Extrait

Les Gracques ; crise agraire et révolution à Rome
de Claude Nicolet

Le 08/01/2015 à 07:49

Auteur : Claude Nicolet
Editeur : Gallimard
Genre : poche histoire
Date de parution :
ISBN : 9782070456697
Total pages : 336
Prix : 8.50 €
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Résumé du livre
De décembre 134 à juin ou juillet 133 av. J. -C., dans la fièvre des partisans de Tibérius Gracchus, tribun de la plèbe en lutte contre le Sénat et les riches, dans la haine des nantis qui allaient les massacrer, les pourchasser, les juger, les condamner, un mythe s'effondre – celui de la sagesse et de l'équilibre du gouvernement de la République. Mais aussi celui de la solidarité profonde des Romains qui avait permis de triompher d'Hannibal. Ils se brisent sur la question sociale. La crise agraire qui couvait depuis les conquêtes a enfin éclaté. Elle va durer un siècle. Les contemporains ne s'y sont pas trompés, qui dès le départ ont le sentiment d'une rupture, d'une révolution: Rome pour toujours a changé.

 

Premier chapitre

 

 

 

 

 

 

Avant-propos

 

 

 

 

LE DOSSIER DES GRACQUES

 

 

Il peut sembler paradoxal de présenter, dans la collection Archives, un livre sur les Gracques. D’archives, hélas, chacun sait que nous n’en avons guère pour l’histoire de l’Antiquité. Encore me trompé-je : pour certaines périodes, pour certains lieux privilégiés, l’abondance des documents épigraphiques ou papyrologiques peut presque en tenir lieu. L’historien dispose alors de témoignages de première main : documents officiels ou privés (telles ces « Archives de Zénon » ou ces « Archives d’Abinnaeus ») qui donnent, sur de longues années, comme une véritable monographie administrative ou économique ; ou encore, archives et comptes de l’intendance sacrée à Délos, actes d’affranchissements de Delphes. Mais pour la période de l’histoire de Rome qui nous intéresse ici, rien de tel. Au contraire, le dossier des Gracques nous donne presque l’exemple parfait des difficultés de méthode qu’offre le plus souvent l’histoire ancienne : nous ne disposons d’abord pour la reconstituer, puis pour en juger, que de témoignages de nature littéraire. C’est en quelque sorte une histoire réflexive, un dossier dont nous n’aurions, à défaut des pièces officielles ou des constats, que les plaidoiries contradictoires. Passe encore si, en l’occurrence, c’étaient celles des contemporains eux-mêmes ! Mais pour la révolution entamée à Rome, entre 133 et 121, par les Gracques et leur parti, ce sont, au mieux, les voix de la génération suivante qui nous sont directement parvenues. Les seuls récits cohérents et suivis en notre possession sont ceux de deux Grecs : Appien — qui vit au IIe siècle apr. J.-C. — et Plutarque, à peine antérieur. Sans doute, chez des Romains plus proches des événements, Cicéron ou Salluste, nous avons un écho formidable de la révolution gracchienne ; elle les obsède, les passionne. Mais ils n’ont point songé à nous pour en fixer les traits. Ils en parlent dans le feu de leur action, et avec des arrière-pensées et des intentions politiques, sinon polémiques.

 

 

 

RUPTURE AVEC LE PASSÉ ROMAIN

 

 

C’est que les Gracques ont été signe de contradiction, source de scandale. Les contemporains, puis les successeurs, ont eu le sentiment, avec eux, d’une rupture du passé romain, du début d’une révolution. Dès le départ, personne ne s’y est trompé. En l’espace de quelques mois, de décembre 134 à juin ou juillet 133, l’action politique de Tibérius Gracchus et de ses partisans, menée dans la fièvre de l’espoir pour les uns, dans la haine et la crainte pour les autres, terminée dans les massacres d’une émeute qui était presque une guerre civile, avait inauguré pour Rome l’ère des révolutions. Pour la première fois depuis des siècles, les citoyens s’étaient affrontés dans la violence, le sang avait coulé. Ce n’était pas encore le choc des armées fratricides, mais c’était à coup sûr la fin d’un certain nombre de mythes : celui de la sagesse et de l’équilibre du gouvernement de la République, celui de la solidarité profonde des Romains. La République exemplaire dont la discipline, la concorde et le patriotisme avaient triomphé d’Hannibal, puis du monde entier, risquait de se déchirer elle-même. Tibérius Gracchus, adulé d’un côté, haï de l’autre, avait laissé sa vie dans l’aventure. Ses partisans, massacrés, pourchassés, jugés, condamnés, semblaient hors de cause. Mais l’élan qu’il avait donné ne pouvait disparaître. Malgré tous les obstacles, l’essentiel de ses projets avait été mené à bien ; la commission agraire fonctionnait ; ses adversaires mêmes, comme effrayés d’une victoire illégale et meurtrière, n’étaient pas en mesure de la supprimer sur-le-champ.

 

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