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Tensions contradictoires dans la sexualité en Occident selon Nancy Huston
Par Anne-Laurence Gollion,Le mercredi 08 août 2012 à 12:59:07 - 0 commentaire
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Dans un essai controversé, la romancière et essayiste franco-canadienne Nancy Huston s'en prend à la théorie du genre et renoue avec un féminisme essentialiste.
On a connu Nancy Huston en chroniqueuse des grands espaces (Cantique des plaines), en observatrice grinçante de la vie familiale (Dolce Agonia) ou encore en chantre d'une sexualité féminine joyeuse et décomplexée (son dernier, Infrarouge). On la retrouve ici dans une veine plus sérieuse, avec un essai assez proche des écrits de Sylviane Agacinski et une thèse : la femme a toujours été coquette, son besoin d'être regardée est involontaire, inné et programmé. Le nier, c'est refuser le sens de la vie, vouloir aller contre ce qui nous fait homme, ou femme.
Nancy Huston n'a pas froid aux yeux : en allant contre le courant actuel de la théorie du genre, qui affirme que ce qui nous fait homme ou femme est avant tout le produit de la société et de l'éducation, elle n'hésite par exemple pas à mélanger la différenciation des pratiques sexuelles (« Les femmes sont nettement moins nombreuses que les hommes à chercher sur Internet des images d'hommes inconnus qui les feront jouir » p.32), une analyse très superficielle de l'homosexualité (« Certes il existe des couples gays monogames sur le long terme, mais c'est l'exception : même s'ils vivent en couple, la majorité des hommes homosexuels aime à circuler dans les villes, zones, forêts, backrooms, saunas… » p.80) voire de propos dont le simplisme laisse un peu pantois : (« Si l'on subit une intervention chirurgicale pour changer de sexe, c'est forcément qu'on trouve que ce n'est pas kif-kif » p.79).
De belles figures féminines
Son manque de rigueur dans l'analyse, qui tient beaucoup à la forme morcelée du livre, mélangeant expérience personnelle, interview de quelques uns de ses amis masculins et analyse sociétale, nuit à une thèse qui n'est pourtant ni sans intérêt, ni sans argument. Quand Nancy Huston affirme que « chez les hommes, la sexualité conduit parfois à l'intimité, alors que chez les femmes, l'intimité conduit parfois à la sexualité » (p.81), on aimerait que les arguments ne résident pas seulement en une disqualification systématique de la théorie queer, sous prétexte d'un déni de réalité.
Cela dit, lorsqu'elle délaisse les attributs un peu légers de la polémiste qu'elle essaie d'être, la Franco-canadienne fait toujours preuve d'une analyse assez originale et fine, à l'écriture aérée et personnelle, digne ici de ses meilleurs romans. Les plus belles pages, consacrées à quelques grandes figures féminines éprouvées par les hommes comme Jean Seberg Anaïs Nin ou la regrettée Nelly Arcan à qui elle rend ici un superbe hommage, font presque oublier la maladresse du propos initial.
Mais à brasser trop d'histoires (Véronique Courjault et les bébés congelés), de pratiques (longues pages sur les enfants de prostituées) et de métaphores (chapitres étirés sur la photographie et le nu féminin), Nancy Huston livre ici un essai un peu indigeste et fourre-tout.
Mots clés :
Reflets dans un oeil d -
Nancy Huston -
Actes Sud -
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