Extrait

Nouvel éloge de la folie ; essais édits et inédits
de Alberto Manguel

Le 23/05/2013 à 08:49

Auteur : Alberto Manguel
Editeur : Actes Sud
Genre : lettres et linguistique critiques et essais
Date de parution : 20/11/2011
ISBN : 9782330001599
Total pages : 400
Prix : 24.40 €
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ISBN : 9782330005047

Editeur : Éditions Actes Sud

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Résumé du livre
Né "animal-lecteur" avide de découvrir un récit en toute chose (paysages, cieux, visages, images ou mots), l'homme, confronté au monde changeant et inintelligible qu'habite son espèce, ne cesse de chercher à lui conférer une impossible cohérence. Mais, de même qu'"on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve", l'expérience de l'authentique lecture est toujours celle d'une folle métamorphose : celle d'un moi qui mute sous l'effet d'un texte qui n'est qu'apparemment "fixé" sur une page. Accepter de courir le risque de se perdre à ce jeu reste pourtant le meilleur moyen de devenir plus sage.

 

Premier chapitre

PRÉFACE

 

 

 

“Vous devriez répondre aux remerciements en termes choisis”,

dit la Reine rouge en fronçant les sourcils.

De l’autre côté du miroir, chap. IX.

 

 

 

Comme tous mes autres livres, ce livre a pour sujet la lecture, cette activité créatrice éminemment humaine. Je crois que nous sommes, dans l’âme, des animaux lecteurs et que l’art de lire, au sens le plus large, définit notre espèce. Nous venons au monde avides de découvrir un récit en toute chose : paysage, cieux, visages d’autrui et, bien entendu, dans les images et les mots que crée notre espèce. Nous lisons notre propre vie et celle des autres, nous lisons les sociétés dans lesquelles nous vivons et celles qui se trouvent au-delà de nos frontières, nous lisons dessins et immeubles, nous lisons ce qu’abrite la couverture d’un livre.

C’est là l’essentiel. Pour moi, des mots sur une page confèrent au monde une cohérence. Lorsque les habitants de Macondo furent frappés un jour, pendant leurs cent ans de solitude, par un mal en forme d’amnésie, ils se rendirent compte que ce qu’ils connaissaient du monde était en train de se volatiliser et qu’ils risquaient d’oublier ce que c’est qu’une vache, ce que c’est qu’un arbre, ce que c’est qu’une maison. L’antidote, découvrirent-ils, se trouvait dans les mots. Afin de se souvenir de ce que leurs mots représentaient pour eux, ils rédigèrent des pancartes qu’ils suspendirent aux bêtes et aux objets : “Ceci est un arbre”, “Ceci est une maison”, “Ceci est une vache, et elle donne du lait qui, mélangé au café, donne le café con leche”. Les mots nous disent ce que nous, en tant que société, nous croyons qu’est le monde.

“Ce que nous croyons” qu’il est, voilà le hic. En associant les mots à l’expérience et l’expérience aux mots, nous passons au crible des histoires qui font écho ou nous préparent à une expérience, ou nous racontent des expériences qui ne seront jamais nôtres, nous ne le savons que trop, que sur la page brûlante. Par conséquent, ce que nous croyons qu’est un livre se redessine à chaque lecture. Au fil des ans, mon expérience, mes goûts, mes préjugés ont changé. Jour après jour, ma mémoire ne cesse de réorganiser les volumes de ma bibliothèque, de les cataloguer, d’en éliminer ; mes mots et mon univers – à l’exception de quelques points de repère fixes – ne sont jamais constants. Le bon mot d’Héraclite à propos du temps s’applique aussi à mes lectures : “On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve.”

Ce qui demeure invariable, c’est le plaisir de lire, de tenir un livre en mains et d’éprouver tout à coup cette sensation particulière d’émerveillement, de reconnaissance, de froid ou de chaleur qu’évoquent parfois, sans raison perceptible, certaines successions de mots. La critique de livres, la traduction de livres, l’édition d’anthologies sont des activités qui m’ont fourni une justification pour ce plaisir coupable (comme si le plaisir avait besoin d’une justification !) et m’ont même parfois permis de gagner ma vie. “Ce monde est beau, et j’aimerais savoir comment y gagner deux cents piastres par an”, écrivait le poète Edward Thomas à son ami Gordon Bottomley. Ces deux cents piastres, critique, traduction et édition m’ont parfois permis de les gagner.

 

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