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1Q84 (livre 1 et 2)
Par Cécile Pellerin, le vendredi 23 septembre 2011 à 10:48:36 - 0 commentaire
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Si vous n’êtes pas familier du style « Murakami », vous serez sans doute décontenancé mais vite emporté et séduit par cet environnement onirique et sensuel. Et pour les fidèles, les inconditionnels, la magie opère de nouveau, se lit avec délice, si fluide ; imprègne tous nos sens et élève l’être tout entier dans un état d’apesanteur agréable et confortable, le libère entièrement. Comme un nirvana, absolu et intense. Vite, la suite !
Et pourtant l’histoire n’est pas simple, entre monde réel et parallèle mais pas totalement irréel, deux mondes en décalage : 1984 et 1Q84, mystérieux et surréalistes qui s’interpénètrent, se confondent même parfois, pour le plus grand bonheur du lecteur, chaviré, mais toujours en sécurité, sans excès ni violence, car l’auteur veille à maintenir le lien de compréhension, le fil conducteur qui ne se brise jamais mais dont l’extrême finesse permet la déroute, ça et là, exquise et relaxante.
Se perdre un peu mais rester maître de sa lecture, vaciller sans jamais tomber, avoir la tête qui tourne, comme une ivresse légère qui ne donne pas mal à la tête, avoir envie de sourire et se sentir heureux : voilà l’effet « 1Q84 », au ¾ de sa lecture. Un plaisir qui ne se refuse pas.
Tengo est un jeune homme brillant. Il enseigne les mathématiques à des étudiants et travaille également dans une maison d’édition où il accepte de réécrire (dans le secret) le roman d’une toute jeune fille, Fukaeri. « La chrysalide de l’air » devient vite un best-seller dans sa nouvelle forme.
Ce livre énigmatique peuplé de créatures étranges « les little people » (qui remplacent Big Brother) d’un ciel à deux lunes et d’une secte « les précurseurs », dont le gourou abuse dangereusement de fillettes pré-pubères, transforme peu à peu son existence, modifie sa relation aux autres. « Il était viscéralement imprégné par l’essence de ce récit. »La moitié des chapitres le met en scène en alternance rigoureuse et structurée avec un autre personnage, une jeune femme, Aomamé, reine des « étirements » et tueuse professionnelle d’hommes violents envers les femmes. Un combat engagé et légitime, qui ne connaît aucun débordement, impressionne par sa précision et sa qualité d’exécution (« le zen de l’assassin »).
Deux héros sensibles dans deux vies distinctes reliées pourtant par un lien fort né de l’enfance dont chaque page nous laisse pressentir une fusion inévitable, une collusion harmonieuse, symbole de l’amour pur. Chaque être se construit et s’enrichit auprès de personnages secondaires très attachants (la vieille femme qui commandite les meurtres, le gardien Tamaru, , Ayumi la policière, Fukaeri…) empreints d’une sensibilité touchante et lumineuse. Puis, peu à peu, avec beaucoup de grâce, les frontières entre l’histoire que raconte « la chrysalide de l’air » et l’histoire personnelle de Tengo puis d’Aomamé s’estompent progressivement pour parvenir à une autre unité de temps, dérégulée et troublante.
Deux univers se confondent, entre réalité et rêverie, une sorte d’Etat second « poétique » où tout semble pouvoir s’expliquer. En vain. « Si tu as besoin qu’on t’explique pour que tu comprennes, ça veut dire qu’aucune explication ne pourra jamais te faire comprendre. » Un récit qui échappe au lecteur de temps à autre mais paradoxalement, un récit qu’il ne peut pourtant pas lâcher comme si, finalement, sa complexité créait l’adhésion inconditionnelle et spontanée. Comme un privilège, une liberté d’appréhender autrement l’histoire.
Et même si la douce impression de rêverie domine et est un enchantement pour le lecteur, Murakami exprime notamment, avec une réalité assez crue, parfois violente, la profonde solitude des êtres, le pouvoir destructeur et avilissant des sectes auprès des personnes fragiles, la violence faite aux femmes. Un livre foisonnant, inénarrable, magique et voluptueux. Roman d’initiation, roman de confusion, de distorsion.
La fin de la 2ème partie laisse en suspens la rencontre de nos deux héros. Dire qu’il va falloir attendre le printemps… Un conseil, d’ici là et pour poursuivre la magie, faites comme les lecteurs japonais, à l’instar des deux héros : offrez-vous, en musique de fond, la « Sinfonietta » de Janàcek et plongez-vous dans la lecture de « l’île de Sakhaline » de Tchékhov ou « les frères Karamazov » de Dostoïevski sans oublier « 1984 » de George Orwell.
(Traduit du japonais par Hélène Morita)
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Par Cécile Pellerin, le vendredi 23 septembre 2011 à 10:48:36 - 0 commentaire
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