Extrait

Pubères, putains
de Christoph Bruneel (Relieur & restaurateur de livres), Jean-Pierre Verheggen (auteur)

Le 26/08/2019 à 11:32

Auteur : Christoph Bruneel (Relieur & restaurateur de livres), Jean-Pierre Verheggen (auteur)
Editeur : L'âne qui bulle
Genre :
Date de parution :
ISBN : 9782919712236
Total pages :
Prix :
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ISBN : 9782919712236

Editeur : L'âne qui bulle

Prix grand format :

Résumé du livre
C’est la 1re fois qu’un titre de Verheggen est traduit dans son intégralité en néerlandais. Sous son titre «accrocheur» se cache un texte profond, pimenté trivial, sur la préadolescence, ce qui se passe dans la tête et dans le corps, épousant le cruel et le sexuel, l’obscène et la pureté. Un texte au vocabulaire largement imagé ou cru, plein de tendresse et d’explosion de sentiments. Jean-Pierre Verheggen pioche tous azimuts dans le langage pour exprimer son inspiration et sa verve. Et son humour quand il pose cette question : «Quand serai-je traduit en français ?»

Obscène ? Couillon, chef de couilles molles ! Danse le hornpipe, car ceci est l'esprit non tempéré de François Rabelais, agrémenté de paroles pleines de vitriol : après 475 ans votre meilleur plan d'épargne pour la retraite. Oubliez Tintin, l'esbroufeur flétri, découvrez ou réhabilitez le véritable capitaine Haddock de la poésie. La lecture intense flambe votre cerveau en boîte ; ceci est nécessaire maintenant que le lupanar de François Villon est oublié et que le smegma règne sur mesure du hareng gai. Tirez fort à ce festin de langues traduit avec maestria, laissez remplir votre dock de carénage ! Sentez dans vos mains ce classique gonflant dangereusement et fonçant vers une explosion immanente. Rimbaud approuverait : « S'apprête baguette, et foire - »

Traduction en néerlandais et préface : Christoph Bruneel.

 

Premier chapitre
Nous vivions dans des lieux délabrés. Détériorés. Périlleux. Dans des lieux sans yeux. Des lieux d’effondrilles. De tartre terrestre croûtier. De flaches. De caillasse. De lie d’usagers. Indisciplinés. De silos d’immondices. Sans flèche. Impubliques. Craspects. Crados. Inassignés. 

Nous vivions dans cette promiscuité. 

Nous vivions au bord d’un pré. Non pâturé. Cachés aux bords d’un étang. Mi-riant. Mi-stagnant. Grand. Suffisamment. Aux bords d’un été. A peine commencé. Aux portes de vacances. Préadolescentes. Eblouis par la présence conjuguée de maquis. De marais. Peu achalandés. D’ascolarité. De ruisselets propices heureusement proprets. De liberté sans devoirs ni livrets. D’homosexualité novice. Primesautière ou latente. Première. Débutante. 


Comme un très vieux poignet. 

Nous aimions regarder les bêtes s’accoupler. S’aimer. S’entreprendre. Se couvrir. Piétiner les mottes de cadavres. Coprophages. Les sites printaniers. Tendres. Les paradoxes biotopes. Les brises de Loess. Les dérives d’élytres. Les fèces. Les siphons. Les bosquets. Les fourrés sine die. Les imiter. Nous ventouser. Nous anneler. Chevaucher les herbes filandreuses. Chatoyantes. Coquets. Parader ou craquer. Nous enculer. Ou nous laisser croquer. Partouser. Parrainés. Partout. 

Nous aimions passer l’un de nos bras autour de nos cous. Palper nos linges. Entraver les pinces de nos genoux. Flairer nos embarras. Franchir nos ceintures. Franchir nos dessous. Attendre. Prétendre. Soupirer. Prétexter. Bassiner nos glandes. Echouer. Nous y reprendre à deux coups. Réchauffer nos capsules de semences. Nous basculer. Nous affouiller. Poigner dans notre tas. Nous marier. 

De tu à toi. 

Voilà! 

Nous aimions beaucoup enceindre notre bas. Circonvenir nos hanches. Enceindre notre dos. Nos rectos. Le derme couturé de notre peau. Presser nos abdomens jusqu’à ce qu’en jaillisse le frai. Obscène. Monstrueux. La crème de l’érythème fessier. La matière des oaristyx. Des vices. Des sévices. Des crimen amoris. Crapuleux. 

Nous aimions beaucoup échancrer nos moiteurs. Nos matrices. Nos milieux. Nous pétrir le ventre sans douceur. Sans introduire ni pénis, ni membre copulateur. En faire soudre et surgir nos œufs lourds. D’ire. D’élixir nauséeux. De velours sale. Cloaqual. D’anoures sororales. D’amours. De vœux. De lait d’anus, vitreux. 

Vélé. 

Voluptueux. 

Nous aimions beaucoup faire mine de nous libérer de nos paquets bossueux. De déféquer nos sachets de symphorine. De gui. De fruits matures d’épineux. De nous débarrasser de notre musc. Palustre. De nos dix mille yeux d’Argus. De jockey cacté. Camphré. Cravaché. De nos chapelets de nul office. D’orifices cireux. D’excréments minotiers. De conduits. De coulisses. De couloirs endoloris. De trompes. De tremblements pissotiers. De mappemondes sans mer ni pays réduits. Rondes. Immorales. Immondes. 

Nous aimions mimer être nos propres gibbosités caudales. Les employés réciproques de nos pontes. Fécondes. De nos sacoches. Les manouvriers de nos ampoules rectales. De nos scandales. De nos leviers. De nos bracelets de colle. D’alvéoles. De cabochons. D’amidon. De clapets. Prêts. O.K. De croupetons. De cris. Ready. D’anales gesticulations. 

Nous aimions nous enlacer. Etre nos bouches coxales. Lècher nos trous natals. Nous alanguir. Nous sourire ou nous maudire. Etre des homosexuels quasi. Des amis. Quasi des ennemis. Des bandits. Des putti peints en chiens. Quasi des bâtards de batraciens. Ou d’insectes. Très aériens.

[…] Pour voler. Gagner le ciel. Ou sucer la fleur providentielle d’un garçon. Lui broyer sa tête. Ouverte. Ou concasser ses petits poumons. Butiner son menton. Piquer ses yeux ou aimer le sexe dardé qu’il a, en son milieu, dressé. Le désirer. Arder. Arder. Nous en empiffrer. 


[…] Comme des mantes religieuses. 

Nous aimions beaucoup mimer leur monte accrocheuse. Leur monte en motocyclistes gazant. Rivés par les cerques de leurs flancs. Rivés par nos bites à leur coccyx. Accouplant leurs ischions. Emboîtant leurs cuisses jusqu’aux flexions du ménisque. Jusqu’aux chevilles et talons. Mimant leur copulation. L’édéage du second pénétrant le premier. La première. Par convulsions fessières. Dégrafant son blouson cuirassé. Dégrafant son thermogène de passager. Coéquipier. L’entourant de son haleine. De ses écharpes d’hypogastre. Ouvrant sa carapace. Sérigraphiée ou non, R.A.F. Enfonçant sa cravache dans son cache-couilles verrouillé. Y disséminant son fluide séminal. Hennissant comme cheval. Intégral. Cochant son étalon tride. Etourdissant sa ganache. Sa sous-barbe. Son poitrail. Strangulant sa parotide. Tenaillant sa carne, splendide. Y inscrivant ses ongles. Son spleen. Y enfonçant sa phobie d’être hongre. Son brandon sans ponte. Sans enfants. Ou seulement fruits d’Onan. Inexistants. Sans spermatozoïdes. Sinon infanticides. Y canulant ses écoulements. Dans le vide. 

Le néant. 

Dans le vide verdoyant de leur séant. 

Nous aimions beaucoup nous conduire en amants. Mécanistes. Mécaniquement. En amants portatifs de ces mantes religieuses. Broyeuses. Accéder à leur demande périlleuse. Leur présenter nos compliments. Nos agréments. Nos attributs. Imbus. Escalader leur pente affectueuse. Affriolante. Leur relief herbu. Velu. Les laisser se comporter en chef. M.L.F. En cheffesses absolues. Introduire nos sceptres dans leurs atomes incrochus. Etre leur battle-dress. Leur sac à dos. Leur paqueton sous cello. 


Nous aimions alerter. Alarmer. Monopoliser l’effectif de nos services cliniques. L’ensemble de nos toubibs. Spécialistes ou simples généralistes. Les voir portés au comble de l’anxiété. Se retirer. Sombres et accaparés. Boire des cafés noirs resserrés. Faire semblant de fumer. Fulminer. Préoccupés. Avouer n’y rien comprendre. Se démobiliser ou retrouver confiance. Supputer de nos chances. Tamponner de compresses nos tempes. Nous talonner. Remesurer notre degré de fébrilité. Incrédules, reconsidérer notre membre de virilité. Pianoter ou malaxer nos testicules. Spéculariser nos cavités. Ecouter notre pouls ou taquiner nos trous fonciers. Nous obliger à tousser ou à expectorer. En été. 

Nous aimions beaucoup leur causer du souci. Travestir la vérité. Les crisper. Leur faire advenir des gris-gris. Paraître liquidés. Liquéfiés. Frictionner le thermomètre contre nos couvertures. Faire grimper nos températures. D’aventure et outre mesure. 

Nous aimions beaucoup dénaturer la réalité. Leur faire passer en revue la palette des pires maux. Ancestreux. Nommer le vomito négro. Décliner la peste. L’embolie. La teigne ou l’asthénie généralisée. Irréversible. Décréter des mises en quarantaine. Des contagions possibles. Mander des messagers hors du domaine. Par monts, vaux et plaines. Ramener des récits de Théramène. Outranciers. Complètements inconsidérés. 

Nous aimions beaucoup paraître miraculeusement remis sur pied. En une seule nuit. Etre déclarés hors de danger. Un jour. Etre estimés aptes. Pouvoir nous lever sans devoir exécuter des tours d’acrobates. Etre escortés. Nous vêtir. Aidés. Redessiner notre tilac moucheté. Chausser nos espadrilles ou nos savates. Pouvoir nous promener aux alentours immédiats. Avoir nos pas guidés. Managés. Ménagés. Ou être conduits dans un landau carrossé. Comme un idiot. Aux bords de l’eau. Convalescents. Attachants. Revoir nos amants. Hardis. Vifs argent. Négocier de prochains attouchements ou recevoir leurs couffins de présents. Qui le filet d’une tanche nassée. Qui, comme cadeau, la chair d’une cerise sans noyau. Qui du miel du pays. Qui des bretzels, des biscuits. Qui la cervelle d’un étourneau étourdi. Qui la gigue (faut-il dire jambe ou jambonneau?) d’une grive. Grosse. Précocement molosse. Malabar. Rôtie, de part en part, sur une broche-rôtissoire. 

Nous aimions beaucoup paraître recouvrer nos espoirs. Nos forces. Mortes. Ingérer. Déguster ou nous gaver. Etre déconstipés. Ravoir accès aux gocks. Nous y précipiter. Déboutonnés. Nous masturber sous notre short. Plier un genou. Nous feller. Débraguetés. Nous faire de longs et déchirants pompiers. Longuement abouchés. 

Nous rejeter tout entier dans la gueule du loup! 


5. 

Nous ne connaissions pas de tabou. Nous donnions libre cours à notre sexualité libre. Primitive. A notre sperme que nous appelions notre beaume de vie. Notre ambroisie que nous buvions et sirotions. Fluide. Sapide. 

Nous aimions beaucoup le regarder gicler. En exprimer le liquide savoureux. En exprimer les philactères mousseux. Le jus retenu. Les rais. Le boire. Le blanc de fond de coquemar. Nous en gargariser. En recracher le glaire. Le coulis salivaire. L’avaler ou nous tapisser de son mouillis. Nous en mouiller. Inonder. Nous baratter des touches. Nous foutre. Insoucieux. Voyous. Inadmis. 

Nous aimions nous en enduire le pubis. En faire maquillage. Désagréable. En beurrer nos visages. Maigres. Nous subodorer. En être écœurés. Pris de violents malaises. Vomir. Renarder. Restituer nos déjeuners. Dégoutés. Nous dégorger. Nous vider. Expulser nos pitances. Nos viandes imposées. Indisposantes. Nos préférences. Nos soupes aux potirons sans viande. Nos préférées. 

Nous aimions nous enfuir. Ou revenir pour nous séduire. Nous flairer. Comme des limiers. Nous fusionner. Miscibles. Immiscés. Nous découvrir nos cibles. Impermises. Futitives. Préparées. Prélapées. Gratuites. 

Libres d’entrée. 

Nous aimions y assouvir nos prurits. Frotter nos périnées. Masser nos thorax. Animer nos réceptacles favoris. Emettre, s’il le fallait, des ersatz de spermatozoïdes. Des substances de duvets. Choisis. Douillets. Ou des floculences de pissenlits séchés. Ou de kapoks trouvés. Déchiquetés. Ou simplement estafilés. 

Nous aimions en confier la laitance aberrante aux eaux. La regarder s’y délayer. S’y dissoudre par grumeaux. Ou nous fixer sur des rochers sans coude. Y former des encroûtements. Des bourgeonnements. Imperceptibles. Des bougements invertébrés. Irascibles. Salissants. Saligauds. Ou jouer à cacher de petits pots de sureau. Boursouflés ou creusés. Remplis de moelle végétale. Comme génitale. Les déposer. Disposés en signaux. Elaborés. En traînées. Orientées. En balises. Apprises. Ou instinctives. A repérer. A récolter. Prélever. A introduire dans nos cavités assises. Elargies. A laisser agir. Fermenter. Pénétrer nos sphincters. Nos humeurs. Nos viscères. Par dizaines. Nous féconder le cratère du cœur.

Extraits de l'édition de 1985

 

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