Extrait

Les Raisons De Mon Crime
de Nathalie Kuperman

Le 22/05/2013 à 19:58

Auteur : Nathalie Kuperman
Editeur : Gallimard
Genre : litterature francaise romans nouvelles correspondance
Date de parution : 03/01/2012
ISBN : 9782070135059
Total pages : 240
Prix : 17.90 €
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Résumé du livre
'Elle n'avait pas eu une vie facile. Elle passait les détails, mais ce qu'il fallait qu'il sache, et puisque ça lui viendrait aux oreilles un jour ou l'autre elle devait le lui dire, c'est que les quatre hommes qu'elle avait aimés depuis sont divorce étaient morts. Maurice faillit s'étrangler.

Ils sont morts de quoi?

De mort naturelle, pardi!

Et ce fut elle qui s'étrangla de rire. Maurice la regardait, de plus en plus fasciné. Cette femme était exactement la femme dont il rêvait.

Bon, maintenant que tu sais, tu restes?

Tu veux bien de moi?

Et comment!

Ils se tapèrent dans la main comme pour conclure une bonne affaire (et Maurice n'osait croire qu'il venait de croiser l'amour une seconde fois, de façon si brutale, si forte, si rapide).' En retrouvant des années plus tard une cousine perdue de vue, la narratrice se trouve plongée dans un univers qui l'effraie et la fascine jusqu'au vertige. Les personnages de ce nouveau roman de Nathalie Kuperman sont impressionnants de brutalité, presque de sauvagerie, et pourtant bouleversants de franchise, d'humanité blessée.

 

Premier chapitre

Première partie

MARTINE 

 

 

 

 

L’appel

 

 

Martine pleure devant la tombe de sa mère. Son visage est boursouflé. Elle a grossi, elle est vêtue de noir, mais l’effet n’est pas chic. Elle porte un pantalon flasque et un pull qui dégouline jusqu’à mi-cuisses. Cela fait peut-être trente ans que je ne l’ai pas vue.

On m’avait prévenue, elle a changé. On m’avait prévenue, tu ne la reconnaîtras pas. On m’avait prévenue, comme si j’étais un être fragile à qui il fallait éviter les chocs. Quand je l’ai aperçue, j’ai presque été soulagée : elle était triste de perdre sa mère, avait vieilli, pleurait beaucoup, était un peu rouge, et assez grosse. Et puis je me souviens de la réception qui a suivi dans une salle des fêtes prêtée par la mairie. Nous pouvions y fumer tranquillement. Quand Martine m’a vue sortir mon fume-cigarette, elle est venue vers moi. Alors ça, c’est génétique ! s’est-elle exclamée. Et elle a extirpé son fume-cigarette d’un sac banane. Le mien était long, le sien était court et rafistolé avec du scotch. Je lui ai immédiatement promis de lui en offrir un, un beau, un long, avec des incrustations en faux diamants. Je devais, avant d’évoquer ce temps passé sans nous voir, lui faire don de quelque chose. Ce sont les premières paroles que nous avons échangées. On a parlé du bonheur de fumer avec un fume-cigarette, et en a ri. Je retrouvais ma cousine qui, pendant toutes ces années, ne m’avait pas manqué un seul instant, mais à laquelle je pensais parfois avec une curieuse envie de ne pas la connaître davantage, de la maintenir à distance. J’avais appris incidemment la mort de son frère, un jockey qui ne pouvait plus monter à cheval, et cette nouvelle m’avait bouleversée. Parce que j’avais aimé Jacques. Je le trouvais beau mais, surtout, je me glissais dans sa peau à chaque occasion. J’étais Jacques, un garçon, et je sautais sur mon lit en imaginant que je pourrais changer de sexe à force de prononcer tout bas, consciente que j’étais du blasphème : Je suis Jacques je suis Jacques je suis Jacques. Il m’aidait à résister aux injustices dans les cours de récréation, à imposer mes jeux, à séduire les filles qui prenaient le pouvoir dans la classe, à me dire que, de toute façon, je m’en fichais, j’étais un garçon. Jacques et moi, on s’était dit qu’on serait amoureux quand nous serions plus grands, et qu’on se marierait en cachette parce que les cousins n’ont pas le droit de se marier. J’aimais l’idée de protéger quelque chose qui ressemblait à un secret mais qui n’en était pas un. De fait, j’avais tout avoué à ma mère car une petite voix me forçait à ne rien lui cacher. J’avais annoncé : Jacques et moi, plus tard, on se mariera. Elle avait ri, et mon secret s’était mis à ressembler à une farce.

 

Depuis l’enterrement, dix années ont passé où Martine et moi avons vainement tenté de rester en contact. Je suis allée la voir une fois à l’hôpital, à la Pitié-Salpêtrière, parce qu’elle s’était fracturé je ne sais plus quel membre. C’était peu de temps après nos retrouvailles. Presque aucun souvenir de ce moment où j’entrai dans sa chambre, si ce n’est que nous avons parlé du prénom de sa fille. Elle insistait pour me montrer ses cicatrices. Un an plus tard, j’ai hésité longtemps à l’inviter à mon mariage. J’ai jugé plus prudent de m’en tenir au silence. Et puis ma fille est née, et Martine a tenu à venir nous rendre visite avec son ami Lucien, eux qui ne venaient jamais à Paris. Ils avaient apporté des leurs, et je comprenais la valeur du présent : ces fleurs, c’était un sacrifice financier. Le temps a passé. Ma fille recevait tous les ans, pour son anniversaire, une carte signée de la main de Martine. La graphie, le style et l’orthographe en étaient impeccables, et j’y voyais la trace indélébile de ce que je connaissais d’elle lorsque nous étions des enfants : Martine était une petite fille douée, intelligente, vive et spirituelle. En plus, elle était d’une beauté saisissante ; je voulais lui ressembler en tout point.

 

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