit. Ordre de se coucher ! Chien donc. Ordre intimé par le loup. Ordre qui fout le bordel. D’où ces contes défaits.

 

J’ai dans la main un stylo qui ne veut rien dire. Je le force à me comprendre à rebrousse-poil. Peut-être aurais-je dû m’armer d’un pinceau plutôt. Plus tôt. Pourtant, plus il m’approche, plus mes souvenirs sont flous. Presbytie de l’enfant. Pendant coupable de la victime. Mes sens sont désossés : plus c’est fort, moins j’entends, plus c’est proche moins je vois, plus ça brûle moins je crie, plus ça touche moins je sens. Pour survivre. Mon malheur, c’est que tous les chemins mènent à l’homme.

 

En attendant, il joue au chat. Chasse la nuit. Moi, sa souris. Je suis une fable sans morale. Une cigale sans joie. J’ai chanté tout l’été, sans plaisir. Je chante par travail. On m’a pourtant dit que du travail venait le plaisir. Mais je n’ai rien vu venir. Ni Anne ni sœur. L’attente de la femme fait de moi un demi-homme. Un demi-homme n’est pas un enfant. Jamais été. D’où pas de plaisir. Il attendra. Je n’en finis pas de me démaquiller.

 

La psychanalyste me dit de me fouiller, de me ramasser sur son divan. Je me méfie de ma psy et de son droit divan. Mon iPsy me sonne : « Méfiez-vous de vous ! » Ipsy, jepsy, « ipse » prononcé à l’anglaise. En latin, ipse c’est moi-même. Mais moi-même, c’est trop cher. Du coup, moi j’avale du « nous » : c’est le générique. Du nous mou en gélules, une grosse tous les soirs, depuis la plateforme de ce train où on nous a lâchés dès la première page. Un train sans fin pour un voyage sans fin dont je ne suis toujours pas revenu.

 

J’ai fait une erreur : je me suis rapproché de mes proches. J’espérais y percer un murmure. Et je n’ai plus rien entendu. Quand on se colle à un miroir, on ne se voit plus. J’ai encore fait fausse route. Il faut que je m’exile. Dans une chambre. Noire. Mon objectif est de faire la lumière sur ma surface plane. De faire passer mes négatifs sur une feuille de papier. Chambre close. Chambre inconnue. Chambre d’oubli. Sans repères. Sans panneaux. Libre. Seul. Avec celui qui m’a enchaîné. Celui qui m’a éparpillé.

 

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