Le monde de l'édition > Bibliothèques > Actualité

Numérisation à la BnF : un retard 'un peu long' estime le ministère

Mais on va continuer de discuter

Par Nicolas Gary,Le jeudi 09 février 2012 à 13:52:42 - 4 commentaires

Zoom moins Zoom plus Signaler erreur Imprimer Envoyer à un(e) ami(e)

12

Exclusif ActuaLitté : La situation de la BnF est actuellement préoccupante, selon les différentes informations que ActuaLitté a pu mettre à jour. En effet, le marché public remporté par la société Jouve, qui a pour but la numérisation de masse de 210.000 oeuvres connaît des retards sérieux, des problèmes de dégradation d'ouvrages, mais accuse également le coup dans le traitement des oeuvres et leur passage en version numérique. Qualité et quantité ne sont pas au rendez-vous, mais l'information remonte aujourd'hui au ministère de la Culture.

 

La direction de la BnF, sous la tutelle de la rue de Valois comme d'autres établissements publics, est aujourd'hui en contact étroit avec le ministère, nous explique le service du Livre et de la Lecture. Les informations dévoilées par ActuaLitté n'ont en effet pas manqué d'intriguer le ministère. « La BnF nous avait simplement dit que que la phase de test n'était pas aussi parfaite que l'on aurait pu l'espérer », nous explique-t-on, mais aucune information concernant les réalités constatées. 

 

Une autruche sur les quais de Seine

 

Évidemment, souligne-t-on, cette phase de lancement, avant d'arriver à plein régime commence à être longue. « C'est plus compliqué que prévu et cela prend plus de temps, nous a depuis votre article expliqué l'établissement, mais selon Arnaud Beaufort [Directeur général adjoint de la BnF, NdR], la montée en charge devrait se régler prochainement. » 

 

De fait, les prestataires sous-estiment toujours les phases de test, assure le ministère, qui a vu « des temps de montée en charge, pour d'autres exercices de numérisation, estimés à deux ou trois mois, mais qui finalement ont pris deux fois plus de temps ». Pour l'heure, c'est donc un peu de patience qui est réclamée, avec dans l'idée « d'améliorer, par le dialogue, les problèmes techniques rencontrés ». 

  

 

 

De même, la rue de Valois a reçu des assurances quant à la dégradation constatée des oeuvres. Des détériorations qui font partie de problèmes de calage, nous explique-t-on, mais pour lesquels Jouve aurait trouvé des solutions. 

 

Des solutions, certes, mais pas forcément celles auxquelles on pense. En effet, comme nous le précisions hier, les oeuvres envoyées aujourd'hui à la BnF reviendraient intouchées. Une source interne ajoute que « plus aucune livraison de fichiers numériques n'a aujourd'hui lieu. La BnF se retrouve face à une situation délicate : soit elle va devoir revoir ses ambitions en termes de volumétrie à la baisse, soit il lui faudra dénoncer le marché ».

 

Mais concernant la dégradation, une clause du marché permettrait au prestataire de procéder à la numérisation du livre «en l'état». Dans l'idée, cela autorise le prestataire à estimer le niveau de dégradation du livre et à tout de même le passer sous les scanners, puis à le rendre, en arguant que le livre était déjà abîmé. 

 

Nous devrions obtenir de plus amples informations prochainement sur ce point.

 

Retour rue de Valois...

 

Le ministère ne dispose pour sa part d'aucun pouvoir sur ce marché. Seule la personne morale qui en est à l'origine est en mesure d'agir, en l'occurrence, le président, Bruno Racine. « Il est possible pour la BnF de faire des observations, ou de se montrer plus menaçante, en appliquant des pénalités suite au retard, par exemple, mais le ministère n'a pas le pouvoir de le faire. Sur un marché de cette ampleur, les réglages techniques sont toujours nécessaires. Mais effectivement, cinq mois après la phase de test, [validée fin septembre 2011, NdR], cela commence à être un peu long. Si dans deux ou trois mois, la situation est inchangée, il faudra aviser. »

 

A ce titre, le prochain conseil d'administration de la BnF se tiendra fin mars, et le ministère sera à l'écoute du point que le président fera pour l'occasion. Pour l'heure, finalement, la rue de Valois a simplement la possibilité de demander plus de précisions au président, qui lui-même les demandera au prestataire. Chose qui pourrait être intéressante, notamment sur l'utilisation d'un seul scanner à ouverture limitée, logiquement nécessaire pour ne pas dégrader les oeuvres. Selon nos informations, Jouve ne disposerait que d'un seul appareil de ce genre, mais la société n'a pour le moment pas répondu à nos questions sur ce point. 

 

« Il reste difficile de tirer des conclusions trop rapides sur la situation. Le marché Safig, lancé en 2007, avait réclamé un an avant d'arriver à son plein régime », ajoute le service du livre et de la lecture.

 

Conflit de canard ou d'intérêt ?

 

Certes, certes... Reste alors deux ou trois choses. Par exemple, la prise de participation au capital de la SAS BnF Partenariats, par Jouve. « La société a fait des propositions, allant dans ce sens, mais Jouve ne sera probablement pas actionnaire. Une vingtaine d'autres propositions ont été faites, et il est aussi possible que Jouve reste prestataire ou partenaire commercial. » Il est tout aussi possible qu'une nomination au conseil d'administration de la SAS fasse qu'un responsable de Jouve se retrouve parmi les décideurs...

 

Et quand on interroge le ministère sur le mécénat du Labo BnF, en partie subventionné par Jouve, on se refuse à croire que cela puisse avoir une incidence sur les décisions que prendrait Bruno Racine. Ne serait-il pas envisageable, justement, que le président retarde la dénonciation du marché, ou l'application de pénalités, du fait de ce mécénat ? « Cela ne doit pas avoir d'incidence. Et s'il y en avait une, alors la situation deviendrait particulièrement problématique de notre point de vue. »

 

Dont acte, mais gardons à l'esprit que l'on parle d'argent public dépensé pour une numérisation poussive, dans toute cette histoire...

Pour approfondir

Mots clés :
numeriser - oeuvres - BnF - Jouve



Réactions

Publié par Caroline

 

Il serait extrêmement intéressant de remonter le temps et de jeter un oeil sur le contexte surprenant dans lequel le marché Safig avait été réalisé....provoquant un jour une grosse colère de Jean-Noël Jeanneney....

Écrit le 09/02/2012 à 15:21

Répondre | Alerter

Publié par Ancienne de la BnF

en réponse à Caroline  

En effet, les choses avaient été déjà "peu claires" à l'époque et quelques têtes étaient tombées à la suite de la colère de JNN.

Écrit le 10/02/2012 à 05:28

Répondre | Alerter

Publié par confiant

 

On serait fort intéressé de savoir quels livres la BNF numérise ? Cette numérisation des livres (sans rien demander à personne, sauf aux amis) me rappelle une vieille histoire : "Ces terres (d'Afrique, d'Amérique, d'Asie) sont mal exploitées ou ne sont à personne ou à des gens qui ne savent pas les exploiter, donc je les prends pour moi". Mais le colonialisme, c'est de lui dont il s'agit, n'est pas mort dans toutes les têtes. Bien entendu, tout ceci est pour la bonne cause "pour la culture de tous".

Écrit le 10/02/2012 à 09:07

Répondre | Alerter

Publié par Bonneaurigny

 

Il est invraisemblable que la tutelle n'ait pas été mise au courant et qu'un tel marché pût être mis en place dans son dos. Cela indiquerait un laisser-aller inquiétant à la BnF et un manque de vigilance patent au Ministère de la Culture. Tout ça au plus grand profit de Jouve, on a l'impression...

Écrit le 10/02/2012 à 14:26

Répondre | Alerter

 

Publier un commentaire

 

publier mon commentaire

pub

Suivez-nous

Désinscription

Les blogs de la rédaction

Vers l'infini et au-delà : « Spoutnik », 49ème nouvelle du Projet Bradbury

Alors, bande de petits veinards, on est en vacances ? Pas moi ! Le Projet Bradbury se reposera quand il en aura terminé avec les [...]

Les écrivains et leurs lecteurs

  Je viens de lire deux ouvrages très différents qui mettent cependant en scène tous les deux des écrivains et des [...]

Surfing, Jim Heimann

Présentation de l'éditeur : Apportez une touche d'adrénaline à votre quotidien. Avec le calendrier perpétuel [...]

Sondage

Un abonnement pour les livres numériques, en illimité, ça vous inspire quoi ?

 

 

 

 

 

 

 

Voir les résultats

 

© 2007 - 2014 - actualitté.com