Extrait

Maria Vittoria
de Elise Valmorbida

Le 21/08/2018 à 09:36

Auteur : Elise Valmorbida
Editeur : Préludes
Genre : Littérature étrangère
Date de parution : 19/09/18
ISBN : 9782253905035
Total pages :
Prix : 11,99 €
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ISBN : 9782253905035

Editeur : Préludes

Prix grand format : 11,99 €

 

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Résumé du livre
1923, dans un hameau perdu au coeur des Dolomites. Maria Vittoria est une jeune femme belle et discrète. Quand son père désigne pour elle son futur époux, Maria s'incline, et bientôt le couple fonde un foyer et ouvre un magasin. Or l'ombre du fascisme et la menace de la guerre pourraient bien rompre l'équilibre et séparer les familles.Entre amour et haine, jalousie et générosité, foi et raison, Maria devra choisir son destin. Au prix, parfois, d'immenses sacrifices...Avec Maria Vittoria, Elise Valmorbida livre un sublime portrait de femme et nous donne à voir le visage authentique d'une Italie Méconnue.Une saga poignante, en cours de traduction dans sept pays, qui n'est pas sans rappeler Suite française d'Irène Némirovsky ou encore La Bicyclette bleue de Régine Deforges.Un roman profondément émouvant sur la vie d'une femme en temps de guerre, un nouvel Autant en emporte le vent. PopSugarEnsorcelant. The Times  

 

Premier chapitre

À ma mère et ma sœur.

 

1923

Fonte des neiges

 

 

 

Son père est parti lui trouver un époux. Il a pris sa mule, une photographie et des provisions – du saucisson, de la polenta froide, une gourde de vin. Inutile d’emporter de l’eau, il y en a partout. Le printemps est la saison des fiançailles, aussi bienvenues que les violettes arrosées par la neige fondue, aussi soudaines que la floraison d’un cyclamen sauvage sur une roche humide.

Maria Vittoria brode un drap de son trousseau.

Pendant que les animaux font leur vacarme habituel, les habitants de la contrà – douze maisons blotties les unes contre les autres – profitent de la lumière du jour pour couper du bois, planter des clous, cuisiner, laver le linge, biner la terre, poser des pièges, tailler la vigne, écorcer du saule pour le tresser, semer l’avoine, le tabac, les choux, les oignons, les petits pois… Sans son père, le hameau n’est plus le même, il ressemble à un corps sans tête.

Il a glissé dans sa poche la seule photographie d’elle qui existe, prise lorsqu’elle avait dix-sept ans, où elle pose avec ses frères et sœurs, ses parents et grands-parents. Aujourd’hui, elle en a vingt-cinq, et bien qu’elle soit robuste, en bonne santé et jolie, d’après sa sœur Egidia, elle est presque impossible à marier. La malchance, la volonté divine ou le destin ont fait que dans leur vallée, et dans la vallée la plus proche, il n’y avait aucun parti digne de ce nom ; que des bossus, des cousins consanguins ou des mutilés de guerre. Sans compter qu’ils habitent dans un coin perdu, difficile d’accès et éloigné de la ville. Et puis son père n’acceptera pas n’importe qui. Il a un nom et un rang à faire valoir ; il fait des affaires, possède des terres, et même son propre papier à en-tête.

Avant la photo et l’évacuation, Maria avait reçu une proposition. Son prétendant avait fait la route depuis Villafranca et montré des documents attestant qu’il était réformé et qu’il bénéficierait d’une bonne pension et de certains avantages. Mais il avait perdu un doigt et un œil.

— Qui nous dit qu’il ne lui manque pas autre chose ? avait commenté son père après avoir décliné son offre. On peut espérer mieux.

Sa mère était de l’avis des voisins, des cousins et des autres femmes : No se rifiuta nessun, gnanca se l’è gobo e storto. « On ne refuse personne, même s’il est bossu et tordu. » Il lui avait ordonné de se taire, avec ses dictons stupides.

Elle murmure tout bas, comme si elle arrachait l’un après l’autre les pétales d’une marguerite :

 

 

El me ama

Il m’aime

El me abrama

Il me convoite

El me abracia

Il m’enlace

El me vol ben

Il est gentil

El me mantien

Il me donne la main

El me ama

Il m’aime

El me abrama

Il me convoite

Nol me vole

Il ne veut plus de moi

El me dise su

Il me repousse

 

Elle passe ensuite aux prières de La Mariée chrétienne. Ce petit livre relié de cuir bleu, aux pages cernées de filets dorés, est le seul qu’elle possède. Elle y tient beaucoup, même s’il contient plus de prières qu’elle peut réciter et de sermons qu’elle peut retenir. La dédicace – À ma chère fille – l’encourage et lui montre la voie. « Lorsqu’on s’adresse à Dieu, il est conseillé de procéder à de légères mortifications de la chair. C’est une façon d’offrir un sacrifice et de libérer son esprit des petites contrariétés de la vie quotidienne. »

 

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