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Aria, le premier robot qui récite des poèmes à la BnF

Le robot, mythe ou réalité ?

Le jeudi 06 juin 2013 à 10:35:15 - 2 commentaires

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Certains se poseront la question : le robot, mythe ou réalité ? L'imagination des écrivains a dépassé le simple rêve : les scientifiques et chercheurs en robotique ont été inspirés par la littérature de science-fiction. Le robot Aria construit par la société Cybedroïd en est la preuve. Le public a pu découvrir ce robot de type humanoïde à la Bibliothèque Nationale de France du 24 avril au 2 juin 2013.

 

 

 

 

Avez-vous déjà entendu un robot réciter un texte de La Fontaine, simplement en lui présentant une planche où est écrite la fable ? ActuaLitté a vécu l'expérience et peut témoigner de l'authenticité de cette machine, de taille humaine, qui meut les bras, penche la tête et parle avec une voix féminine. L'ordinateur qui permet d'activer Aria est situé dans son dos. Les informations sur la BnF ayant été enregistrée, le robot les récitait automatiquement. Un écran à ses pieds permettait aux gens d'avoir un retour sur ce qu'il voyait.

 

La société Cybedroïd a toujours été attirée davantage par l'aspect philosophique que biologique de la robotique. « L'idée du partenariat avec la BnF est née il y a un peu plus d'un an. On voulait placer un robot en dehors du laboratoire, dans un lieu d'interactivité », explique Fabien Raimbault, directeur général de Cybedroïd. Aria est un robot de la 4e génération. « Ce modèle-là, on travaille dessus depuis 3 ans ».

 

« Il existe pas mal de robots humanoïdes à travers le monde. Mais à notre connaissance c'est le seul qui est sur place pendant un mois en fonctionnant toute la journée », indique Fabien Raimbault. Un bon moyen pour ses créateurs de vérifier la robustesse de la mécanique et son endurance, et de valider la fiabilité des logiciels. Globalement, depuis le premier jour où il a été exposé, « il y a eu des progrès ». Seul bémol, la reconnaissance vocale : « On ne peut pas parler directement avec lui, pas parce qu'il n'en a pas la capacité, mais parce que ce n'est pas encore opérationnel », a-t-il déclaré. 

 

Mercredi 15 mai s'est tenu à la BnF la conférence « Petite histoires des robots : automates, humanoïdes et cyborgs dans la littérature et l'inconscient collectif ». Le thème de la robotique est bien loin d'être nouveau. Au contraire, selon Roger Musnik, chargé de la collection en littérature française de la BnF : « C'est un thème ancien, pas tellement contemporain, mais très présent dans la science-fiction américaine des années 50-60. Dans la série télévisée Real Humans, il n'y a rien de nouveau. Dans la littérature contemporaine, c'est un peu en repos ».

 

 

Fabien Raimbault, directeur général de Cybedroïd

 

 

Petite histoire du robot

 

Pendant des siècles, l'Homme a cherché à créer un être artificiel. Au XVIIIe siècle par exemple, une légende de tradition juive décrivait le Golem, un robot en argile qui s'animait pour faire les tâches ménagères. Dès l'Antiquité, il est fait mention de créatures mécaniques et sculptures animées dans la mythologie grecque. Évidemment moins connu que La Joconde, un robot humanoïde a été dessiné par Léonard de Vinci au XVe siècle. Le terme « robot » fut employé pour la première fois en 1920 dans la pièce Rossum's Universal Robots, de l'auteur tchèque Karel Capek.

 

L'image du robot a évolué selon les périodes et selon les pays, tantôt ami, tantôt ennemi des Hommes, supérieurs ou inférieurs. Dans la littérature, on trouve parfois l'image glacée du robot. Au contraire, dans Le cycle des robots d'Isaac Asimov, les humains sont froids, parfois paradoxalement inhumains. En 1942, le même auteur avait introduit dans sa nouvelle Runaround  les fameuses trois lois de la robotique censées protéger l'être humain. À travers les récits inventés sur ces machines, l'homme interroge en quelque sorte sa propre humanité.

 

Au cinéma comme dans la littérature, un courant de science-fiction représente le robot comme condamné à devenir humain. Dans le film L'Odyssée de l'espace, les humains ne sont pas capables de se débrouilleur seuls et les robots prennent les choses en main. Dans le film Terminator, deux robots s'affrontent, l'un plus humain que l'autre. Dans certains romans, il est construit à l'image de l'homme et doit prouver son humanité. Le rapport entre ces machines et les humains est souvent ambigu. Dans les années 70-80, le robot est presque devenu un homme post-moderne. 

 

 

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Peur ou espoir ?

 

Selon les cultures, le robot fait plus ou moins peur. Dans la littérature occidentale, il est généralement une menace. Aux États-Unis, il apparaît en revanche comme un fantasme, une conquête, un avenir inévitable. L'écrivain Norman Spinrad, associé à la Beat generation (la contre-culture américaine des années 60), parle surtout d'intelligence artificielle.  « Il est venu à la BnF il y a deux ans pour présenter les États-Unis en tant qu'utopie de science-fiction », raconte Florian Forestier, travailleur à la BnF et philosophe à Paris IV.

 

« Dans la mentalité américaine, surtout dans l'Ouest, le robot était comme un nouveau Texas, de la même façon qu'on recommençait l'Europe avec les États-Unis, on recommençait l'humain avec le robot », explique-t-il. Au Japon, le robot baigne dans une sorte de neutralité. Très présent dans les mangas, il représente un outil efficace, ni extraordinaire, ni menaçant, mais utile pour faire la guerre ou s'occuper des tâches ménagères.

 

Florian Forestier rappelle le lien étroit entre science et littérature. « Tout le transhumanisme est un thème venant de la science-fiction qui a imprégné l'esprit des créateurs de la Silicon Valley et qui ont ensuite modelé les inventions industrielles. Une bonne partie de ces auteurs étaient des chercheurs donc il y a une osmose entre chercheurs, auteurs et industriels. Par exemple le cofondateur de Google, Larry Page, finance la Singularity University, c'est-à-dire qu'il croit en la possibilité du posthumanisme ».

 

La théorie de la Singularité défend l'idée d'une intelligence artificielle suprême qui contrôlera un jour le monde entier. Dans les années 80, ce concept d'une intelligence supérieure future a acquis une certaine popularité grâce à un article de l'écrivain de science-fiction Vernor Vinge.  

Pour approfondir

photo Lauren Muyumba

   

Lauren Muyumba, journaliste apprentie. Encre ouverte sur le monde, bille de motivation, plume d'esprit, support web.

 

Mots clés :
Robot - Humains - BnF - Cyberoïd



Réactions

Publié par Florian Forestier

 

Bonjour

Je vous écris afin d'apporter quelques précisions à la façon dont mes propos sont transcrits dans l'article. En ce qui concerne la référence à N. Spinrad tout d'abord : je mettais en relation la citation de Spinrad présentant les USA, et en particulier l'Ouest des USA, comme utopie à travers laquelle le monde rêve son avenir, et la façon dont le thème du robot participe à un même mythe prométhéen. L'idée de Nouveau Monde et de Transhumanité symptomes d'un même imaginaire.
Je me permets d'apporter aussi quelques précisions sur le transhumanisme et le post-humanisme qu'il faut distinguer. L'idée de singularité relève du transhumanisme et procède d'un rapport optimiste à l'intelligence artificielle. Les machines ne vont pas nous remplacer, mais nous allons être contraints de fusionner avec elles. De la sorte, nous cesserons d'être humain, nos sens et notre intelligence seront démultipliés par ce processus et portés bien au-delà de tout ce que nous pouvons concevoir. En quelque sorte, pour les singularistes, nous nous agrégerons à une sorte de divinité articielle.

Bien cordialement à vous

Florian Forestier

Écrit le 12/06/2013 à 14:14

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