Extrait

Folies Francaises
de Philippe Sollers

Le 17/12/2013 à 16:53

Auteur : Philippe Sollers
Editeur : Gallimard
Genre : romans et fiction romanesque
Date de parution : 11/05/1988
ISBN : 9782070713554
Total pages :
Prix : 10.85 €
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Résumé du livre
'Un homme, un écrivain, retrouve sa fille, France, dix-huit ans après la naissance de celle-ci. Il ne l'a pas connue, elle a vécu avec sa mère américaine aux États-Unis, elle vient à Paris. Il doit maintenant lui enseigner le pays de son nom, son passé, ses merveilles cachées - et c'est comme s'il les redécouvrait lui-même à travers elle. Paris, Versailles, - mais aussi la littérature, la musique, la peinture. Il s'agit donc d'une initiation directe, simple, sensible, à travers des promenades rapides, des conversations improvisées. Qui est France, et que va-t-elle devenir une fois mariée, repartie? Qu'est-ce que la France? Pourquoi Couperin a-t-il composé cette pièce de clavecin qui s'appelle Les Folies Françaises? Quelle est la signification du chef-d'œuvre tardif de Manet Un bar aux Folies-Bergère? Quel est le sens de l'amour, de la perception, du temps? Fantômes de Villon sur les bords de la Seine, de La Fontaine dans un parc. On fait entendre, on fait voir ce que plus personne, semble-t-il, ne peut plus, ou ne veut plus, ni entendre ni voir. Comme si l'intimité entre un père et une fille était désormais le lieu secret de la plus grande ouverture. Un film d'émotion parlée - sons, volumes, couleurs. Si la France m'était contée? Oui, mais sans apparat, sans légende, comme une expérience intérieure, naturelle, cinéma pour dire le corps d'une vérité vécue. Passage de France? Un rêve. ' Philippe Sollers.

 

Premier chapitre

 

 

 

C'était le printemps, et je m'ennuyais. Je ne m'attendais pas au retour de Madame. Je l'appelle ainsi depuis notre rapide aventure il y a dix-huit ans. Madame m'aimait un peu, moi aussi. Elle fut enceinte. « Je veux garder l'enfant », dit-elle. « D'accord, dis-je, mais pas d'histoires. – Bien sûr », dit Madame. Elle accoucha d'une fille. « Je l'appelle France, dit-elle, vous n'y voyez pas d'inconvénients ? » A l'époque, j'étais anarchiste : ce choix me parut sur toute la ligne un défi et une réfutation de mes convictions. « Bonne chance », dis-je. Madame disparut.

Allons vite à l'essentiel : Madame était riche. Son père était banquier, elle alla vivre à New York. Elle se maria, se démaria, se remaria, fit encore deux enfants (deux garçons), je recevais de temps en temps des nouvelles à travers des amis. Elle passa de New York à Genève. Le premier mari (un Américain) avait reconnu France avant de s'éclipser à son tour. De mon côté, j'avais ma vie, plutôt convulsive, en somme.

 

Et la revoilà. Grosse petite blonde au Crillon, devant moi, bien habillée bijoux soie, parlant à toute allure de sa fille, de ma fille, – cette jeune merveille vive aux yeux bruns, à côté d'elle ? J'essaie de me rappeler comment j'ai baisé Madame, et au moment où je vais éclater de rire, ou du moins mon double invisible, France vient m'embrasser sur le front. « Bonjour, Père. » Bon, je suis perdu.

– Elle veut vivre à Paris, dit Madame. Vous pourriez la voir de temps en temps ?

– Certainement, dit ma voix.

– Elle a lu tous vos livres. Elle pourrait vous aider dans votre travail ?

Abîme de gâtisme ! Délices !

– Je suis très désordonné, dis-je. En effet.

– De l'ordre ! C'est ça qu'il vous faut ! dit Madame. Il vous en aurait fallu depuis longtemps. France est très soigneuse. N'est-ce pas, France ?

France ne dit rien. Elle me regarde. Elle porte un chemisier blanc et un pantalon de toile bleu. Je me pince légèrement la cuisse droite. Elle voit le geste. Elle sourit.

– Je visite des appartements pour elle, dit Madame. Il y en a un très bien, pas loin de chez vous. Elle peut vous téléphoner ?

– Quand vous voulez, dis-je. (C'est un rêve, un mauvais roman ! Un de plus !)

– Très bien, dit Madame. Je suis contente de vous avoir vu.

Je finis ma coupe de champagne. Je me lève.

Depuis deux mois, donc, France et moi.

 

France n'a fait aucune difficulté. C'était évident dès les premières secondes. Elle ne veut pas parler de son père officiel que, d'ailleurs, elle a à peine connu, il a donné ou vendu son nom, c'est simple. De toute façon, Madame avait l'argent. « Pas d'histoires. » France a toujours su ce que je suis pour elle ? Oui. Madame y a veillé. Quelle éducation.

Elle a déjà eu quelques amants, dont un « très âgé », me dit-elle. « Plus âgé que moi ? – Oh oui. » De mieux en mieux. C'est bien ma fille : directe, réservée, pas de regrets, son plaisir. Études de lettres. La résumer d'un mot ? Attentive. Très attentive.

 

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