Extrait

Potemkine Ou Le Troisieme Coeur
de Iouri Bouïda

Le 22/05/2013 à 19:51

Auteur : Iouri Bouïda
Editeur : Gallimard
Genre : litterature russe
Date de parution : 12/01/2012
ISBN : 9782070124534
Total pages : 176
Prix : 17.50 €
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Résumé du livre
Il y avait à l'époque près de cinquante mille Russes qui vivaient à Paris (à la veille de la Première Guerre mondiale, ils étaient à peine plus de trente-six mille dans toute la France). Ils priaient dans des églises orthodoxes, envoyaient leurs enfants dans des écoles russes et discutaient de Dostoïevski au café de La Rotonde, sur les portes duquel un habitué caustique avait proposé un jour d'inscrire le slogan : 'Psychopathes de tous les pays, unissez-vous!' Fiodor Zavalichine, aussi appelé Théo, fait partie de ces Russes installés en France pour fuir la révolution bolchevique et, comme beaucoup d'entre eux, il se rend lui aussi à une projection du chef-d'œuvre d'Eisenstein, Le Cuirassé Potemkine, en novembre 1926. En tant que militaire, il a pris part en 1905 à la répression de la mutinerie au sein de la flotte russe et, lorsqu'il découvre sur le grand écran la reconstitution impressionnante de ce massacre dans le port d'Odessa, il est soudainement convaincu d'avoir participé à un crime... Il se précipite au commissariat le plus proche pour faire des aveux, puis essaie de soigner ses remords et sa culpabilité dans un hôpital psychiatrique. C'est là qu'il apprend dans les journaux le récit d'un horrible fait divers : sept femmes sont retrouvées égorgées dans une fosse commune à Deauville. Il attribue sans hésitation ce massacre à son ancien compagnon d'armes et grand mutilé, Ivan Domani, pour qui il avait justement accepté de faire des photos érotiques de sept jeunes créatures. Débute alors pour Théo un long périple chaotique, entre violence et rédemption...

Potemkine ou Le troisième coeur est un livre stupéfiant qui nous confirme plus que jamais que Iouri Bouïda, qui jouit d'un grand prestige dans son pays, occupe une place de choix dans la grande tradition littéraire russe.

 

Premier chapitre

I

 

 

 

Il leur dit : « Prenez-moi et jetez-moi dans la mer, et la mer se calmera envers vous ; car je sais que c’est moi qui attire sur vous cette grande tempête. »

Jonas 1, 12 (Traduction de Louis Segond)

 

 

 

Un grand escogriffe soûl aux grosses lèvres et à l’œil au beurre noir jongle dans un passage souterrain avec deux balles et une orange rousse, une fillette est assise par terre à ses pieds, une petite unijambiste de dix-douze ans assez laide à la bouche violemment fardée, elle suit d’un regard mauvais les gens qui ne s’intéressent qu’à la pan- carte accrochée sur sa poitrine : « Achète-moi sinon je te poursuivrai dans tes rêves » — c’est ce qu’il y a écrit sur la pancarte — il passe devant le grand escogriffe soûl à l’œil au beurre noir en train de jongler dans le passage sou- terrain avec deux balles et une orange rousse, aux pieds duquel est assise une petite fille d’une dizaine d’années à la bouche violemment fardée portant une pancarte sur la poitrine : « Achète-moi sinon je te poursuivrai dans tes rêves », il passe en courant, suivi par le regard mauvais de la petite unijambiste de dix-douze ans assez laide assise aux pieds d’un grand escogriffe soûl aux grosses lèvres qui jongle dans un passage souterrain avec deux balles et une orange rousse, l’orange tombe soudain par terre et roule, elle le suit, la petite fille ferme les yeux et son visage s’éteint comme l’orange sur le sol boueux du passage souterrain — il est déjà en haut, là, il y a beaucoup de monde, beaucoup de voitures, beaucoup de lumière, alors il ferme les yeux afin de mieux voir le visage de la petite fille à la bouche violemment fardée avec une pancarte sur la poitrine : « Achète-moi sinon je te poursuivrai dans tes rêves », mais le regard mauvais et brûlant de la fillette l’empêche de distinguer son visage, alors il ouvre les yeux et il voit l’orange rousse qui roule à ses pieds, qui le poursuit dans la réalité comme dans un cauchemar où il y a une petite unijambiste et une orange rousse avec laquelle jongle, dans un passage souterrain, un grand escogriffe soûl à l’œil au beurre noir aux pieds duquel est assise une fillette de dix-douze ans assez laide à la bouche violemment fardée portant une pancarte sur la poitrine : « Achète-moi sinon je te poursuivrai dans tes rêves », elle le suit d’un regard mauvais, et il passe à toute vitesse, il s’enfuit, il n’arrête pas de passer en courant devant un grand escogriffe soûl aux grosses lèvres et à l’œil au beurre noir en train de jongler avec des balles dans un passage souterrain à côté d’une petite fille assez laide portant sur sa poitrine un bout de carton sur lequel est écrit à la main en lettres d’imprimerie : « Achète-moi sinon je te poursuivrai dans tes rêves ».

Il n’y a pas moyen de s’en aller, pas moyen de rester non plus. Ce n’est pas un cul-de-sac, non, c’est un cercle vicieux, un labyrinthe dans lequel se cogne et se débat une conscience stupide qui tente de trouver une sortie là où il n’y a pas d’entrée…

 

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