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L'offre numérique en bibliothèque, un nouveau terrain pour la librairie

Enfin, on l'espère

Par Antoine Oury,Le vendredi 09 novembre 2012 à 08:29:23 - 2 commentaires

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Tandis que les conditions de prêt déchirent un peu moins en France qu'outre-Atlantique, le livre numérique peine à faire son entrée en bibliothèque. Il pourrait pourtant faire profiter les établissements d'un regain d'attractivité, tout en permettant aux librairies de capter une nouvelle source de revenus via les marchés publics. Encore faudrait-il que tout le monde soit d'accord...

 

Nicolas Georges, directeur du cabinet Livre et Lecture au ministère de la Culture, s'est lui-même chargé de l'introduction au débat sur l'offre numérique en bibliothèque : 16.000 établissements pour 200 millions de prêts effectués chaque année en France, et beaucoup de choses à dire. D'abord, « Quel est le droit réel des bibliothèques sur le contenu qu'elles acquièrent ? » : numérique, s'entend, par rapport à la souplesse de l'objet livre (transferts entre bibliothèques, reventes...

 

 

 

 

Annie Brigant, de la direction de la Bibliothèque municipale de Grenoble, observe un « début de décollage sur l'offre » en bibliothèque, toutefois freiné par « la multiplicité des interfaces face à une demande de simplicité ». À sa gauche, Claude de Saint-Vincent, PDG des éditions Dargaud, représentant de Média participations, évoque l'offre commerciale de la plateforme BD Iznéo, qui rassemble les titres d'une dizaine d'éditeurs.

 

« Les lecteurs de BD sont très éclectiques : avoir une offre commune semblait légitime ». Cette dernière est proposée aux bibliothèques, et peut-être vendue via une librairie : « En bibliothèque, la lecture en streaming est un facteur d'animation ». Et qui coûte seulement entre 40 et 50 € par mois à la centaine d'établissements abonnés. Probablement fort de son expérience en tant qu'éditeur, Claude de Saint-Vincent termine : « L'accès libre, gratuit et illimité, ou même à distance signe la fin des librairies numériques. »

 

Chez Immatériel, Élisa Boulard souligne que du côté des éditeurs, « pas mal d'entre eux vendent leurs ebook sans DRM, mais il faut un minimum de contrôle en bibliothèque... » Le streaming, à nouveau, a été plébiscité : « On s'est tourné vers le Web, plus sécurisé. Nous ne proposons pas de téléchargement, mais la possibilité de lire les livres hors connexion. » Une offre globalement très timide, donc, en apparence peu adaptée à la promotion de la lecture publique au ministère. (voir notre actualitté)

 

 

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À ce titre, le récent Contrat Territoire Lecture signé à Chevilly-Larue, ne brille pas par son audace : les solutions pour « lutter contre la fracture numérique » se battent en duel : des « ateliers d'écriture numérique » et des « formations aux techniques de recherche documentaire » seront proposés aux jeunes du quartier de Sorbiers-Saussaie. Rien sur le renforcement de l'offre numérique, et surtout sur l'accès à cette dernière. Alors même que le CTL va de pair avec un soutien à l'accès aux ressources numériques. Lui-même inspiré d'un rapport de 2009, qui expliquait la marche à suivre :

  • identifier les paramètres techniques et économiques qui faciliteront l'usage du livre numérique par les bibliothèques
  • conditions techniques à respecter pour faciliter l'accès aux documents : URL stable, interopérabilité des formats, existence de métadonnées pour un bon référencement dans les catalogues de bibliothèque
  • bonne prise en compte des usages pédagogiques dans les licences (droit de référencement et de citation dans l'exercice d'un enseignement, autorisation de réorganisation de données...)
  • solutions d'archivage et d'accès pérennes par les éditeurs ou dépôt auprès de tiers archiveur de confiance
  • variété des modèles économiques permettant à des bibliothèques de différentes tailles d'acquérir des livres numériques
  • services aux usagers à proposer
  • accès nomade
  • portabilité (limitation des DRM)
  • existence de statistiques d'utilisation
  • etc.,

Autant de questions sur lesquelles les ministères, de Mitterrand à Filippetti, ne se sont pas particulièrement acharnés... Entre-temps, l'auteur du rapport, Bruno Racine, a perdu l'accès nomade dans les jardins de la BnF...

 

Bien sûr, tous les usagers ne réclament pas le même niveau de service : Denis Zwirn, chez Numilog, note « la variété des demandes et attentes », sur laquelle plane tout de même la « première motivation des usagers et des bibliothécaires » qui reste le prêt hors les murs. L'interopérabilité « tombe sous le sens », mais entre les murs de la bibliothèque.

 

Tandis que le consortium d'établissements CAREL entame des négociations avec les éditeurs, Vincent Marty, de chez Dilicom annonce PNB (Projet Numérique en Bibliothèque), un « prototype de hub mis en place pour l'accès au livre numérique en bibliothèque, avec un investissement de départ assuré par Dilicom, puis assumé par le même système que pour le livre papier ». À voir s'il sera lui aussi placé sous l'épée de Damoclès d'une taxe, évoquée dans le Projet de loi des finances. (voir notre actualitté)

 

Parallèlement, Numilog annonce « s'engager avec les acteurs interprofessionnels pour unifier l'offre numérique aux bibliothèques » avec Biblioaccess, qui permettra aux libraires de répondre aux appels d'offres, désormais mixtes, formulés par les bibliothèques. Le signe d'un certain appétit, tout de même.

 

Pour approfondir



Réactions

Publié par Edition Majuscrit

 

Nous, on y croit ! Ca peut amener des enfants et des adolescents à la lecture sur support papier si les bibliothèques et les CDI de lycées et collèges leur proposent des liens comme le nôtre www.majuscrit.fr... Après c'est au bibliothécaire de faire son travail de pédagogie, et d'aller discuter de ce qu'ils ont lu en ligne et proposer à ces enfants, adolescents des livres sur ce qu'ils ont aimé !!! Ils ne pourrons qu'apprécier d'avoir un vrai livre entre les mains (je parle par expérience étant une professeure-documentaliste... à la retraite !)
On peut aussi toucher des régions du monde où il n'y a pas de bibliothèques, pas de CDI, pas de libraires, certains si on essaie de publier en plusieurs langues...

Écrit le 09/11/2012 à 11:05

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Publié par Françoise Grave

 

Une réaction qui ne diffère pas de celles de mes collègues professeurs de lettres ou documentalistes: " Le numérique , c'est pas de la lecture!".
Car le mot est employé: "VRAI". Il y a de vrais livres, en papier bien sûr et le numérique pourrait amener à ces VRAIS livres;
les préjugés et les habitus ont la vie dure...
mon travail de pédagogie, n'est-ce pas de démontrer que le numérique est aussi producteur de livres, que la lecture numérique est une lecture qui a autant de valeur que
l'autre , la noble, la version papier?
Je ne suis pas encore à la retraite mais je vois que du travail nous attend pour bousculer les idées reçues...

Écrit le 10/11/2012 à 11:31

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