Le monde de l'édition > Interviews

Stallman : 'Je redoute les menottes numériques de l'ebook' [2/2]

Par Adrien Aszerman,Le samedi 09 juillet 2011 à 16:44:01 - 2 commentaires

12

  • Zoom moins
  • Zoom plus
  • Signaler erreur
  • Imprimer
  • Envoyer à un(e) ami(e)

illustration

Suite de notre entretien exclusif avec Richard Stallman : droit d'auteur, livre numérique, liberté, contrôle étatique... les sujets sont aussi larges que variés...

[...]

R.S  : Je ne suis pas contre le fait de vendre les copies. Je ne suis pas contre le négoce, je ne suis pas communiste. Je suis simplement pour la liberté de l'utilisateur. Mais quelle liberté ? Elle doit dépendre de l'oeuvre dont on parle. Il y a des oeuvres qui ont une utilité pratique, pour faire des travaux. Celles-là doivent être libres en dépit de tout, avec un degré de liberté similaire que le logiciel libre.

Qu’entends-tu par utilité pratique ?

Comme un programme. La musique n’a pas d’utilisation pratique, elle est subjective. Il y a également des oeuvres de témoignage, qui ont encore une autre fin. Parlant d’oeuvres pratiques, je vise celles utiles pour accomplir un travail, pas pour exposer la pensée de quelqu'un. Je distingue 3 formes d’oeuvres : visant à être utilisée de manière pratique, visant à présenter la pensée de quelqu'un, ou visant à son propre impact (l'art).

L'utilisateur mérite le contrôle complet des oeuvres pratiques qu'il utilise, en utilisant l'oeuvre comme il veut, en ayant la possibilité d'étudier l'oeuvre et de la modifier dans la forme la plus commode pour ce faire (pour un programme cette forme est le code source), de faire et redistribuer des copies exactes de l'oeuvre, de faire et redistribuer des copies de ses versions modifiées de l'oeuvre. J'estime que ces quatre libertés doivent s'étendre à toute activité, y compris le commerce.

Les autres catégories peuvent être aussi libres, mais ce n’est pas moralement obligatoire comme pour les oeuvres de la première.


Quelle est, selon toi l'importance de la lecture numérique pour le futur du livre ?

Les livres numériques sont une menace aux libertés traditionnelles des lecteurs. Le meilleur exemple en est le Kindle, qui attaque les libertés traditionnelles. Pour acquérir une copie d’une oeuvre, le droit à l'anonymat, par le paiement en liquide par exemple, est impossible. Amazon garde trace de tout ce que les utilisateurs ont lu.

Il y a aussi la liberté de donner, prêter ou vendre les livres à quelqu'un d'autre. Mais Amazon élimine ces libertés par les menottes numériques du Kindle et par son mépris de la propriété privée. Ainsi, Amazon dit que l'utilisateur ne peut pas posséder une copie du livre. Il ne peut qu'avoir une licence à lire une copie du livre sous des conditions qui lui sont imposées.

Il y a aussi la liberté de garder les livres et de les transmettre à ses héritiers. Mais là encore, Amazon élimine cette possibilité par une porte dérobée dans le Kindle, qui a été utilisée en 2009 pour supprimer des milliers d'exemplaires de copies autorisées du 1984 d'Orwell. Même si en l’espèce il n’a s’agit que de céder à l’éditeur, dans le monde physique cela n'aurait pu arriver. On ne veut pas de copies qu'autrui peut supprimer à distance. Kindle, en anglais, veut dire mettre le feu. Il s’agit bien d’un produit pour mettre le feu à nos livres. Et la promesse d'Amazon de ne plus le faire, de ne plus supprimer un livre à distance, sauf sous commande de l'État, n'est pas plus réconfortante. Je ne veux pas que l'État puisse ordonner à quelqu'un de supprimer mes livres.


Tous les acteurs du livre numérique ne sont pas des Amazon...

Je ne suis pas contre le principe du livre numérique à tout prix quels qu’en soient les conditions. Mais si le livre m'ôte de la liberté, je le rejette. Le jour où je pourrai vraiment acheter une copie numérique, en liquide, anonymement, sans passer de contrat, et recevoir un livre capable d'être lu sans logiciel privateur, je serai d'accord pour le faire. Mais si le remplacement du physique par le numérique passe par une privation de liberté, non.


Peut-on tout de même trouver des avantages au livre numérique ?

Des avantages pratiques, il y en a. Aucun, cependant, ne sera jamais aussi important que la liberté. Si le fichier du livre est en format PDF ou EPUB c'est mieux. Mais je valorise ma liberté. Je peux faire des sacrifices pour elle. Je sacrifie la commodité des livres numérique pour ma liberté, qui a besoin d'être défendue.

La menace à la liberté est le problème principal. Donc les autres bienfaits possibles sont sans importance.


Que penses-tu de GoogleBooks ?
Google a eu un procès. La solution retenue initialement par les éditeurs aurait placé Google dans une position de monopole. J'étais opposé à cette solution et heureux que le tribunal la rejette. Si Google se battait pour la liberté, je serais pour. Mais Google se bat uniquement pour son intérêt et je suis donc contre. Il n’y aura pas de paix séparée pour Google.

J’aime particulièrement cette citation de Lionel Jospin, qui a dit que : « L’économie de marché oui, la société de marché non ». Je suis d'accord, car ce sont des enjeux trop importants pour qu’ils soient décidés selon les marchés.


Comment envisages-tu le devenir des livres dans les prochaines années ?

Je ne vois pas l'avenir, qui dépend de nous tous, pas seulement de moi. Je ne sais pas ce que tu feras, ni ce que tes lecteurs feront. Je vois les menaces et parfois des opportunités. Je vois la menace que représentent les livres numériques sous leur forme actuelle, avec les menottes numériques qui nous ôtent les libertés traditionnelles. S’il y avait d’autres formes de livres numériques qui existeraient sans nous ôter la liberté, commode, je serais pour. Mais les entreprises qui ne veulent pas de ces formats sont très fortes. Je ne peux donc pas dire que nous vaincrons, mais j'espère que oui.


Que lis-tu actuellement ?

Un livre SF. The star treasure, de Keith Laumer. Ce n’est pas le meilleur, mais je lis beaucoup.

Lire l'article précédent :
Stallman : 'Il faut légaliser les oeuvres partagées sur les réseaux'

Mots clés :
stallman - ebook - numerique - livre



Réactions

Publié par avocat

 

Stallman est vraiment débile... Il se contredit dans ses positions et ne comprend rien au marché du livre. C'est pourquoi il raconte n'importe quoi.

Écrit le 28/06/2011 à 16:39

Répondre | Alerter

Publié par effrapar

 

Oui, menottes numérique et c'est bien pour cela que nous devons défendre le P2P et le réseau: http://freenetproject.org /> http://debord-encore.blogspot.com/2011/03/fichage-sur-internet-le-pire-reste.html

Écrit le 11/07/2011 à 15:38

Répondre | Alerter

 

Publier un commentaire

 

publier mon commentaire

Suivez-nous

Désinscription

pub

Communiqué

« La poésie est-elle le cœur de la littérature ? », une résidence de Philippe Beck, une invitation : Violaine Schwartz et Régis de Sa Moreira

Lectures - Mercredi 14 mai 2014 à 20h00 - A la librairie Dans le cadre de la résidence de Philippe Beck en 2014,...

maestro diffusez vos communiqué sur actualitté

Profitez d'un vaste réseau de diffusion pour communiquer sur votre actualité, vos événements et vos parutions !
En savoir +

Sondage

Les éditeurs et la promotion des livres : paroles d'auteur

 

 

 

 

 

 

 

Voir les résultats

 

© 2007 - 2014 - actualitté.com