Extrait

Mort d'un clone
de Pierre Bordage

Le 23/05/2013 à 10:51

Auteur : Pierre Bordage
Editeur : Au Diable Vauvert
Genre : litterature francaise romans nouvelles correspondance
Date de parution : 12/01/2012
ISBN : 9782846264099
Total pages : 304
Prix : 18 €
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Résumé du livre
Nous sommes à la fin du siècle dernier, un chroniqueur distancié nous raconte la vie de Martial Bonneteau, un petit employé à la quarantaine aigrie, mal mariée à une femme épaisse et acariâtre qu’il n’a jamais pu satisfaire sexuellement, père de deux fils aussi tristes que lui et d’une fille qui se cherche ; Martial est un médiocre qui enfouit dans la routine et le mépris de soi les frustrations d’une existence de clone parmi les clones. Et puis un matin, de micro-événements en micro-événements, un regard dans le métro, un retard au bureau, Martial Bonneteau va légèrement diverger de son chemin quotidien bien tracé, et c’est tout son univers normé qui commence à se lézarder… Soudain livré à un confus désir de vivre, notre anti-héros va connaître bien des mésaventures : d’abord généreusement initié au sexe et au plaisir par une prostituée de la rue St-Denis, il va abattre un par un les murs qui emprisonnait sa vie : retour au foyer, réaction des proches et des collègues, scènes de ménages, hystérie familiale, coaching psychologique… Les scènes d’anthologie se succèdent sur un rythme de comédie ou de théâtre de boulevard, et on rit beaucoup. On rit surtout du portrait au vitriol, presque cynique, que brosse Bordage de nos aliénations ordinaires. Jusqu’à la disparition du clone, où, après l’ironie et l’humour noir, on retrouve l’écrivain qui nous parle mieux que tout autre d’humanité.

 

Premier chapitre

Chapitre premier

 

 

 

Depuis quelques siècles, ce n’était pas l’exécrable sonnerie du vieux réveil qui jetait le dénommé Martial Bonneteau hors du sommeil.

Le réveil : monstrueuse anomalie plastifiée vampirisant sans vergogne le faux stuc de la très navrante table de chevet.

Le réveil et la table de chevet : cadeaux de mariage.

Cadeaux de mariage : forme répandue de terrorisme familial.

Un tourbillon de pensées maintenait Martial Bonneteau dans l’éveil toute une partie de la nuit, invisibles, redoutables harpies qui, après avoir planté leurs griffes dans le lard du bonhomme, s’y entendaient à merveille pour l’empêcher de replonger dans l’état qu’il chérissait entre tous : le sommeil.

Le sommeil : bienheureux, sublime oubli de soi-même ou béatitude par contrainte physiologique. Elles surgissaient de partout nulle  part, émergeant, poissons morts, à la surface d’un cerveau pollué par cinq décennies de rouille et d’hémiplégie mentales.

Il pivotait alors sur la gauche, côté cœur, et son tam-tam cardiaque virait au tintamarre. Sur la droite, côté Madame, et la respiration sifflante d’icelle se changeait en ouragan tropical. Sur le dos, côté matelas, et les crampes cannibales lui mangeaient les doigts de pied.

Veillant à ne pas faire d’inextricables nœuds avec les draps.

Se lançant, à son corps défendant, dans d’épouvantables complications géométriques avec ses membres inférieurs et les rayures de son pyjama bagnard.

Pyjama bagnard : cadeau involontairement empoisonné des rejetons Bonneteau.

Évitant surtout, surtout, de réveiller Madame.

Faux mouvements, fausses respirations, faux bruits interdits.

Madame son épouse dormait à ses côtés depuis maintenant vingt-quatre ans. Vingt-quatre longues années de trois cent soixante-cinq nuits, soit huit mille sept cent soixante nuits à supporter son ronflement d’autant plus agaçant que léger, susurré, ironique.

Les échantillons de fureur nocturne de Madame avaient poussé Martial Bonneteau à un entraînement drastique en matière de délicatesse matelassière. Et désormais, la touffe de cheveux frisottés blondasses, bouquet éternellement fané posé sur le traversin conjugal, ne bronchait plus jamais.

Cheveux frisottés blondasses :

tentatives obstinées de ressembler à une pouffiasse étalée sur un magazine féminin ;

b) succession d’escroqueries du coiffeur.

Or donc, depuis quelques siècles, Martial Bonneteau passait une bonne partie de son temps imparti d’oubli nocturne en tête à tête avec lui-même.

Situation inconfortable, ô  combien !

L’image renvoyée par son rétroviseur intime n’était pas un carton d’invitation pour les réjouissances.

Image renvoyée par le rétroviseur intime : parlons d’autre chose, si vous le voulez bien…

Les projecteurs effroyablement crus de l’insomnie le révélaient tel qu’en lui-même : Martial Bonneteau, 48 ans, rives de la cinquantaine déjà bien abordées, clone employé d’une société d’emballage familial ou familiale d’emballage, c’est selon. Depuis dix-huit ans, soit six mille cinq cent soixante-dix jours vacances non déduites. Et ce, après dix années d’un premier emploi en province – de celles qu’on dit profondes.

 

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