Extrait

SAS ; les parias de Ceylan
de Gérard de Villiers

Le 26/04/2016 à 22:19

Auteur : Gérard de Villiers
Editeur : Editions Gérard de Villiers
Genre : policier & thriller (format poche)
Date de parution : 21/04/2016
ISBN : 9782360535477
Total pages : 253
Prix : 7.50 €
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ISBN : 9782360535477

Editeur : Editions Gérard de Villiers

Prix grand format : 7.50 €

 

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Résumé du livre
La main droite du moine émergea soudain de la robe safran. Elle tenait un gros pistolet automatique noir. Malko vit distinctement le canon braqué sur son visage, à travers la glace Il semblait énorme, démesuré. D'un mouvement réflexe, il se rejeta en arrière, mais fut arrêté par la banquette. La sacoche contenant son propre pistolet était par terre. Il n'avait pas le temps de la ramasser. Comme dans un cauchemar, il vit le doigt du moine se crisper sur la détente et appuyer...

 

Premier chapitre
CHAPITRE PREMIER
Andrew Carmer, à plat ventre sur le rocher brûlant, écarta un instant les grosses jumelles noires de ses yeux pour essuyer la sueur qui dégoulinait de son front et obscurcissait sa vision. Il régnait sur les rocs rouges une chaleur infernale d’après-mousson, plombée et lourde. Même les papillons qui voletaient çà et là, semblaient épuisés et se posaient tous les dix mètres. Andrew avait l’impression que, sous la chemise de toile, son dos cuisait au court-bouillon.
Pourtant, il n’aurait pas donné sa place pour une douche glacée et une chambre climatisée.
Ce qu’il voyait dans ses jumelles le payait amplement du voyage épuisant à travers la jungle ceylanaise, des cahots de la piste qui avaient ébranlé chacune de ses articulations, meurtri ses muscles, presque fait tomber en poussière la vieille Land-Rover louée au poids de l’or à Colombo. Jusqu’à Trincomalée, il avait roulé sans mal sur les routes étroites, en dépit des vaches et même d’un gros python qui traversait paisiblement la chaussée, avant Dambulla. Mais ensuite, c’était la piste en pleine jungle, détrempée, semée d’énormes trous, sinueuse, coupée de fondrières. Les branches étaient si basses qu’Andrew rentrait instinctivement la tête dans les épaules derrière son pare-brise quand elles le fouettaient.
En ce début de mai, les pluies torrentielles de la mousson commençaient et la latérite de la piste était transformée en bourbier.
L’Américain lâcha ses jumelles et prit l’appareil photo pendu à son cou par une courroie de cuir. Le télé de 200 suffirait. Avec une hâte fiévreuse, il régla la mise au point et pressa le bouton.
Il eut le temps d’appuyer sept fois. Plus qu’il n’en fallait. Son excitation était telle qu’il faillit prendre ses jambes à son cou et filer sur Colombo, raconter sa découverte. Mais Andrew Carmer était un garçon posé et consciencieux. On lui avait appris à toujours exploiter les situations à fond. Il fallait qu’il se rapproche, qu’il en apprenne encore plus.
Pour se détendre, il laissa errer son regard quelques secondes sur les vagues qui venaient se briser sur les gros rochers rouges. En face de lui, c’était le Golfe du Bengale. L’eau avait une curieuse couleur violette, due au fond rocheux. Colombo ne se trouvait qu’à cent cinquante kilomètres à vol d’oiseau, mais on se serait cru au bout du monde. Tout le nord-est de Ceylan était pratiquement inhabité, couvert de jungle épaisse, sans une route.
D’où il se trouvait, Andrew Carmer surplombait une baie naturelle de trois milles de large, abritée des hautes vagues de l’océan Indien, s’enfonçant en coin dans la jungle. Cinquante kilomètres plus au sud, se trouvaient les ruines d’un temple hindouiste englouti depuis des siècles par un glissement de terrain. Les pèlerins venaient encore y prier, comme si les Dieux avaient survécu à la noyade...
Andrew se leva. Des mouches de chaleur dansaient devant ses yeux. À vingt mètres de là, les rochers se terminaient, pour faire place à de hautes herbes semées de bouquets de végétation tropicale. L’Américain marcha jusqu’à la lisière, hésita, puis sauta en contrebas. Il était dévoré de curiosité et ce qu’il avait photographié ne lui suffisait pas.
Plusieurs « orioles » jaunes et bleus s’envolèrent d’un coup devant lui, appelant leurs petits de leur cri aigu comme le son d’une flûte. Tous les nerfs tendus, Andrew s’arrêta. Réalisant qu’il ne s’agissait que d’oiseaux, il reprit sa marche en avant. Il avait encore quatre cents mètres à parcourir avant d’arriver à la grande Dagoba de pierre grise qui se dressait au milieu de l’herbe à éléphants. Et chaque mètre pouvait receler un danger mortel. Sans compter les innombrables scorpions, spécialité cingalaise. Ils venaient piquer les gens jusque sur l’aéroport de Katuna Yake.
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Accroupi derrière un manguier, Andrew Carmer observait la grosse Dagoba grise, à une centaine de mètres devant lui. Elle était semblable à toutes celles qui parsemaient Ceylan : une sorte de tronc de cône arrondi en forme de cloche fait de ciment ou de terre recouvert de pierres. L’équivalent des temples bouddhistes de Thaï-lande. Chaque Dagoba signalait un endroit saint pour les bouddhistes. Certaines, minuscules, protégeaient le domicile des croyants.
Une brusque angoisse saisit Andrew Carmer. Jamais, il n’aurait pensé se retrouver un jour dans la jungle ceylanaise, tout seul, sans arme, loin de tout. Ses missions, au State Département Bureau of Informations and Research, l’INR, constituaient surtout en arides triages de documents officiels. C’était son premier travail actif et il le passionnait. Mais en même temps, il venait de réaliser le danger de sa situation.
Heureusement, il se sentait un peu plus rassuré derrière le manguier. Pour y arriver, il avait dû traverser l’herbe à éléphants qui le découvrait à partir de la taille. Sans savoir si on l’observait...
Maintenant qu’il se trouvait beaucoup plus près de son objectif, il n’avait brusquement plus envie de continuer plus avant. Comme si le danger s’était concrétisé. Après tout, il avait largement de quoi intéresser l’INR. Il se retourna et chercha à percer la végétation épaisse à sa gauche. On aurait pu l’observer à bout portant sans qu’il se doute de rien.
Il se leva pour partir.
Juste alors, il entendit des branches se briser, à une vingtaine de mètres sur la droite. Aussitôt, il plongea par terre et retint son souffle. Collé au manguier, il releva la tête et scruta la forêt dans la direction du bruit.
Celui-ci s’amplifiait, venant dans sa direction. Comme si quelqu’un avait marché sans précautions dans la jungle, écrasant les lianes et les branches pourries sur son passage... Cette absence de dissimulation rassura le jeune Américain. Des gens animés d’intentions hostiles n’auraient pas agi ainsi.
Une masse grise émergea brutalement d’un fouillis de jeunes arbres et de lianes et s’ébroua sur le sentier.
Un éléphant.
Andrew Carmer faillit hurler de terreur. Bien sûr, il avait déjà vu des pachydermes au zoo de San Diego. À Ceylan même, c’en était plein. On les utilisait aux travaux des rizières ou pour tirer des troncs d’arbres. À Colombo, même, il en avait aperçu un, en pleine ville. Ceux-là étaient des animaux aussi débonnaires que des vaches de pâturage.
Mais là, dans ce sentier de jungle, l’énorme bête grise était effrayante.
Le jeune Américain regarda autour de lui ; il ne voyait aucun arbre assez haut où il puisse grimper pour échapper au pachyderme. Ce dernier s’était planté au milieu du sentier et restait là, dodelinant doucement la tête, la trompe battant l’air.
Ce devait être un animal sauvage. Pour se rassurer Andrew pensa à ses frères du Gal Oya National Park, tellement habitués aux touristes qu’ils venaient par coquetterie se faire photographier devant les Rest-houses !
Avec mille précautions, il fit le tour du manguier. Peut-être que le pachyderme ne l’avait même pas vu. Les éléphants ont une très mauvaise vision et suivent une course rectiligne quand ils chargent. Il suffisait probablement de se dissimuler hors de la piste pour ne courir aucun risque.
Un piétinement de branches brisées devant lui l’alerta. Un bouquet de fougères géantes formait une muraille verte, infranchissable aux regards.
Andrew Canner hésitait sur la conduite à suivre quand le rideau de verdure sembla se volatiliser à dix mètres de lui.
D’abord, il ne vit que l’énorme tête rose, au poil usé par les frottements contre les arbres, la trompe battant de droite et de gauche, pour écarter les lianes et les feuillages. C’était un gros animal pesant au moins deux tonnes, dont les défenses avaient été arrachées ou sciées. Donc une bête domestique.
Soudain, Andrew Carmer aperçut l’homme assis en tailleur sur le dos du pachyderme. Un cornac. La peur de l’Américain s’évanouit instantanément. Il se sentait tout bête. Ce que l’imagination pouvait faire quand même. Voilà une histoire dont il ne se vanterait pas.
Souriant, il quitta le manguier et s’avança au-dessus du sentier.
Un cri rauque, poussé par une voix humaine, le fit sursauter.
Penché en avant, presque sur la tête de l’éléphant, le cornac le piquait près des oreilles avec un bâton pointu. Pétrifié, Andrew Carmer restait au milieu du sentier.
Tout se passa très vite. La trompe levée, le pachyderme barrit furieusement. Andrew vit la gueule rose à trois mètres de lui. Le barrissement lui glaça le sang dans les veines. L’éléphant l’avait vu. Brutalement, il chargea.
Andrew n’eut que le temps de se coller contre le manguier. Les poils gris et raides égratignèrent son bras gauche au passage. Il tomba dans les fougères, se coupa encore, puis parvint à se redresser sur les genoux.
Il hurla d’une voix soudain hystérique :
– Hé ! Vous êtes dingue ou quoi.
La colère était encore plus forte que la peur ! Mais l’homme agenouillé sur le cou de l’éléphant ne parut même pas l’apercevoir. Déjà, sous son impulsion le pachyderme faisait demi-tour. L’autre éléphant n’avait pas bougé, interdisant toujours le sentier. Andrew hurla encore, à se faire éclater les poumons ; le cornac ne pouvait pas ne pas l’avoir entendu. Il ne baissa même pas les yeux.
Andrew Carmer comprit d’un coup. Les deux éléphants étaient venus pour le tuer. Le manguier ne représentait pas une protection suffisante. À la première charge directe, il allait être broyé et Andrew avec !
Le premier éléphant l’empêchait de regagner la Land-Rover. Ivre de terreur, il détala vers la Dagoba. Dans le marécage des hautes herbes, il n’avait pas une chance. S’il parvenait à escalader la Dagoba, il était provisoirement sauvé. Bêtement, il cria, tout en courant :
– Help !
Seul lui répondit, derrière lui, le martèlement des énormes pieds. De nouveau, l’éléphant chargeait, à travers le sentier.
Les sandales du jeune Américain glissaient, s’enfonçaient dans la boue. Il tomba, se releva. Le bruit des branches broyées grandissait. L’éléphant trottait, excité par les cris de son cornac. Il y avait une telle opposition entre cette charge sauvage et l’objet de sa mission que Andrew se demanda un instant s’il rêvait.
Il avait l’impression de courir sans avancer, comme dans un cauchemar. Pourtant, il atteignit enfin une petite clairière. En face, après un terre-plein de sable, se dressait la Dagoba. S’il y parvenait, il était sauvé. Mais ses poumons le brûlaient, il ne parvenait plus à soulever les pieds.
La panique lui brouillait les idées. Il aurait eu une toute petite chance de se sauver en attendant le pachyderme, et en l’évitant à la dernière seconde par un saut de côté. Mais, stupidement, il continua à courir en droite ligne. Sans même oser se retourner.
Le sol de la clairière tremblait. Andrew Carmer n’était plus qu’à dix mètres de la Dagoba quand la trompe l’arracha du sol.
Désespérément, il sortit son poignard de sa ceinture et tenta de porter un coup à l’appendice qui l’avait saisi par le milieu du corps. La pointe pénétra d’un centimètre dans les poils gris. L’éléphant poussa un barrissement de rage et brandit l’Américain à quatre mètres du sol avant de le projeter de toutes ses forces par terre. La dernière chose que vit Andrew Carmer fut la masse de l’éléphant se ruant sur lui. La grosse patte écrasa son cou et son épaule comme un marteau-pilon. Il ressentit une douleur inhumaine et n’eut pas le temps de crier. Ses poumons jaillissaient de son thorax éclaté en lambeaux roses et sanguinolents. Il y eut un craquement affreux d’os écrabouillés quand les pattes arrière de l’éléphant achevèrent de broyer le jeune Américain. Il était mort quand le pachyderme le reprit avec sa trompe pour le projeter violemment devant lui. Une nouvelle fois, il le piétina, lui arrachant la moitié du visage.
Inlassablement, le pachyderme écrasait le pantin désarticulé qui n’était plus qu’un petit tas sanglant au milieu de la clairière. Là où il était tombé la première fois, le sable était teinté de rose.
Impassible, le cornac dirigeait le massacre. Lorsqu’il ne resta plus du malheureux Carmer qu’une défroque teintée de sang et remplie de débris de chair, il calma sa bête en la tapant légèrement sur les oreilles, puis par des petits claquements de langue. Peu à peu, la fureur de l’éléphant tomba. Il demeura immobile, à quelques mètres de l’homme qu’il venait de réduire en bouillie, ses petits yeux encore injectés de sang, la trompe battant furieusement l’air.
Le cornac aboya un ordre et le pachyderme s’agenouilla pesamment, sur les pattes de devant.
L’homme sauta à terre et courut s’accroupir près de sa victime.
Il fallait beaucoup d’imagination pour reconnaître un être humain. La tête avait été entièrement broyée, ainsi que le thorax où les morceaux de peau se mélangeaient à ceux de la chemise. Les yeux avaient sauté hors des orbites et le crâne n’avait pas cinq centimètres d’épaisseur... Une odeur fade et écoeurante s’élevait du cadavre.
Sans manifester la moindre répulsion, le cornac farfouilla dans ce qui restait des vêtements, cherchant des papiers. Il ne trouva qu’un portefeuille et un rouleau de billets. Ceux-ci étaient tellement imprégnés de sang qu’ils formaient une boule noirâtre. L’homme enfouit le tout dans son pagne, à côté du long poignard incrusté de fausses pierres précieuses qui ne le quittait jamais. En cas de révolte de l’éléphant, il n’avait qu’à se laisser glisser le long de son flanc et lui planter l’arme dans la peau fragile du ventre.
Et filer vite...
Un peu plus loin, le cornac ramassa les jumelles et les examina. Elles étaient toutes neuves et d’un modèle américain qu’on ne trouvait pas à Ceylan. Un outil de professionnel. L’homme passa la courroie autour de son cou. De grosses mouches tournaient déjà autour du cadavre. Bientôt les corneilles et les mainates1 allaient sentir la bonne odeur et accourir au festin. Sans parler des innombrables petits rongeurs de la jungle.
Le cornac regarda autour de lui pour voir s’il n’avait rien oublié, puis se servant du genou de l’éléphant comme marche pied, il remonta sur sa monture. Tandis qu’il se balançait au rythme tranquille de l’animal calmé, il pensa avec satisfaction qu’il avait rempli sa mission. Si l’intrus était parvenu à la Dagoba il n’aurait peut-être pas pu le coincer. Et il serait en ce moment sur la route de Colombo avec tout ce que cela comportait de conséquences...
Le cornac fit claquer sa langue et l’éléphant accéléra. L’homme poussa un long appel modulé. Presque aussitôt le second éléphant apparut à l’orée du sentier. En trottant lourdement il rejoignit le premier. Il ne restait de Andrew Carmer qu’un tas informe, sans un os intact.
En passant devant la Dagoba, le cornac se tourna vers le monument, joignit les mains, paume contre paume pour le salut bouddhiste. La mort affreuse de l’intrus ne l’avait absolument pas touché. Certes, le Bouddhisme interdisait de tuer toutes les créatures vivantes, y compris les plus humbles comme les moustiques et les cafards. Mais il n’était pas absolument certain que les étrangers, de surcroît rebelles à la vraie foi, soient inclus dans la mansuétude du Tout-Puissant. Et, de toute façon, il y avait toujours des accommodements avec le Ciel.
 

 

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