Extrait

Les indécidables
de Sophie Maurer

Le 08/03/2013 à 15:56

Auteur : Sophie Maurer
Editeur : Seuil
Genre : litterature francaise romans nouvelles correspondance
Date de parution : 07/03/2013
ISBN : 9782021098167
Total pages : 139 pages
Prix : 16 €
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Résumé du livre
Les Indécidables racontent la fuite ou la fugue d'un jeune homme fragile, Ariel, et le périple de Sacha, qui part aussitôt à la poursuite de son ami d'enfance et quitte ainsi la France pour les Etats-Unis où son intuition l'oriente. De New York à Los Angeles, cette poursuite se transforme en traversée, où le voyage compte autant que la destination. Des compagnons de voyage surgissent : Marie, fantôme surgi du passé d'Ariel ; Eric, routier philosophe qui entend ce qui d'ordinaire reste inaudible ; Augusten, professeur

 

Premier chapitre

 

Nous nous disions alors : à eux l’ordinaire des choses,

à nous leur éclat. À eux la platitude, la matité, le mur du fond, à nous les reliefs et les reflets, la perspective infinie, ni sol ni plafond, toutes les réverbérations. À eux l’univers en parcelles, en secteurs, en tableaux, à nous la vue d’ensemble, le monde dans sa totalité, ni appauvri ni condensé, entiè- rement là, intégralement au bout des doigts. À eux les villes industrielles – leur chômage si photogénique –, les stations balnéaires désertées par les saisonniers, comment le cœur se serre en zone pavillonnaire. À nous les déserts, l’horizon, les îles sans nom, la vue du Pacifique la première fois, le regard qui ne s’en remettra pas. À eux les consolations blêmes, un verre d’alcool, la possession, le printemps, une ressemblance chez leurs enfants. À eux le ciel vu d’un lit d’hôpital, les perfusions tardives diluant les remords, les déceptions, les regrets, les questions, à eux rien qu’une mort déjà là dès l’origine, inscrite depuis toujours, n’attendant rien sinon de passer la tête dans l’embrasure, de dire au fait, ça y est, je suis là, enfin je suis là, mais tu le savais déjà. À nous des fins violentes, esthétiques, irréprochables, la pulsation parfaite de l’innocence interrompue par un unique mouvement, silencieux et fulgurant. À nous tout l’autre pan, la ville en prise à ses sous-sols et pas un souffle d’air, tout nous arrivant à l’état serré, noir, rapide, électrique, sexuel, énervé, politique. À nous les regards imprimant le réel à 1 200 ASA, la moindre lueur se diffractant en cent éclats. Nous nous disions alors, nous avions dix-sept ans, eux et nous n’avons rien en commun, la bête affamée tapie là, juste en dessous de l’estomac, la seule à offrir le moment tremblant de l’élan, ils l’ont digérée, oubliée, épuisée pour qu’elle ne les dérange pas, pour qu’elle ne vienne pas leur rappeler tout ce qu’ils ont abandonné. Nous ne savions pas, nous ne savions pas alors qu’eux et nous étions faits du même bois, humide et putrescible, sensible à la chaleur comme au froid, se fendillant en mille endroits – une faille pour un amour perdu, sa voix, sa peau, son sourire dans le jour pointant à peine, une pour un deuil inattendu, des amitiés effilochées, quelques destins fantasmés, une révolution avortée, tout ce qu’on n’aura jamais ni compris ni terminé, une nostalgie de tout, vague et anticipée. Nous ne savions pas alors qu’eux et nous, pour finir, rien ne nous distinguerait.

 

 Ariel s’était enfui, comme au premier jour de n’importe quelle fuite, un pas devant l’autre et le doute sur le fait même qu’il existe une route.

 

Les premiers jours, je me l’étais imaginé mort, ayant plongé d’un chemin de halage des bords du Cher, un paysage de notaires adultères, de lundis après-midi, de pêcheurs imperturbables  et patients sur leurs pliants, de platanes derrière eux n’ayant ni racine ni faîte, de lignes sombres et sans terme fichées dans la terre humide, ou dans une de ces régions implacables de maisons basses et de vestiges industriels, dont Ariel disait qu’elles lui laissaient chaque fois le cœur comme une pomme évidée, que leur existence avait pour objectif très précis de décourager, quoi que soit ce pour quoi il aurait fallu avoir du courage.

 

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