Extrait

Norte
de Edmundo Paz Soldan

Le 08/01/2015 à 20:03

Auteur : Edmundo Paz Soldan
Editeur : Gallimard
Genre : espagnol ouvrages de litterature
Date de parution :
ISBN : 9782070137138
Total pages : 352
Prix : 26 €
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Editeur : Editions Gallimard

Prix grand format : 18.99 €

 

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Résumé du livre
Trois destins, trois époques, une frontière. Le roman, inspiré de personnages réels, commence en 1984, dans le nord du Mexique, avec Jesús, un adolescent obsédé par la beauté de sa soeur et qui, au fil des années, va devenir le Railroad Killer, l’un des tueurs en série les plus recherchés par le FBI à la fin du XXe siècle. Véritable descente aux enfers, son périple de sang et de sexe dessine une autre carte de la frontière et nous révèle mille routes secrètes pour la traverser. Nous partons ensuite en Californie où, dans les années 30, Martín Ramírez, un paysan sans papiers, est sur le point d’être envoyé en hôpital psychiatrique. Incapable de parler, il peint inlassablement des hommes à cheval et des scènes de guerre qui finissent par attirer l’attention des médecins mais aussi de la critique. Ramírez est aujourd’hui considéré comme l’un des grands maîtres de l’art brut contemporain aux États-Unis. Enfin, nous retrouvons, au début des années 2000, Fabián Colamarino, brillant professeur universitaire au Texas. Sa lutte et sa déchéance sont racontées à travers les yeux de Michelle, une ancienne étudiante bolivienne avec qui il entretient une liaison coupable et passionnée. À travers une langue tantôt onirique et émouvante, tantôt proche du réalisme plus dur d’un Bret Easton Ellis, Edmundo Paz Soldán excelle à décrire ces trois expériences du déracinement et de l’exil, et nous rappelle avec brio que la porte vers le Norte n’est pas toujours celle de l’Eldorado. Mario Vargas Llosa nous avait prévenus: "Il s’agit de l’une des voix les plus novatrices de la littérature latino-américaine d'aujourd'hui. "

 

Premier chapitre

 

 

 

 

 

 

UN

 

 

 

 

 

1

 

Villa Ahumada,
nord du Mexique,
1984

 

 

Il arrêta le collège et commença à passer plus de temps avec ses cousins. Au début, c’était rien qu’un témoin privilégié : dans les endroits fréquentés, comme le marché ou la gare, il les regardait voler des sacs à main et des portefeuilles. Ils essayaient d’éviter l’affrontement, mais ils se dégonflaient pas s’il fallait cogner. Dans des rues sombres, d’habitude ils y allaient au couteau ; ça suffisait généralement pour que les victimes leur donnent tout. Ils étaient connus de la police, qui était prête à les laisser tranquilles tant que leurs coups restaient limités et qu’il y avait pas de sang.

Tard la nuit, ils allaient s’engouffrer au California, le seul club de strip-tease où le videur, pour un peu de monnaie, laissait entrer Jesús, qui avait plus de quinze ans et l’air d’en avoir moins : il était petit, maigre, avec une tête de gamin. Sous la lueur des néons, ils commandaient des bières et mataient les filles accrochées à la barre de pole dance. Pas toutes les femmes s’approchaient d’eux, ils avaient la réputation d’être agressifs et mauvais payeurs. La Quica, l’une des vieilles putes du California, où on pouvait boire une mixture bon marché et infernale, la « Panthère Rose » – sotol, lait et Nesquik à la fraise –, était l’une des rares à les recevoir à bras ouverts, parce qu’elle aimait pas dormir seule dans la chambre qu’elle louait dans une pension à côté du fleuve. Elle passait de table en table, baissant son prix et essayant, en vain, de souffler des clients à Suzy, la Guatémaltèque aux cheveux courts teints en blond et aux nichons pneumatiques, et à Patricia, qui venait de la région de Guadalajara et voulait s’en aller à peine elle aurait économisé l’argent pour qu’un coyote la fasse passer de l’autre côté. Qu’est-ce qu’elle pouvait faire, elle avait le double de leur âge. Fallait pas qu’elle soit triste. Elle aurait pu les aimer comme ses filles, sauf qu’elle, jamais elle aurait eu des filles aussi salopes.

Vers les trois heures du matin, la Quica s’approchait des cousins et leur disait d’y aller, et Medardo : attendons la fin de la chanson, ou est-ce que t’aimes pas la Chavela ? Justino lui pinçait le cul, quelles fesses, ça se comprend qu’on t’appelle la Quica. Des fois elle couchait avec Medardo, d’autres fois avec Justino, et elle pensait que Jesús était un voyeur, parce que, quand elle baisait avec les cousins, il les observait depuis le canapé, sans dire un mot, et se branlait sans répondre à ses invites.

 

 

Un jeudi, sa mère lui demanda de rester à la maison avec sa sœur le week-end : elle avait décroché un boulot à Juárez et reviendrait le lundi. Il fut d’accord contre quelques pièces.

Le vendredi soir, Jesús se laissa tomber sur son matelas aux ressorts morts, taché de pisse, au pied du lit de sa mère et de María Luisa. La chambre puait le kérosène, ça sentait la cuisine partout.

 

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