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De la Culture Rock : L'Argent, nerf de la guerre musicale

Money !

Par Contributeur,Le lundi 10 octobre 2011 à 10:14:23 - 0 commentaire

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La semain commence Rock, et s'achève sur cette page de l'histoire et la culture rock, tirée du livre De la Culture Rock de Claude Chastagner. Deux semaines mouvementées et en musique, que nous avons passées.


Et qui se concluent fort logiquement sur un dernier chapitre : l'Argent

(pp.145-148)

(Retrouver tous les extraits)

 

Money, it's a gas

Pink Floyd

 

 

Rien à l'origine ne laissait prévoir que la musique enregistrée rencontrerait un tel succès. Il n'allait pas de soi que le disque et ses avatars numériques deviendraient la forme privilégiée de consommation musicale. La musique aurait pu continuer d'être une forme communautaire, collective, réservée à des pratiques improvisées dont on n'aurait pas cherché à conserver ou à reproduire la trace. Elle aurait pu continuer à s'inscrire uniquement dans le cadre fugitif de la représentation, du concert. Même Thomas Edison, inventeur du phonographe, n'envisageait pas que son invention puisse servir à autre chose qu'enregistrer la voix. Le public en décida autrement.

 

Dès le début du xxe siècle, les titres les plus populaires se vendent à plusieurs millions d'exemplaires, jusqu'à ce que la concurrence de la radio puis la dépression des années trente ne réduisent sensiblement les ventes. Le succès du phonographe auprès des classes populaires atteste de la transformation progressive aux États-Unis au tournant du xxe siècle des modalités de production, avec le passage d'une économie artisanale à une industrie de masse. Mais ce succès participe également du développement d'une consommation de masse qui atteindra grâce au fordisme des niveaux sans précédents.

 

 

C'est le recours au star-system, sur le modèle mis au point par Hollywood, qui a permis à la musique populaire d'atteindre ce degré d'hégémonie médiatique. Au début du xxe siècle, les airs qui accompagnent les luttes ouvrières, ceux qui plus tard soutiennent ouvriers et fermiers durant la dépression des années trente sont pour l'ensemble tirés du folklore anglo-irlandais. Anonymes le plus souvent, ils gardent une valeur communautaire même lorsque leurs auteurs sont identifiés.

 

Au cours des années cinquante et au début des années soixante, cette musique connaît un regain de popularité. Une partie de la jeunesse urbaine qui rejette les valeurs et les goûts du mainstream se reconnaît dans ce folk archaïque, si différent du rock'n'roll et de la pop qu'ils perçoivent comme des produits artificiels, fabriqués à des fins purement mercantiles par quelques industriels de l'entertainment. Les racines rurales, communautaires du folk apportent la garantie d'authenticité qu'ils recherchent.

 

Mais cette fois, aux chants traditionnels du Sud et des Appalaches s'ajoutent les compositions d'auteurs plus facilement identifiables qui deviendront les stars médiatiques de la protest song. À la première génération des Woodie Guthrie, Pete Seeger, Cisco Houston ou Odetta, se greffe une deuxième, celle des Tom Paxton, Phil Ochs, Peter, Paul & Mary, Joan Baez et Bob Dylan, d'une visibilité supérieure. Néanmoins, malgré leur succès, ces artistes garderont une distance critique par rapport au système dans lequel ils s'inscrivent, mettant en avant dans leurs textes, leurs interviews et leur mode de vie des positions auxquelles le mainstream ne pouvait s'identifier qu'avec réticence.

 

Les stars du rock'n'roll et de la musique pop, en revanche, se sont installées sans complexe dans le monde de la consommation. À la suite de précurseurs comme Bing Crosby et Frank Sinatra, les artistes des années cinquante et du début des sixties commencent par chanter les plaisirs légers et éphémères de la vie, la consommation ludique, milk-bars et ice-cream parlors, vêtements et maquillage, films, disques et concerts, automobiles pour les plus riches. Le futé Chuck Berry, qui a choisi de s'adresser aux adolescents blancs plutôt que de parler directement de lui, l'a bien compris : « hail hail, rock'n'roll, deliver me from the days of old » (Salut à toi, ô rock'n'roll, délivre-moi du passé), les jours anciens ont vécu. Le rock'n'roll est une force de modernité, il entraîne le démantèlement des carcans et des tabous de jadis. Il est la musique du progrès, la musique de la mobilité et de l'indépendance. Oboles parentales, petits boulots rémunérés, l'argent circule.

 

Les jeunes réclament du temps libre (pris sur l'école, en général) pour pouvoir en profiter. La pop des débuts célèbre l'objet, le geste d'achat, le principe de mode. Elle y voit la possibilité d'affirmer sa spécificité générationnelle, de marquer sa différence. L'esprit de prévoyance des générations précédentes est rejeté, c'est par le « maintenant » de la consommation qu'elle affirme sa modernité, dans l'étourdissante euphorie du refus des conventions et des hiérarchies traditionnelles.

 

La musique populaire des années cinquante était un produit parmi d'autres, destiné au marché en pleine expansion des teenagers, et ni les producteurs ni les consommateurs ne s'étaient formalisés qu'elle fasse l'objet d'un échange marchand. Les premiers se réjouissaient de la manne adolescente qui leur arrivait, les seconds y trouvaient la possibilité de satisfaire à bon compte leur fringale de consommation et de sécession générationnelle.

 

© PUF

 

Pour approfondir

Mots clés :
Pink Floyd - money - culture - rock



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